2026 - Parapente Passion 06

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Vol libre de la Roya à ailleurs

Site mis à jour le:
17.08.2026

Dernier ajout:
Vol du 10.08.2026

2026

Parapente
10.08.2026 — Visite aérienne de la Pyramide

Aujourd’hui, c’est une journée assez exceptionnelle. Nous ne sommes que trois au décollage, ailes sorties. Mais surtout, il y a René. René a 77 ans… et il vole encore ! Et ça, franchement, bravo ! Il ne me reste d’ailleurs plus que huit petites années pour atteindre son niveau… Alors forcément, je regarde ça avec respect. A cette période de l’été, il évite généralement les conditions trop remuantes et ne vient voler qu’en fin de journée, lorsque l’aérologie devient plus calme. Mais aujourd’hui, il fait exception à la règle. Il est là, aile sortie, et semble bien décidé à voler. Il faut dire que les conditions sont débutantes, calmes, sans quoi que ce soit qui puisse nous arracher au décollage. Et pas sûr non plus qu’elles permettent de reposer au même endroit. Quoique… Le temps passant, les conditions s’installent doucement. Thierry, quant à lui, a emporté, en plus de son Ikuma de Niviuk, son aile de randovol, l’Ultralite 3, avec laquelle il compte faire quelques gonflages et jouer un peu en restant au sol. Moi, je suis venu avec ma Delta 5. J’ai bien l’intention de me faire un petit vol, certes, mais avec au minimum un objectif : aller rendre visite à ma très chère Pyramide, que j’affectionne tout particulièrement. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais je prends tellement de plaisir à aller la visiter dans tous ses recoins… C’est devenu un véritable jeu pour moi. Alors voilà : René et Thierry sont sur la planche du bas et moi, juste au-dessus, sur celle où le maître des lieux, Lucien, décolle habituellement. Je ne me rappelle d’ailleurs pas l’avoir vu une seule fois décoller de la planche du dessous. S’il y pose les pieds, c’est uniquement pour atterrir lorsqu’il ne peut vraiment pas y échapper. Petite parenthèse ouverte… je la referme aussitôt pour revenir à mon vol qui est en train de se préparer. La masse d’air me laisse entrevoir qu’il est possible de reposer au décollage. Mon aile est prête. Radio branchée, caméra fonctionnelle, je me mets en position et cherche à la faire monter au-dessus de ma tête. Mais cette dernière se montre récalcitrante. Elle monte… et s’écrase aussitôt au sol. Une fois... Deux fois... Arf ! Le bord d’attaque fait face au sol. Je dois corriger cela pour permettre aux caissons d’écoper correctement l’air et de se gonfler. Sans sortir de ma sellette, je mets mon aile en boule, me replace sur la planche et l’étale de nouveau pour une nouvelle tentative. Dans la manipulation, les suspentes dégainées du faisceau gauche présentent un petit sac de nœuds que je n’arrive pas à défaire sans intervenir manuellement. Une fois ce petit problème réglé, je peux me repositionner et reprendre les élévateurs avant. Il me faudra encore trois actions avant qu’enfin l’aile daigne monter correctement pour venir se placer au-dessus de moi. Cette fois, c’est bon. Je fais face au vide. Je prends quelques pas pour lancer l’aile et surtout pour ressentir cette masse d’air. Je veux l’analyser depuis le sol, vérifier si elle se tend bien vers le haut, comme pour me dire : « Je vais pouvoir te porter. » Ce n’est qu’avec cette sensation de portance que je me dis : « Tu peux y aller, mon Polo ! » Alors je fais encore quelques pas, comme pour ne faire plus qu’une seule unité avec elle. L’aile et moi. Je lance ma petite course d’envol, après avoir relâché les freins et accentué mes appuis ventraux pour charger l’aile et lui permettre de bien me prendre en charge. Yepa ! Je quitte le sol. Je survole la planche du bas, passe la piste sans encombre, bien au-dessus cette fois-ci — ce qui n’est pas toujours le cas. Il m’arrive effectivement de frôler les buissons qui longent la piste, voire même de les frotter. Mais aujourd’hui, la masse d’air est portante dès le départ. Et par cette chaleur de canicule, ce n’est pas rien. À cette période de l’été, on ne sait jamais exactement comment la portance va se mettre au rendez-vous, ni comment elle va accueillir nos ailes. Aujourd’hui, elle semble avoir décidé de m’accueillir. René, avec son aile déjà étalée, est prêt à s’envoler. Thierry, qui jusque-là jouait avec son aile light, observe lui aussi, depuis le décollage, mon évolution dans la masse d’air. De toute évidence, la masse d’air est porteuse. Je ne tarde pas à survoler les terrains. Leur appréciation est vite faite : pour eux, il n’y a plus qu’à décoller et profiter de cette masse d’air encore calme et volable. René fait voler son aile. Thierry, lui, va déposer son aile light dans son véhicule pour la troquer contre son aile de site, l’Ikuma 3 de Niviuk. Je continue mon vol paisiblement, prenant soin d’optimiser les zones ascendantes pour filer plus en arrière du décollage, avec toujours le même objectif en tête : survoler la Pyramide. René a posé. Thierry, lui, cherche à monter dans le ciel, mais semble avoir du mal à gagner de l’altitude. Ce n’est pas facile, ce n’est pas généreux et, petit à petit, j’arrive à me rapprocher du rocher en forme de pyramide. Mais il me faut la jouer fine. Thierry, de son côté, s’assure le vol au-devant du décollage. Il ne semble pas décidé à se placer en arrière. Il est vrai que, si l’on s’y engage trop bas, on se fait brasser car on subit les turbulences en se retrouvant sous le vent. Il nous faut au moins partir avec 100 m au-dessus du décollage. Et il n’est pas facile de les assurer dans ces conditions mollassonnes. Je continue donc à exploiter chaque petite zone ascendante, à gratter mètre après mètre. La Pyramide est là, pas si loin finalement, mais elle ne se laisse pas rejoindre aussi facilement. Puis enfin, le sommet rocheux est atteint. Ça y est. Je suis au-dessus de la Pyramide. Je la survole à quatre ou cinq reprises, avec un plafond maximum à 1 509 m. J’ai bataillé pour atteindre les 1 500 m. En fait, je ne voulais pas quitter la Pyramide sans avoir pris ces 1 500 mètres d’altitude. C’était mon petit défi du jour. Et maintenant, la mission est accomplie. J’attends que Thierry vienne me rejoindre, mais je vois bien qu’il n’est pas dans cette dynamique et préfère rester devant le décollage. Il finit par me communiquer qu’il ne tentera pas d’aller à la Pyramide, préférant jouer près du décollage. Pour ce qui me concerne, la mission que je m’étais imposée est atteinte. Je pourrais continuer à profiter du vol. Les pétards se déclenchent encore et la masse d’air semble vouloir continuer à travailler. Mais Thierry n’est pas motivé à venir me rejoindre et je n’ai pas envie de voler seul en le laissant au déco. Je prends donc la décision de rejoindre le décollage pour poser. Je l’informe à la radio : « Je reviens vers le déco pour poser. » C’est ainsi que, de trois ailes en l’air, le ciel va se retrouver de nouveau dépourvu d’ailes de parapente. La fin de cette journée de vol va se terminer par le pliage des ailes, avec le plaisir d’avoir pris l’air au moins un certain temps. Et surtout, avec la satisfaction d’avoir rendu visite à ma chère Pyramide. La mission est accomplie. Au prochain vol.

👨‍✈️ Pilotes du jour : René Dahon - Thierry Servetti - Paul Larvi
🪂 Aile utilisée : Ozone Delta 5 L
📏 Distance : 4 km
📏 Distance cumulée : 10 km
🚀 Vitesse max : 55 km/h
💨 Vitesse moyenne : 9,6 km/h
⛰️ Plafond : 1 509 m
📈 Gain : 393 m
⏱️ Durée : 25 min
🌡️ Vario : +2,1 m/s
Pointe : +1,2 G


Survol de la Pyramide


06.08.2026 — Un petit tour en local

En ce jour du mois d'août, nous ne sommes que deux à être disponibles pour le vol libre : Lucien et moi. Lorsque j'arrive au décollage et vais saluer Lucien, celui-ci m'annonce qu'il vient tout juste de poser après un randovol depuis Cagnourine jusqu'à la Cime Pépin, avec près de quatre heures de marche dans les jambes. Il a décollé en Est. Félicitations, Lulu ! Tu es bien en jambes !! Moi, je suis venu pour décoller. Les conditions me semblent correctes. « Tu m'accompagnes dans cette balade aérienne, si tant soit peu ça veuille bien partir ? » Lucien ne se montre pas très chaud. J'insiste un peu... Hésitant, il finit par me dire : « Si tu décolles et que les conditions sont visiblement bonnes, je te rejoins. » Le deal est passé. « OK, j'y vais... Allez, à tout à l'heure en l'air ! » Pour moi, les conditions paraissent bonnes. Ni une ni deux, je déballe mes affaires de vol et me voilà prêt à décoller. Un levé d'aile et je suis aussitôt en l'air, sans même avoir besoin de retoucher le sol. Je m'envole directement, ce qui n'est pas si habituel. Les conditions sont exactement comme je les prévoyais et j'en profite. Mon vol commence par une sorte de reniflage de la masse d'air autour du déco. Je prends le temps d'analyser le milieu dans lequel je me trouve en sustentation. Une fois cette première lecture faite, je me lance dans un petit jeu de lutte pour grapiller les fameux 100 à 150 mètres nécessaires pour tenter de lécher la Pyramide, de près ou de loin, mais surtout pour parvenir à passer au-dessus d'elle et aller chercher une zone ascendante qui me permettra de rejoindre la deuxième bosse. Je jette régulièrement un œil vers le décollage pour voir si Lucien a sorti son aile. Néant. Ah... Je pense qu'il va falloir que ma démonstration en montre un peu plus pour que Lucien dégaine son aile. Alors, puisque je suis décidé à voler, je continue à chercher le fameux thermique qui se trouve assez souvent en crête, plutôt côté nord que sud de la Pyramide. Et comme on dit : qui cherche trouve. Je trouve. Ce n'est pas monstrueux, mais c'est suffisamment exploitable pour me permettre de monter progressivement en altitude et de passer vers la deuxième bosse. J'arrive à celle-ci avec 1 600 mètres. Il ne me reste plus qu'à trouver un autre thermique, généralement dans le prolongement de celui que je viens de quitter, pour prendre encore davantage de gaz et aller fouiner vers le Mont Court afin de choper le fameux thermique du Mont Court. Et s'il n'y a rien sur ce mont-là, je pourrai toujours filer vers les Rochers de Gata. Mais je n'en suis pas encore là. Je travaille le thermique de la deuxième bosse tout en jetant régulièrement un œil vers le décollage de Cagnourine. Toujours rien. Ah ! Je pense que je vais finalement faire mon vol en solo. Les conditions sont bonnes, je me sens bien. Alors je continue. Destination inconnue. Comme toujours, pas d'objectif précis, hormis celui de me faire plaisir. C'est mon unique objectif. Ce thermique-là, finalement, semble n'avoir aucun nom. Il ne cesse de me faire prendre de la hauteur et, puisque je le travaille, il ne semble pas avoir de dérive particulière. Cette zone ascendante, je la garde simplement en restant et en suivant la crête qui mène vers le Mont Court. Quand le thermique faiblit trop, je me décale progressivement, de manière positive, vers le vallon qui sépare la Pyramide du sommet du Mont Court, en direction de sa pente. Et ça fonctionne à merveille. Tout en douceur, si je peux dire ainsi. C'est à cet instant que j'aperçois Lucien en vol au-dessus du déco. Il a enfin pris un peu de gaz, mais il n'est pas encore en approche de la Pyramide. Moi, je continue mon vol en exploitant ce thermique facile et généreux. Quand je me retrouve à survoler le sommet du Mont Court, mon altitude dépasse les 2 000 mètres. J'ai environ 300 mètres de gaz au-dessus du relief. Puisque ça monte toujours, je continue à enrouler le thermique tout en me décalant avec sa dérive de nord-nord-est. Je monte encore. 2 100... 2 200... 2 300... J'atteins 2 380 mètres. Et c'est à ce moment-là que je prends la décision de revenir vers le Mont Court pour filer ensuite vers le village. Je n'ai plus vraiment cette dynamique psychique qui pousse à continuer le vol plus loin. Alors il ne me reste plus qu'à revenir vers mes bases solides : le décollage de Cagnourine. La descente se fait progressivement, tranquillement, sans précipitation. À l'approche du village, je me fais classiquement contrer par la brise de vallée. Finalement, elle m'arrange bien, cette brise. Elle fait une partie du travail de perte d'altitude à ma place, simplement en me freinant. Je n'ai plus qu'à trouver la zone la moins portante — ou plutôt la plus dégueulante — afin de ne pas solliciter inutilement les structures de mon aile à grands coups de G. C'est ce que j'appelle faire les choses naturellement. Sans fatigue. Sans stress particulier. Juste attendre que ça se fasse. Je n'aurai finalement pas volé avec Lulu. Lucien a fait le choix de décoller plus tard que moi et s'est finalement offert, lui aussi, le plaisir de rejoindre le Mont Court avant de revenir poser son aile quelques minutes après moi. La satisfaction était bien là. Un petit tour en local, sans prétention, avec suffisamment de gaz pour prendre de la hauteur dans ce monde où, trop souvent, on vole au ras des pâquerettes. Pas de grand tour. Pas d'objectif à cocher. Juste le plaisir de décoller, de monter, de regarder autour de soi et de rentrer tranquillement. Et finalement, c'est peut-être ça aussi, le vol libre. En tout cas, pour moi, ça l'est. En 50 minutes, je me suis offert du bonheur au milieu de nulle part.

👨‍✈️  Pilotes du jour : Lucien Berenger - Paul Larvi

🪂 Aile utilisée : Ozone Delta 5
📏 Distance : 8 km
📏 Distance cumulée : 23 km
🚀 Vitesse max : 55 km/h
💨 Vitesse moyenne : 9,5 km/h
⛰️ Plafond : 2 434 m
📈 Gain : 1 313 m
⏱️ Durée : 50 min
🌡️ Vario : +3,2 m/s
Pointe : +1,3 G




05.08.2026 - Voyage autour de la Pyramide et du Mont Court

Une journée que j'attendais avec impatience, avec de belles conditions annoncées et quelques ambitions en tête : tenter le grand tour avec Noël et Lucien. Comme très — voire trop — souvent, je décolle le premier. Une fois la caméra Insta360 allumée, il ne me faut qu'une minute pour prendre mon envol. Je ne perds pas de temps et me retrouve assez rapidement au-dessus et légèrement en arrière du décollage, en direction de la Pyramide. C'est à ce moment-là que Lucien décolle à son tour, pendant que Noël ajuste ses derniers préparatifs avant de prendre, lui aussi, son envol. Je m'efforce de gravir le ciel mètre après mètre. Quatre minutes seulement après mon décollage, je suis déjà à près de 1 280 mètres, à survoler la maison d'un voisin et son bassin qui, vu d'en haut, pourrait presque servir de piscine. J'atteins 1 320 mètres d'altitude, soit déjà plus de 200 mètres de gain depuis le décollage. C'est à cet instant que j'aperçois Noël lever son aile, prêt à nous rejoindre, Lucien et moi. Nous étions deux, nous serons bientôt trois à évoluer dans ce petit périmètre de Cagnourine, devant ce petit relief rocheux que nous appelons depuis toujours la Pyramide. C'est quasiment le passage obligé pour sortir du trou et aller chercher d'autres horizons dans le bocal tendasque. À 1 327 mètres, je rôde au-dessus et derrière la dernière habitation avant de plonger vers ce relief minéral que je trouve toujours aussi magnifique. Depuis le village, elle attire déjà le regard avec sa forme triangulaire, qui fait penser à une pyramide rocheuse dressée dans le paysage. Mais une fois en l'air, elle révèle une tout autre beauté. Je peux la contempler de loin ou de près, passer au-dessus d'elle, la longer, la regarder de devant, de derrière ou depuis ses flancs. Chaque angle lui donne une autre allure. En fait, j'affectionne tout simplement cet appendice rocheux que la nature m'offre comme une surprise quotidienne. À chaque vol, je le redécouvre autrement... sous une lumière différente, avec un détail du relief que je n'avais pas remarqué, une approche nouvelle qui m'interroge encore, une proximité différente et des sensations nouvelles... Il est toujours là, toujours le même, et pourtant il ne se montre jamais tout à fait pareil. C'est peut-être aussi pour cela que j'aime tant jouer avec lui... avec elle, finalement. Et quand je peux enfin le survoler, je ne suis pas peu fier de ressentir autant de plaisir à jouer avec lui, avec elle: la Pyramide. Pour moi, c'est un peu le Graal du coin. Et je crois que je ne suis pas le seul à le penser. La Pyramide n'est pourtant pas loin. Elle se trouve juste derrière le décollage. Mais combien de fois est-il difficile de parvenir jusqu'à elle ! Surtout que, face à sa majestueuse présentation pyramidale, il ne faut pas se laisser piéger lorsque l'on est trop bas. Sous le vent du décollage, lorsque la brise souffle, ça peut secouer sérieusement. Mais je l'ai tellement fréquentée, tellement souvent tentée, tellement souvent cherchée que son chemin aérien m'est devenu presque familier. Presque. Car ce chemin est multiple. Il possède plusieurs facettes qui changent selon l'aérologie du moment. Il faut donc savoir s'adapter, trouver le bon passage et surtout éviter de perdre trop de temps à monter. Et généralement, ça me réussit plutôt bien. J'ose alors me lancer vers ce rocher pour aller jouer avec son thermodynamique, qui se manifeste depuis sa base jusqu'à son sommet. C'est justement le moment de tenter le contact. Mais avant cela, je surveille où en sont mes deux compagnons. Noël et Lucien bataillent encore pour trouver l'altitude suffisante à leur goût afin de venir tenter la dernière bâtisse. Ils draguent les thermiques, qui se font quelque peu désirer au pourtour du décollage. Moi, je ne suis pas encore allé au contact de la Pyramide. Au-dessus des ruines qui se trouvent juste devant, je perçois une zone thermique bien organisée. Je l'exploite. 1 354... 1 404... Je suis désormais plus haut que le sommet de la Pyramide lorsque je l'aperçois au fil de mes virages à droite. Je continue à enrouler ce thermique qui dérive doucement du sud-ouest vers le nord-est. Encore une dizaine de mètres de gagnés. 1 455 mètres. Puis je reviens davantage en direction du sommet, le thermique commençant à faiblir et j'atteins les 1 471 mètres. Soudain, ça repart de plus belle en direction de la deuxième bosse. Ce thermique-là, je suis parfaitement bien placé dedans. Je ne le quitte plus. Je reste calé, j'accompagne ses variations et je continue à monter. 1 500... 1 600... 1 700... Jusqu'à atteindre le sommet de cette zone à 1 808 mètres. Le vario affiche alors entre 4 et 4,6 m/s. Mais tout a une fin. Le thermique finit par faiblir et je décide de quitter la zone pour me diriger directement vers le Mont Court. Je laisse environ 160 mètres dans la transition. Mais à l'arrivée, bonne surprise : je trouve quasiment instantanément le thermique du Mont Court. Et là, ça monte. Le thermique est constant, puissant, généreux. Il accélère progressivement jusqu'à atteindre des poussées de +6, +7, puis +8 m/s au cours de mes virages. Puis j'en sors. Alors je vais le rechercher. Et c'est reparti pour les coups de pied au cul ! Cette fois-ci, la puissance maximale annoncée atteint 9,3 m/s dans cette montée quasi verticale. Le bipeur de mon vario s'était déjà affolé à plusieurs reprises, mais là, j'ai carrément l'impression d'être debout dans mon cocon tellement ça tire vers le haut. Je suis au taquet, complètement aux aguets, à attendre le retour de médaille de cette ascension fantastique que je cherche à exploiter dans sa plus puissante poussée. Je poursuis cette ascension et, dans ces conditions, j'arrive assez rapidement à 2 404 mètres. Et puis ce que je redoutais m'assaille avec une fulgurante surprise. Ouf... Heureusement que je m'y attendais ! J'étais déjà très actif sur mes commandes, par de rapides et petites actions, comme pour être prêt à décocher une droite à la Bruce Lee. Répondre au coup par coup. Être dans le timing, vif comme l'éclair. Un véritable combat dans cette très courte phase où je sais que je peux être en danger à tout moment. Et soudain, aussi brusquement que violemment, je suis bousculé, secoué dans ma sellette comme un cavalier qui serait en train de se faire désarçonner de son étalon. Sans réfléchir, j'agis sur les commandes avant même de regarder mon aile. En une fraction de seconde, ces deux temps se succèdent. Un réflexe reptilien, pourrais-je dire. Puis je regarde l'aile. À partir de là, j'intellectualise mes réactions. J'ajuste mes actions sur les commandes pour maintenir l'aile en vol et corriger ce violent mouvement qui la fait partir en oblique. Le contre fonctionne. Mais un autre mouvement, par réaction, s'enclenche. Un nouveau contre est nécessaire et différent cette fois-ci. Il faut calmer la bête, la rendre docile, ne surtout pas la laisser s'emballer. Car si elle s'emballe vraiment, cela devient beaucoup moins gérable — à moins de décrocher l'aile, qui, elle, est très récalcitrante à cela. Ouf... Le tout est très rapidement géré. Ça n'a heureusement pas pris une plombe. Mon aile retrouve aussitôt son domaine de vol. Ma réaction finale est simple : Je me casse de cette aérologie de guerre. Je ne suis pas un guerrier. Mes dents sont élimées depuis quelques temps. Cette aérologie n'est pas pour moi. À près de 70 ans, on a envie de se promener, pas de faire des cascades. Mais quelle machine, cette Delta 5 ! Quelle solidité dans le bordel ! Je redoutais cette deux-lignes et j'ai mis du temps à me sentir vraiment bien avec elle. Mais je dois avouer qu'Ozone a sacrément bien réussi cette aile deux-lignes d'entrée de catégorie C, avec ses 6,05 d'allongement. Passé ce moment bien tendu, alors que je suis finalement resté assez calme, je décide de mettre fin au combat qui s'était, de toute évidence, installé au gré du temps. Je regarde le ciel et ses horizons. Rien de bien rassurant. Je dirais même plutôt inquiétant. Ça bourgeonne de partout et, plus au nord-ouest, on distingue déjà au loin des conditions qui prennent une tournure orageuse. Je prends alors cap vers le bleu, vers le sud, là où se trouve le village. La fin du vol se dessine dans ma tête. Je préfère laisser le ciel aux oiseaux, mieux équipés que moi en cas de coup dur ou de fuite in extremis. Je suis déjà dans l'anticipation d'une situation qui pourrait devenir tragique. Mes amis, eux, en sont encore à gravir le Mont Court pour y trouver le fameux thermique. Et ils vont le trouver. Eux aussi se retrouvent rapidement dans ce super puissant ascenseur. Et voilà qu'à leur tour, ils en décousent avec lui ! Quelque temps après avoir fait demi-tour, je vois Lucien faire de même. Moi, j'ai eu ma dose. Et il semblerait que Lucien aussi. Personnellement, je me dis : « Polo, si tu veux revoler, tu pourras remettre les couverts en fin de journée. Pour le plaisir. Rien que pour le plaisir... De décoller, de voler et de reposer. » Et c'est exactement ce qui se passera par la suite. Je rentre au village avec le sourire, bien content d'avoir encore une fois pu jouer avec mon aile et cette masse d'air généreuse. Très généreuse. Trop généreuse. Une fois posé à Cagnourine, je regarde le ciel autour de moi. Je vois Lucien revenir lui aussi, cap vers le village pour y perdre son altitude, puis venir à son tour poser son aile. Il a eu les mêmes sensations que moi. Une aérologie vraiment trop forte, un ciel de plus en plus menaçant... Il m'avoue même avoir eu peur de voler dans des conditions pareilles. Cela me conforte dans ma décision de rentrer. Une belle journée de vol. Une belle partie avec la Pyramide. Et un Mont Court qui, aujourd'hui, a vraiment tenu toutes ses promesses. Mais il ne fallait pas, selon moi, continuer dans la baston. Il y aura d'autres jours meilleurs. Noël, quant à lui, a poursuivi son vol. Certes, il est allé plus loin et a réalisé sa boucle, mais il s'est fait peur lui aussi. Il a eu son lot de fermetures et a même pris des glaçons sur la figure... Est-ce bien sérieux ? Est-ce que ça en vaut la peine ? Je dirais que chacun doit trouver sa propre réponse. Pour ma part, aujourd'hui, j'ai choisi de rentrer. Pas par peur, mais par envie de continuer à voler encore longtemps, avec ce même plaisir. Car au fond, c'est bien cela qui reste mon moteur principal : le plaisir. Le plaisir de décoller, de sentir l'aile vivre au-dessus de ma tête, de chercher un thermique, de monter, de regarder le paysage se transformer sous mes pieds... Le plaisir de jouer avec la masse d'air, avec la montagne, avec ma Pyramide, avec mon Mont Court. Je ne vole pas pour aller toujours plus loin. Je vole pour le plaisir de voler. Et aujourd'hui, j'ai simplement choisi de rentrer avec l'envie de recommencer.

👨‍✈️ Pilotes du jour : Lucien Berenger - Noël Moulin - Paul Larvi
🪂 Aile utilisée : Ozone Delta 5 L
📏 Distance : 7 km
📏 Distance cumulée : 17 km
🚀 Vitesse max : 57 km/h
💨 Vitesse moyenne : 11,6 km/h
⛰️ Plafond : 2 404 m
📈 Gain : 1 294 m
⏱️ Durée : 36 min
🌡️ Vario : +5,7 m/s
Pointe : +9,3 m/s




29.07.2026 - Une journée suspendue entre ciel et montagne

Les prévisions de la veille étaient alléchantes : un plafond annoncé autour de 2 500 mètres avec un flux d'ouest à cette altitude, tandis qu'en basse couche le vent restait orienté au sud. Au réveil, la météo confirme les promesses. Je décide donc de monter au décollage de Cagnourine pour être prêt vers 11 heures. Le ciel est d'un bleu limpide, sans le moindre cumulus. Il est encore un peu tôt pour voir les premiers nuages se former, mais les conditions semblent déjà bien installées. À mon arrivée, Robert Gallian est déjà là. Lui décollera avec sa Geo d'Ozone ; de mon côté, ce sera la Delta 5. Avant de préparer nos voiles, nous nous mettons d'accord sur la fréquence radio afin de pouvoir rester en contact durant le vol. Mon premier décollage ne se passe pourtant pas comme prévu. Au moment où je contrôle ma voile au-dessus de la tête, je sens immédiatement que quelque chose ne va pas. Un tour de frein s'est glissé dans une commande et, surtout, je ne ressens pas cette mise en charge caractéristique de l'aile qui commence à vous tirer vers le haut. Les sensations ne sont pas bonnes. Je n'insiste pas. Je laisse simplement retomber la voile au sol pour tout remettre correctement en place. Pendant ce temps, Robert effectue une magnifique montée de voile et s'élance. Quelques instants plus tard, je l'imite et prends enfin mon envol. Comme souvent à Cagnourine, les premières minutes sont consacrées à la recherche du thermique du décollage. Je choisis de ne pas partir trop tôt vers l'arrière. Je préfère patienter, prendre suffisamment de hauteur avant de tenter un départ vers le secteur de la Pyramide. L'essai n'est pas concluant. Je reviens donc devant le relief où je retrouve une petite ascendance qui me permet de réaliser un premier plafond tranquillement. Rien d'extraordinaire, mais suffisamment pour disposer d'une marge de sécurité et poursuivre mes recherches avec davantage de sérénité. Je repars alors vers la Pyramide. Cette fois, c'est la bonne. Je trouve un thermique que j'enroule facilement. Sans jamais le quitter, je sens progressivement qu'il prend de la puissance. J'ai la nette impression qu'il fusionne avec une autre ascendance provenant du vallon situé plus à l'est. Une véritable confluence. Là… Le chant de mon Syride GPS Nav3 devient beaucoup plus joyeux. Les bips s'accélèrent, deviennent plus aigus, plus réguliers. La montée est franche. Je ne passe même pas par le Mont Court. Je me laisse dériver avec cette colonne d'air qui se décale progressivement vers le nord-est, au gré des mouvements de la masse d'air. Quel régal ! Désormais, tout se déroule dans le secteur situé à l'est de la Baisse de Lagouna, largement en avant des Rochers de Gata. Le thermique est généreux, parfaitement exploitable. Avant de s'essouffler, il me hisse jusqu'à 2 576 mètres. Puis… Plus aucun mètre de gagné. Le variomètre se tait. Ayant le désir de poursuivre ma promenade aérienne, je dois maintenant trouver un nouvel ascenseur. Je prends la direction du fort Pépin avec l'espoir de découvrir une nouvelle zone ascendante capable d'améliorer encore mon plafond. Bingo ! Le variomètre commence par émettre quelques hésitations, ces petits « zéros » qui attirent immédiatement l'attention. Mais avant même qu'il ne confirme une ascendance, mon aile m'a déjà parlé. Les suspentes se tendent, la voile se met davantage en charge et les commandes gagnent en fermeté sous mes mains. Je viens, a priori, de retrouver une véritable colonne d'air montante. À partir de cet instant, mon objectif est simple : ne plus la quitter avant son essoufflement. J'enroule méthodiquement le thermique, en essayant d'imaginer sa dérive afin de rester parfaitement centré. Au fil des tours, je comprends qu'il se décale globalement du sud vers le nord. Ma vitesse varie légèrement selon ma position dans le cercle, un indice précieux qui me renseigne sur les déplacements de cette masse d'air invisible. Observer, ressentir, analyser… puis adapter mon pilotage. Voilà tout le jeu du parapente. Une nouvelle fois, quel bonheur de constater que je me retrouve largement au-dessus de la cime Pépin, dont le sommet culmine à 2 344 mètres. C'est entre les Rochers de Gata et le fort Pépin que j'exploite cette ascendance qui semble ne plus vouloir s'arrêter. Les mètres défilent… 2 600 m… 2 700 m… 2 750 m… 2 795 m… La montée faiblit peu à peu. Le variomètre me le fait comprendre avant même que je ne le constate sur l'altimètre. Je viens d'atteindre le sommet de cette colonne d'air. Il ne manque vraiment pas grand-chose pour franchir les 2 800 mètres… Tant pis.
Je souris malgré tout. La journée tient largement ses promesses et je me dis que le meilleur est peut-être encore devant moi. Je mets alors le cap vers la cime du Bec Roux, sur la frontière entre la France et l'Italie. À son approche, une nouvelle ascendance m'attend. Je prends soin de l'enrouler jusqu'à atteindre 2 914 mètres. Elle dérive d'est-sud-est vers ouest-nord-ouest, ce qui m'oblige à ajuster constamment mon placement. Je décide ensuite d'entamer une longue transition en direction du fort Pernante, un secteur qui réserve souvent un excellent thermique. Je survole d'abord le col de Tende puis le fort Central. Comme souvent en transition, l'altitude fond lentement mais sûrement. Je le vois sur mon GPS, je le ressens aussi en observant le relief qui remonte progressivement sous mes pieds. À mon arrivée au-dessus du fort Pernante, mon altimètre affiche 2 358 mètres. Le fort, lui, est perché à 2 115 mètres. Le constat est sans appel. Depuis mon départ de la cime du Bec Roux, j'ai perdu près de 600 mètres d'altitude. Sur le moment, cette perte peut sembler frustrante, surtout lorsqu'on sait le temps et la patience qu'il a fallu pour gagner ces précieux mètres. Mais c'est aussi cela, le vol de distance. Les transitions sont rarement gratuites. Elles obligent à accepter de perdre pour espérer retrouver davantage, ou tout simplement pour espérer aller plus loin dans son vol. À présent, une seule idée occupe mon esprit : tenter de refaire le plein. Car tant que je ne retrouve pas un thermique, chaque seconde qui passe me rapproche un peu plus de l'obligation de renoncer à poursuivre le vol dans la distance. Je sais que le secteur du fort Pernante est réputé pour ses ascendances. Encore faut-il parvenir à mettre la main dessus. Et c'est précisément là que commence le moment le plus délicat. Je cherche devant… Puis derrière… Je décale ma trajectoire d'un côté, puis de l'autre. L'aérologie est différente ici. Je la sens moins lisible, moins accueillante. Une légère tension s'installe. Pas de panique, mais cette vigilance accrue que tout pilote connaît lorsqu'il voit son altitude diminuer sans retrouver la moindre ascendance. Je continue pourtant à croire que le thermique est là. Il suffit simplement de le découvrir. Et soudain… Bingo ! Je tombe enfin sur une zone ascendante, légèrement à l'ouest du fort. Le soulagement est immédiat. Au même moment, Robert, qui poursuit lui aussi son cheminement vers le fort Central, rejoint le secteur du fort Pernante. Lui aussi est en quête du thermique salvateur. Quelques instants plus tard, nous nous retrouvons tous les deux à exploiter la même colonne d'air. Nos façons de voler sont pourtant différentes. Robert choisit de larges cercles, tandis que je cherche à rester le plus possible dans le noyau du thermique, là où l'ascendance est censée être la plus puissante. Je m'applique à ressentir chaque variation de la masse d'air afin d'optimiser mon placement. Pourtant, je constate rapidement que le gain n'est pas aussi évident que je l'imaginais. À vouloir rester constamment dans le cœur de l'ascendance, je perds parfois en fluidité. Mes virages sont moins harmonieux et je me rends compte que Robert, avec ses trajectoires plus amples, monte finalement presque aussi bien que moi. Cette observation me fait réfléchir. En parapente, il n'existe pas une seule façon d'exploiter un thermique. Chaque pilote développe progressivement sa propre lecture de la masse d'air et son propre style de pilotage. Quoi qu'il en soit, nous continuons notre ascension ensemble. Je trouve cette situation particulièrement agréable. Voir évoluer un autre pilote dans le même thermique est toujours un spectacle fascinant. Suspendu sous son aile colorée, Robert dessine ses cercles avec une élégance qui évoque immédiatement le vol d'un rapace profitant d'une ascendance naturelle. Une véritable danse aérienne s'installe entre nous. Chacun suit sa trajectoire tout en restant attentif à celle de l'autre. Les distances évoluent sans cesse, les croisements se préparent avec anticipation et chacun veille à préserver une marge de sécurité suffisante. Cette vigilance permanente fait partie intégrante du plaisir du vol partagé. Autour de nous, seuls les bips du variomètre et le souffle du vent relatif, que capte mon unique oreille encore fonctionnelle, viennent rompre le silence. Par instants, les bips s'interrompent quelques secondes, puis reprennent de plus belle dès que le thermique retrouve toute sa vigueur. Cette étrange partition accompagne notre danse aérienne et renforce encore cette sensation de voler dans un univers où seul le ciel s'exprime. Quel moment… Aucun moteur. Seulement deux voiles qui dessinent lentement leurs cercles dans une colonne d'air invisible, portées par la seule énergie du soleil.
Dans ces instants-là, je mesure pleinement la magie du vol libre. Cette incroyable sensation de légèreté, cette impression de flotter dans une immensité sans limite, me donnent le sentiment de vivre un moment suspendu, presque hors du temps. Il n'y a plus que l'air, la montagne, mon aile… et ce privilège immense d'en faire partie. Cette ronde aérienne me porte finalement jusqu'à 2 886 mètres d'altitude. Lorsque j'étais arrivé au-dessus du fort Pernante, mon altimètre n'affichait plus que 2 356 mètres. Ce thermique vient donc de me rendre plus de 500 mètres de gaz. Un magnifique cadeau du ciel. Mais toute ascendance finit par s'essouffler. Le vario s'est calmé, tout comme la pression dans le virage aux commandes. Je décide alors de quitter les lieux en mettant le cap sur la Roche d'Abisse. Je sais déjà que cette transition va me coûter cher en altitude. Le variomètre abandonne rapidement son chant aigu pour retrouver sa tonalité grave. C'est parti pour un tracé droit devant, en direction de la Roche d'Abisse. Bob me voit partir. Il me fait savoir qu'il ne me suivra pas. Son intention est de revenir poser là où nous avions décollé. J'entends alors sa voix à la radio :
— « Bob pour Polo. Je retourne au déco retrouver ma chérie pour aller pique-niquer. Penses-tu que mes 2 700 mètres me permettent de rentrer sans problème ? »
— « Polo à Robert : Bien évidemment. Bon retour à toi et bon appétit ! À bientôt, Bob ! »
Le vol prend une autre dimension. Je ne partage plus le ciel à deux. Je continue mon chemin en solo, tout comme Robert pour son retour. En peu de temps, je laisse près de 200 mètres derrière moi. C'est le prix à payer pour poursuivre le voyage. Chaque transition est un pari : accepter de perdre maintenant pour espérer retrouver davantage un peu plus loin. Je poursuis donc mon chemin, attentif au moindre indice. Finalement, je raccroche une petite ascendance. Rien d'exceptionnel, mais suffisamment pour être exploitée. J'enroule cette ascendance durant quelques tours. Mon altimètre passe de 2 628 à 2 746 mètres. Une bonne centaine de mètres de gagnés. Ce n'est pas le thermique du siècle, mais en parapente, chaque mètre repris est un mètre qu'il ne faudra pas reconquérir plus tard. Ce petit cadeau vaut donc la peine d'être savouré. Il redonne confiance et nourrit l'espoir d'en trouver un plus généreux encore. Je poursuis ma route en direction de la Roche d'Abisse. Depuis longtemps, ce sommet exerce sur moi une étrange fascination. Son relief entièrement minéral inspire autant l'admiration que le respect. Rien n'y évoque la douceur. Les falaises semblent austères, presque sévères. Et pourtant, je ne me lasse jamais de les contempler. Je continue à m'en approcher. La Roche d'Abisse culmine à 2 755 mètres. Depuis plusieurs minutes, elle est devenue mon point de mire. Je glisse tranquillement dans la masse d'air en sa direction. Pourtant, lorsque j'en approche, mon altimètre n'affiche plus que 2 589 mètres. Quelque chose me retient. Je sens que je suis sous le vent. L'aile avance moins bien. Les mouvements deviennent plus brusques. Je dois piloter davantage, intervenir plus souvent. La masse d'air n'a plus rien de la douceur rencontrée quelques minutes auparavant. Le flux d'ouest annoncé par la météo se fait ici pleinement sentir. Inutile d'insister. Je préfère contourner le relief par ma gauche, en direction du sud. L'idée est simple : sortir au plus vite de cette zone peu accueillante. Vue du ciel, cette immense muraille minérale est aussi impressionnante que lorsqu'on la gravit à pied. Aujourd'hui, elle ne m'inspire pas confiance. Je n'ai aucune raison de m'y attarder. Je m'en écarte donc avec anticipation. Malheureusement, les choses ne s'améliorent pas immédiatement. Cette fois, ce ne sont plus seulement les effets du relief sous le vent qui perturbent la masse d'air. Les déclenchements de thermiques brassent l'atmosphère dans tous les sens et rendent le pilotage beaucoup plus exigeant. Ça secoue franchement. « Allez… cherche le bon endroit, Polo ! » Je garde les mains hautes, mais prêtes à intervenir à chaque instant. Les commandes vivent sans cesse dans mes mains. Les corrections deviennent franches, rapides, parfois sèches. Mon aile se comporte comme un étalon fougueux qui chercherait à désarçonner son cavalier. À moi de rester calme. À moi de l'accompagner plutôt que de la contraindre. À moi de faire corps avec elle. Mais, cette fois, c'est une véritable bataille. Une bataille pour maintenir ma voile au-dessus de la tête, mais aussi pour dénicher enfin un thermique suffisamment organisé pour pouvoir l'exploiter. J'ai l'impression d'évoluer au milieu d'un véritable champ de mines. Les bulles éclatent de toutes parts. Ça monte, ça descend, ça secoue violemment… Rien ne s'organise en une véritable colonne d'air. Ici, ça chauffe, mais pas comme je le voudrais. En réalité, ça chauffe surtout pour moi ! J'ai beau chercher, je ne rencontre que des boulets thermiques. À peine ai-je le temps de croire en avoir trouvé un qu'il me rejette aussitôt avec la même vigueur. Une fois… Deux fois… Trois fois… Je tente, je retente… Aïe… aïe… aïe… Décidément, je n'arrive pas à m'en sortir ! Enfin… disons plutôt que je n'arrive pas à y rester. Non… Ce ne sont pas des thermiques. J'appellerais plutôt cela une véritable « bouilloire ». L'aile cabre, part d'un côté, plonge, le vent relatif disparaît quelques instants, puis tout repart de plus belle. Au secours… Serais-je en train de mijoter ? Mais qu'est-ce que je fais là ? Le pilotage devient très éprouvant, physiquement comme mentalement. Je reste concentré, mais une pensée ne me quitte plus : celle de subir une grosse fermeture. Il suffirait d'un léger retard dans un contre-pilotage pour que la voile ferme violemment. Sous une aile deux lignes, ce n'est jamais une perspective agréable. Une fermeture importante peut rapidement se transformer en cravate lors de la réouverture, avec des conséquences parfois longues et délicates à gérer. Je sais donc que je n'ai pas le droit à l'erreur. Avec les années, j'ai appris une chose essentielle : la masse d'air parle. Son langage passe par les réactions de la voile, les tensions dans les commandes, le chant du variomètre, parfois même par le comportement des oiseaux. Encore faut-il accepter de l'écouter. Ce jour-là, elle me disait clairement que je n'étais pas au bon endroit. J'aurais pu m'obstiner, vouloir absolument trouver cette colonne ascendante. Mais l'expérience m'a appris qu'il existe des secteurs qu'il vaut mieux contourner lorsqu'ils deviennent aussi désorganisés. Une masse d'air peut très vite se transformer en véritable machine à laver, et c'est exactement ce qui est en train de se produire. Dans ces moments-là, le bon choix n'est pas de résister. C'est de s'adapter. Je décide donc de quitter ce secteur franchement hostile et mets le cap plus au sud, au-dessus du vallon de Caramagne, avec l'espoir d'y retrouver une masse d'air plus lisible… plus calme. Ouf… Ici, la recherche redevient plus sereine. Il me faut encore patienter et errer quelques minutes avant de trouver enfin un thermique digne de ce nom, mais au moins je ne me bats plus contre une aérologie totalement désorganisée. Ce retour dans une masse d'air plus saine me laisse enfin un peu de répit. Mon esprit retrouve peu à peu sa capacité d'analyse. Je viens de vivre un moment que tout pilote préférerait éviter. La masse d'air m'a malmené, mais elle m'a surtout rappelé combien nous sommes peu de chose face aux éléments. Comme une coquille de noix ballotée sur une mer déchaînée. Elle m'a testé. Elle m'a poussé dans mes retranchements. Pourtant, je suis resté présent sous ma Delta 5. Je n'ai jamais baissé la garde. Chaque seconde a demandé de l'attention, de la précision et de l'anticipation. Je savais que je devais rester totalement concentré sur le comportement de ma voile, parfois même anticiper ses réactions tant les événements peuvent s'enchaîner rapidement. Tant qu'on ne l'a pas vécu, il est difficile d'imaginer la violence que peut libérer une aile lorsqu'elle décroche brutalement de sa trajectoire. Aujourd'hui, j'en souris presque. Moi qui ne suis pas compétiteur dans l'âme, je me suis retrouvé plongé dans un véritable combat. Non pas contre un adversaire, mais contre mes propres limites. Il ne s'agissait pas de vaincre. Il s'agissait de rester adapté à chaque instant, de ne pas céder à la précipitation ni à l'affolement, mais de continuer à piloter juste, ni trop tôt ni trop tard. À cet instant, je mesure combien toutes ces années d'arts martiaux continuent de m'accompagner. Plus de quinze années passées sur les tatamis à répéter les mêmes gestes, à apprendre à relâcher totalement le corps pour ne contracter que l'essentiel au bon moment, à gérer la fatigue, la douleur, le stress, la pression… et parfois la peur. Tout cela est encore là. Ce mental construit au fil des entraînements ne me pousse pas à forcer les choses. Il m'aide simplement à rester lucide lorsque la situation devient exigeante. Finalement, je comprends une nouvelle fois que le véritable défi n'est pas de lutter contre la montagne ou contre le vent. Il consiste à accepter ce que la masse d'air est en train de nous dire et à prendre la bonne décision au bon moment. Je ne considère donc pas cette séquence comme un échec. Certes, je n'y ai pas gagné le thermique espéré. Mais je n'ai pas perdu l'essentiel. Malgré les secousses et cette aérologie chaotique, mon aile est restée ouverte et je suis resté maître de mon pilotage. Le meilleur choix était simplement ailleurs.  Je poursuis mon vol, ma promenade aérienne, en transition au-dessus du vallon de Caramagne, cap sur la crête qui mène au mont Chajol. Sur ma droite défile le Gias de Peyrefrique que je finis par dépasser. Je me rapproche ensuite de la cime de Bouscayé. C'est là, juste avant d'y parvenir, que je rencontre enfin une zone prometteuse. Le variomètre se remet à chanter comme tout pilote aime l'entendre. D'abord timidement. Puis l'ascendance s'affirme rapidement. Elle devient suffisamment généreuse pour que je puisse l'enrouler sereinement. En seulement six tours, mon altimètre passe de 2 325 à 2 741 mètres. Près de 400 mètres gagnés. Après les turbulences rencontrées un peu plus tôt, cette montée a un goût de récompense. Je reprends alors ma transition vers le mont Chajol, encore assez éloigné. En dépassant la baisse de Peyrefrique, située sur ma droite, je rencontre successivement deux nouvelles ascendances. Je les exploite l'une après l'autre et elles me portent jusqu'à 2 929 mètres. Waouh... Quel bonheur ! Que demander de plus lorsqu'on se retrouve ainsi perché, avec autant de hauteur pour poursuivre son voyage ? À cet instant, la radio crépite de nouveau.
— « Robert à Polo. Ça y est, je suis posé à Cagnourine. Nous partons manger quelque part au village de Tende. Je te garde en radio. Bonne continuation pour ton vol ! »
— « OK Bob, merci ! Bonne fin de journée à toi. Bye ! »
J'esquisse un sourire. Je poursuis désormais seul. Mon placement se situe largement au-dessus de la crête, sur le versant est du mont Chajol. Le flux d'ouest est bien présent. La masse d'air reste tonique, mais parfaitement gérable. En revanche, je sens que mon corps commence à réclamer une pause. L'énergie dépensée dans le secteur de la Roche d'Abisse puis du fort Giaure a largement entamé mes réserves. À mesure que j'avance vers le mont Chajol, la transition redevient négative. Je perds doucement de l'altitude. Mais, cette fois, ce n'est plus vraiment cela qui m'importe. Je sens la fatigue s'installer. Mon envie de poursuivre l'aventure s'émousse peu à peu. Je pourrais continuer. Chercher encore.
Repartir à la chasse aux thermiques. Mais l'idée de mettre un terme à ce magnifique vol s'impose progressivement comme une évidence. Je poursuis malgré tout en direction du mont Agnelino. Puis, à l'approche du mont d'Ourne, la masse d'air se montre une nouvelle fois agitée. Quelques thermiques viennent secouer ma voile et je sens également que ma progression est légèrement freinée par le vent. Je profite néanmoins d'une dernière ascendance. Elle me permet de reprendre environ 150 mètres pour atteindre 2 805 mètres. Voilà largement de quoi rentrer sereinement. Je survole Caranesse, puis je contourne le rocher de Maïma par l'est avec encore 2 314 mètres sous la voile. Je mets ensuite le cap sur Saint-Dalmas-de-Tende. Cette fois, le variomètre ne chante plus que le négatif. Je vois lentement le sol remonter vers moi. Le voyage touche à sa fin. Après avoir franchi le col de Loubaïra, j'effectue une large boucle qui me ramène vers Tende, puis vers Cagnourine où je viens finalement déposer mon aile. Quelques instants plus tard, j'annonce à Bob par radio que je suis, moi aussi, posé. Le silence revient. Je retire mon casque. Je regarde une dernière fois le ciel. Quelle magnifique journée de vol libre. Une journée faite de doutes, de bonheur, d'humilité, d'adaptation... et de cette liberté incomparable que seul le parapente sait offrir.

👥 Compagnons de vol : Robert Gallian et Paul (moi)
🕒 Décollage : 11 h 19
🕒 Temps de vol : 1 h 46 min
🪂 Voile utilisée : DELTA 5 (Ozone)
📏 Distance cumulée : 54 km
🔺 Distance de performance : 26 km
⛰️ Plafond atteint : 2 932 m
⬆️ Gain d'altitude : 1 816 m
🚀 Vitesse maximale : 58 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 14,6 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +4,2 m/s


07.07.2026 - Roche d'Abisse

Depuis quelques jours, les conditions sont particulièrement favorables au vol libre. Les orages, qui nous obligeaient jusqu'à présent à écourter nos journées, semblent enfin nous laisser un peu de répit. Il serait dommage de ne pas en profiter. Ce matin-là, je pensais voler seul. Peu de pilotes avaient prévu de monter au décollage et Noël lui-même m'avait annoncé qu'il ne pourrait probablement pas être présent. Finalement, un message vient changer la donne : il sera bien là. Au décollage, il me demande quel est mon programme. Pour ma part, je n'ai jamais été un pilote très ambitieux en matière de distance. Un beau « tour de bocal » me procure déjà beaucoup de plaisir. L'essentiel, pour moi, est de profiter du vol. Noël, lui, voit les choses autrement.
— On décolle, on monte au Mont Court, puis direction la Roche d'Abisse. Ensuite, si ça marche bien, on pourra passer par le mont Chajol, l'Agnelino, le Bergiorin, le Bertrand… et pourquoi pas pousser jusqu'au Marguareis. Pour le retour… on verra ! Moi, j'irai peut-être explorer vers le Sacharello, voire un peu plus loin côté italien si les conditions le permettent. J'écoute son programme avec le sourire. Je connais Noël. C'est un explorateur du ciel.
— Tu sais quoi Noël ? Je te suis… et je verrai bien jusqu'où j'aurai envie d'aller.
— Parfait ! On reste en radio.
L'idée est bonne… en théorie. Au moment d'essayer mon installation micro-oreillette, la radio se met à émettre en permanence. Nous essayons tous les réglages possibles, sans succès. Noël insiste, cherche encore une solution, mais le temps passe. Je finis par couper court.
— Stop, Noël .. marre de ce bazar ! j'ai toujours un problème avec la radio. Là, on ne vole plus, on bricole. J'accroche la radio à la sellette et basta ! Il est temps de décoller.
Je range la radio avec une légère pointe de frustration. J'aurais aimé disposer du même confort de communication que Noël. Mais il faut aussi savoir renoncer. À vouloir résoudre un problème coûte que coûte, on finit parfois par passer à côté de l'essentiel : voler. Le plus probable est qu'un simple câble soit défectueux. Il sera toujours temps de s'en occuper après. Je décolle le premier. Mon premier objectif est clair : rejoindre la Pyramide. C'est la première marche qui ouvre la suite du vol de cross ou de tour du bocal. Les premières minutes sont laborieuses. Je reste devant le décollage à chercher les premiers indices de la masse d'air. J'avance, je reviens, je fais littéralement l'essuie-glace devant la pente, parfois un peu trop près du relief à mon goût. Le sol refuse de s'éloigner. Pourtant, je reste patient. Les cycles deviennent progressivement plus fréquents. Ils sont encore désorganisés, trop faibles pour être véritablement enroulés, mais ils commencent à me porter. Petit à petit, quelque chose change. Lorsque je jette un regard sous mes pieds, je constate que la pente s'est discrètement éloignée. Sans presque m'en rendre compte, je viens de gagner les premiers mètres qui redonnent confiance. Je sais qu'en prenant de la hauteur, les thermiques auront davantage de chances de s'organiser. Ils deviendront plus larges, plus francs, plus faciles à exploiter. Alors je m'accroche. Minute après minute. Finalement, le GPS affiche 1 200 mètres. C'est le moment. Je tente de rejoindre la Pyramide.  Il m'aura fallu près de huit minutes pour y parvenir. À cet instant, Noël vient seulement de décoller. Je souris en pensant que je suis, une fois de plus, le premier à partir. Je me presse toujours pour décoller alors que beaucoup prennent davantage leur temps. C'est devenu une habitude. Je fais souvent le fusible. Je pars devant, je teste, je regarde si la montagne veut bien m'accueillir. Mais être le premier en l'air, ce n'est pas seulement partir avant les autres. C'est aussi leur donner des informations. Par ma trajectoire, mes recherches, mes montées et mes pertes, je leur transmets une partie de ce que la masse d'air raconte à cet instant précis, ici, sur ce relief. Mais je sais aussi une chose. Noël finira probablement par me rejoindre. Je poursuis donc tranquillement mon travail, concentré sur les ascendances qui se présentent.. Mon objectif est désormais le Mont Court. Encore faut-il disposer d'une altitude suffisante pour s'y rendre sans se retrouver en difficulté. Le thermique de la Pyramide fonctionne, mais il reste timide. Il ne me permet pas de prendre le gaz nécessaire pour rejoindre directement le sommet. Je dois me résoudre à partir malgré une hauteur insuffisante.  La transition m'amène seulement sur le versant sud du Mont Court. Le sommet est encore hors de portée. Il va falloir composer avec la pente. J'utilise la dynamique de la brise qui la longe pour grappiller, mètre après mètre, l'altitude qui me manque. Cela ne fonctionne pas à tous les coups. En parapente, vouloir ne suffit jamais. Il faut que la montagne accepte de vous aider. Et cela… aucun pilote ne peut le décider à sa place. Pendant ce temps, j'aperçois Noël qui se débat lui aussi avec les premières ascendances. Puis, comme souvent, sa persévérance est récompensée. Il rejoint la Pyramide avant de venir progressivement dans ma direction. Au Mont Court, il trouve rapidement le thermique que nous espérions tous les deux. Celui qui permet enfin de monter de plusieurs étages. Celui qui ouvre la porte des grands reliefs. Je mets à mon tour et aussitôt cap vers la zone où je le vois grimper. Le variomètre recommence à chanter. Je viens de trouver, moi aussi, cette masse d'air généreuse. Mon instrument de vol Syride continue de m'encourager. Son chant devient plus régulier, signe que je suis bien installé dans cette masse d'air ascendante. Je reste concentré, à l'écoute de mon aile et de ce que la montagne veut bien nous offrir. Nous sommes maintenant deux dans ce thermique. Et c'est là que le vol prend une autre dimension. Voler seul procure déjà beaucoup de plaisir. On se retrouve face à soi-même, avec ses propres décisions, ses propres analyses. Mais partager une ascendance avec un autre pilote apporte quelque chose de différent. Une forme de dialogue silencieux s'installe. Je regarde Noël évoluer dans la masse d'air. Sa façon de voler m'interpelle toujours. Elle est fluide, presque instinctive. Là où certains pilotes cherchent à rester dans une trajectoire très régulière et maîtrisée, Noël semble accompagner chaque mouvement de l'air. Il ne lutte pas contre la masse d'air, il danse avec elle. C'est un spectacle. Sa voile se déplace, accélère, ralentit, se replace naturellement. Son vol paraît simple, presque évident. Mais je sais que derrière cette apparente facilité se cachent son expérience acquise lors de ses lectures et sensations accumulées au fil de ses vols. Je pourrais comparer cela à une danse aérienne, une valse sans sol, une valse où le partenaire n'est pas une personne mais une masse d'air invisible qu'il faut apprendre à écouter. Nous sommes dans une zone particulière, une zone de confluence où plusieurs ascendances viennent se rejoindre. Ce n'est pas un simple tuyau vertical d'air chaud qui monte bien droit vers le ciel. Les masses d'air se rencontrent, se mélangent, dérivent. Il faut sans cesse ajuster, lire la dérive du thermique, adapter son placement, accompagner les mouvements de l'aile. Par moments, la masse d'air se montre plus énergique. L'aile plonge légèrement, le bord d'attaque cherche à changer d'angle. Il faut alors être présent aux commandes, retenir une éventuelle abattée sans pour autant brider la voile. Une aile a besoin de voler. Il ne faut pas l'empêcher de traverser la masse d'air, mais simplement l'accompagner pour qu'elle reste efficace et stable. C'est tout un équilibre. Un dialogue permanent entre le pilote, la voile et l'air. Je prends conscience à cet instant que la présence de Noël transforme complètement mon vol. Habituellement, je vole plutôt comme un loup solitaire. J'aime observer, réfléchir, construire mon vol à mon rythme. Mais aujourd'hui, sa présence apporte une dimension supplémentaire. Je ne suis plus seulement en train de chercher une ascendance. Je partage un moment, je regarde, j'apprends et je m'amuse. Finalement, c'est peut-être cela que je recherche de plus en plus dans mes vols. Pas forcément aller plus loin, pas forcément monter plus haut mais ressentir pleinement ce qui se passe, ne pas chercher la performance pour garder le plaisir de voler. Pourtant, même dans ce plaisir partagé, je reste attentif à nos positions respectives. Un instant c'est Noël qui est au-dessus de moi, puis quelques minutes plus tard les rôles s'inversent. Nous jouons avec le thermique. Celui qui trouve la meilleure zone prend quelques mètres d'avance. L'autre observe, ajuste et revient. C'est un jeu magnifique. Puis, progressivement, mon vario devient moins enthousiaste. Le chant du thermique s'efface puis disparaît. Je comprends rapidement que je suis sorti de l'ascendance. Le taux de chute m'indique que je suis maintenant dans la descente périphérique du thermique. Il faut décider. Soit retrouver la colonne d'air que j'ai perdue, soit chercher ailleurs. Je pense simplement être arrivé au sommet de cette ascendance. Noël, lui, choisit de partir explorer plus à l'est. Moi, je tente une autre option vers l'ouest. Et finalement... Bingo ! Je retrouve une nouvelle masse d'air ascendante. La satisfaction est immédiate. Quelques instants auparavant, je perdais de l'altitude. Me voilà de nouveau en train de monter. C'est aussi cela le parapente. Passer du doute à la confiance en quelques secondes. Accepter de perdre pour avoir une chance de retrouver mieux. Noël aperçoit ma nouvelle ascendance et revient progressivement vers moi. Nous voilà repartis ensemble, direction le Fort Tabourde. Le paysage s'élargit. L'horizon gagne de la profondeur. Je ne domine pas encore tous les sommets, mais je m'en approche. Je profite de chaque instant. Mon regard se promène à 360 degrés. Les crêtes, les vallons, les sommets qui se succèdent... tout paraît différent vu d'en haut. Certaines montagnes que l'on regarde habituellement depuis le sol deviennent soudain accessibles, presque familières. Elles donnent envie d'aller les découvrir, mais toujours avec respect, admiration et je dirais même avec amour. Car en montagne, le ciel offre beaucoup... à condition de ne jamais oublier qu'il peut aussi reprendre très vite ce qu'il nous a donné. Mon objectif n'est pas de conquérir ces sommets, mais de les rencontrer, de les survoler, de partager quelques instants avec eux et de rentrer avec le souvenir d'un beau vol. Je ne regarde plus seulement un paysage : je lis un terrain de jeu immense qui s'ouvre devant moi. Chaque crête, chaque sommet, chaque vallon devient une invitation à poursuivre l'exploration. Mais pour continuer ce voyage, une règle reste incontournable. En parapente, il faut rebondir. De sommet en sommet, de crête en crête, de vallon en vallon. Jamais je ne dois oublier que derrière la beauté du paysage se cache une réalité : un vallon encaissé peut rapidement mettre fin à un vol et offrir une aérologie beaucoup moins agréable. Je garde donc cette vigilance permanente. Mon objectif est maintenant de poursuivre mon ascension vers la Cime de Pépin qui culmine à 2 344 mètres. Mais autour du Fort Tabourde, à 1 987 mètres, la masse d'air se montre beaucoup moins généreuse. Je cherche. J'analyse. J'attends le signe qui me permettra de retrouver cet ascenseur naturel qui me propulsera vers l'étage supérieur. Quelques petites bulles viennent parfois me chatouiller, mais rien de suffisamment organisé pour monter réellement. Je plane. Ce n'est pas désagréable, loin de là. Mais ce n'est pas ce que je suis venu chercher. Je veux continuer. Je veux grimper. Noël, de son côté, rencontre les mêmes difficultés. Finalement, il décide de quitter le secteur et tente une autre option, qui ne sera pas forcément la meilleure. Pour ma part, je reviens à une règle que l'expérience m'a souvent enseignée : Quand on doute et que l'on ne trouve plus d'issue dans une masse d'air, il faut parfois retourner vers le relief. Chercher un appui. Une pente bien exposée. Une possibilité de dynamique ou de thermique déclenché par le relief à exploiter. Je prends donc cap vers la crête qui relie les Rochers de Gata au Fort Pépin. Je perds quelques dizaines de mètres pendant cette transition, mais je reste confiant. Tous mes sens sont en éveil. Une petite tension intérieure apparaît malgré tout. Une question revient : « Et si je ne trouve rien ? » Car c'est aussi cela le parapente. Il y a toujours une part d'incertitude. On analyse, on anticipe, mais on reste dépendant de cette masse d'air invisible qui décide parfois de nous offrir une porte… ou de la refermer. J'aperçois Noël plus bas, en difficulté lui aussi, positionné au-dessus du vallon entre le Mont Court et Gata. Je ne suis pas inquiet pour lui. Je connais son tempérament. Noël est un chercheur. Un pilote capable de transformer une situation compliquée en opportunité. Son expérience acquise depuis qu’il vole, ses réussites mais aussi ses erreurs lui ont permis d'apprendre à mieux comprendre ce milieu invisible qu'est l'air. Je me rapproche progressivement du relief et soudain, je sens quelque chose ! L'aile devient plus vivante, la masse d'air porte. Et le signal arrive immédiatement de mon instrument de vol avec ses Bip... Le variomètre recommence à chanter. Et moi aussi, intérieurement. À cet instant, je pourrais presque dire que j'honore mon surnom d'« Aigle Chanteur ». Je suis concentré au maximum. Chaque mouvement de mon aile se transmet à mon corps installé dans ma sellette cocon Arrow. Chaque information compte. Une variation dans les commandes. Une pression différente. Un déplacement de la masse d'air. Je corrige avec mes mains, mais aussi avec mon corps. Je cherche simplement à accompagner, à optimiser. Pour au minimum ne rien perdre ou gagner de l’altitude. L'altimètre me confirme ma montée dans le thermique mais devant moi, le Fort Pépin attend encore. Je suis plus bas que lui mais je viens de retrouver ce que je cherchais : Le thermique de Gata. Je l'ai trouvé le fameux thermique de Gata !! Celui que les pilotes du secteur connaissent bien, réputé pour sa générosité et sa capacité à offrir un véritable ascenseur au-dessus de ce relief. Cette fois, je ne veux plus le perdre. Je m'y installe avec application et je compte bien y rester au max. Le thermique me prend, me porte, m'élève. Les commandes deviennent plus fermes. Ma voile s'incline naturellement dans le virage. Je l'accompagne avec mon corps, légèrement calé dans ma sellette, attentif à chaque variation. Tout est en harmonie. Le son du vario. La pression dans les commandes. La sensation de montée. Le paysage qui descend doucement autour de moi. Je garde un œil sur Noël. Lui continue son chemin, plus bas pour le moment. Ou plutôt… c'est moi qui m'éloigne de lui en prenant de la hauteur. Je souris intérieurement. Je sais que cette montée va probablement lui indiquer où se trouve la bonne porte. Et je ne me trompe pas. Quelques instants plus tard, Noël comprend l'opportunité et vient lui aussi chercher l'appui du relief. Nous voilà de nouveau réunis dans ce même espace aérien. Le Fort Pépin se rapproche. Ou plutôt, c'est moi qui me rapproche de lui. Mais comme souvent en parapente, rien n'est jamais acquis. À mesure que j'approche du sommet, le thermique perd de sa vigueur. Le chant du vario diminue. Puis finit par disparaître. Tout devient plus calme. Le vol se transforme en simple plané. Je reste quelques instants dans le secteur, espérant retrouver un nouveau cycle. Mais rien n'y fait. Je l'ai perdu. Il faut repartir à la recherche d'un autre ascenseur. Pendant ce temps, Noël a retrouvé une solution. Il s'est replacé plus à l'ouest, derrière le Fort Tabourde, et le voilà maintenant plus haut que moi, en direction de la Cime de Pépin. Comme souvent, chacun construit son vol avec ses propres choix. Je tente à mon tour une option vers la crête. Mais cette fois, rien. Peut-être suis-je trop bas pour accrocher ce que je cherche. Je reviens donc vers la zone où Gata m'avait offert son cadeau, et une nouvelle fois le pari fonctionne. Je retrouve le thermique, le même que j’avais exploité auparavant. Le fidèle ascenseur qui m'avait déjà permis de gagner de l'altitude. Quelle satisfaction ! Il y a quelque chose de particulier dans ces moments-là. Ce n'est pas seulement de monter, c'est de retrouver, de comprendre que l'analyse, la patience et la persévérance finissent parfois par payer. Au sommet de cette nouvelle ascendance, je survole le Fort Pépin en cherchant maintenant une nouvelle direction. Où poursuivre ce voyage ? C'est alors que je remarque un groupe de vautours. Ils évoluent à hauteur de la Cime de Pépin et prennent progressivement la direction de la Cime du Bec. Ils ne montent pas particulièrement, ils voyagent, transitent, glissent dans la masse d’air c’est l’impression qu’ils me donnent. Ils glissent, ils exploitent simplement ce que l'air leur offre. La réponse est peut-être là, et je décide de les suivre. Pas pour les rattraper, ce serait bien prétentieux mais simplement pour partager un instant avec eux. Pour observer leur façon naturelle d'utiliser cet élément que nous essayons, nous pilotes, de comprendre avec nos instruments. Me voilà parti dans leur sillage. Le spectacle est magnifique !! les sommets, les crêtes, les vallons, le versant italien qui s'ouvre devant moi. Et au loin, la plaine du Pô avec le Mont Viso qui se dessine à l'horizon. Tout cela alors que je ne suis qu'à environ 2 400 mètres. C'est une des magies du vol libre. Plus on monte, plus l'horizon recule,, plus le monde semble grand. Je savoure l'instant. Je me dis intérieurement : « Regarde bien !  Profite ! Mémorise ! un jour, tu raconteras ce moment. » Car certains instants de vol ne sont pas seulement des souvenirs, ils deviennent des images que l'on garde quelque part en soi. Lorsque je me rapproche des vautours, une petite inquiétude traverse malgré tout mon esprit : Et s'ils me considéraient comme une menace ? Mais cette pensée disparaît rapidement. Je connais leur comportement. Les rapaces ne défendent réellement leur territoire que dans certaines circonstances, notamment lorsqu'ils protègent un nid ou une nichée. Ici, ils voyagent simplement, ils planent, ils explorent, ils m'acceptent dans leur espace. Peut-être même qu'ils s'amusent à me voir chercher avec mes moyens humains ce qu'eux trouvent naturellement. Je n'entends évidemment pas leurs éventuels commentaires… Mais je préfère imaginer qu'ils ne se moquent pas trop de moi. Je les accompagne ainsi jusqu'à la Cime du Bec puis ils disparaissent progressivement en continuant leur vol. Me voilà seul à nouveau, mais quel privilège d’avoir partagé ce temps avec eux. Pour la troisième fois depuis que je vole dans la Roya, je retrouve ce sommet. Je ne pouvais pas repartir sans lui rendre hommage, alors je fais un large virage à 360 degrés simplement pour savourer, pour regarder, pour graver cet instant, je m’en mets plein les yeux et plein le cœur. Puis vient le moment de repartir. Car même les plus beaux moments de vol ont une fin. Je prends maintenant la direction du retour vers la Cime de Pépin. Le paysage a changé. Après l'aller, il y a le retour. La lumière est différente, le regard aussi. Depuis là-haut, je retrouve ma vallée de la Roya. Mon terrain de jeu, mon jardin. Tende apparaît quelque part dans cet immense décor, je mesure le chemin parcouru. Pendant quelques heures, j'ai quitté mon environnement habituel pour aller découvrir d'autres horizons, d'autres montagnes, d'autres jardins qu'il me reste encore à apprivoiser du regard. À l'ouest, le Mercantour s'étend devant moi. Un espace magnifique, refuge d'une faune exceptionnelle. Un espace qui mérite notre respect. Même si le ciel nous donne parfois l'impression qu'il nous appartient, il reste des limites à accepter et celles-ci font partie de la beauté du vol. Le Fort Pépin se rapproche maintenant. Je retrouve son versant Est, plus minéral que la face Sud recouverte d'herbe. Chaque relief possède son identité. Sa couleur, sa texture, son aérologie aussi. Je l'observe avec attention, car en parapente chaque détail peut devenir une information. Mais une fois encore, la montagne ne me donne pas immédiatement ce que je cherche. La zone reste intéressante, mais le fameux ascenseur du Fort Pépin ne veut pas vraiment se manifester. Il y a du mouvement, il y a des sensations, mais pas suffisamment pour continuer à monter. Il va falloir chercher ailleurs. C'est le jeu. La masse d'air propose et le pilote doit s'adapter. À cet instant, je reçois un message de Noël à la radio : « Paul !! Je te vois !! si tu m'entends, je suis au Fort Central. J'ai pris 2 600 mètres entre Gata et Pépin. Trouve le thermique et transite jusqu'à Pernante !! j'y suis » Noël a déjà basculé de l'autre côté du col, en Ouest. Comme souvent, il a trouvé la porte qui va bien, qui ouvre des espaces autres. Je réponds simplement : « Bien reçu Noël, je vais tenter de le trouver et te rejoindre » Finalement, en écoutant ses conseils ... Bingo ! Après quelques recherches, je trouve l'ascendance, je ne la lâche plus. Ah ah... Il est encore bon celui-là ! C'est reparti pour une nouvelle montée. Le paysage redescend doucement mais surement sous moi. Le thermique m'emporte jusqu'à 2 634 mètres. Je suis maintenant bien au-dessus du niveau de la Cime de Pépin. Le moment est venu de prendre moi aussi la porte de sortie. Je prends cap sur le Fort Pernante. Dans la transition, le col de Tende apparaît sous moi. La frontière entre la France et l'Italie n'est plus une ligne sur une carte. Elle devient un paysage que je traverse, une transition., une aventure. Sous mon aile, je ressens toute la confiance acquise depuis que je vole avec ma Delta 5. Je me souviens pourtant de mes premières appréhensions avec cette voile. Elle était plus exigeante, elle demandait davantage de précision mais au fil des vols, une relation s'est installée. Aujourd'hui, je la connais mieux ! Je ressens ses réactions, elle me parle. Sa couleur jaune fluo me donne presque l'impression qu'elle m'accompagne comme un phare dans le ciel. Solide dans les turbulences, précise dans les phases de pilotage, elle m'offre aujourd'hui des sensations que je n'aurais pas imaginées au début. Merci à toutes les marques et tous ceux qui permettent aux pilotes de vivre ces moments. Car derrière une aile, il y a du travail, de la recherche, de l'expérience et surtout, il y a cette possibilité incroyable : celle de voler. Mais la montagne me rappelle vite que rien n'est jamais acquis. La transition vers Pernante m'amène progressivement vers le relief. Je regarde la pente se rapprocher. Mon objectif est clair : trouver un nouvel ascenseur. Le thermique de Pernante est pourtant réputé mais encore faut-il le trouver et c'est là toute la beauté du vol libre. La recherche fait partie du plaisir. Cette quête permanente transforme chaque minute en aventure. Chercher, analyser, Espérer, Trouver .. et lorsque la récompense arrive, la satisfaction est immense. Noël est toujours là, plus haut et semble m’attendre. Sa présence dans le ciel est un encouragement. Nous ne volons pas ensemble au sens où nous sommes attachés l'un à l'autre mais nous partageons le même espace, le même terrain de jeu. Une forme d'accompagnement silencieux. Je me replace au-dessus de la crête qui sépare la France de l'Italie. Je réfléchis à où re chercher. Je repense à une phrase simple : « Qui cherche trouve »   Ce n'est pas toujours immédiat mais l'expérience m'a souvent montré que l'abandon arrive parfois juste avant la réussite alors je continue. J'observe la topographie, l'exposition des pentes et son ensoleillement, la direction probable des dérives. Tout ce que la montagne veut bien me transmettre. Puis soudain... Bip. Bip bip. .. le signal devient plus régulier, le thermique est bien là et je suis dedans. Quelle satisfaction en ai-je ! Je retrouve cette sensation familière, cette impression d'avoir trouvé une clé invisible. Je remonte progressivement. Le Fort Pernante s'éloigne. Le relief descend sous moi. Noël, voyant ma progression, reprend son voyage et prend cap vers l'Abisse. De mon côté, je reste encore un peu en cette zone. Tant que le vario chante, je profite et  cherche le meilleur plafond possible. Puis vient le moment du départ alors je regarde devant moi à l’endroit même que se trouve Noël. Comme pour lui, la Roche d'Abisse m'attend.Je quitte finalement le thermique. Le moment est venu de tenter la transition vers la Roche d'Abisse. Devant moi s'étend le vallon de Caramagne. Je le survole avec une confortable marge de sécurité, tout en restant attentif aux mouvements de l'air. Une transition n'est jamais un simple déplacement. C'est toujours un pari. On échange de l'altitude contre de la distance, avec l'espoir de retrouver un nouvel ascenseur à l'arrivée. Fort de cette marge, j'aborde sereinement les pentes qui relient le Fort Giaure à la Roche d'Abisse. Très vite, le variomètre recommence à chanter. Les premiers bips sont timides, puis deviennent plus réguliers. Je sens mon aile se tendre légèrement au-dessus de moi. La masse d'air devient plus généreuse. Je centre progressivement l'ascendance, affine mon virage et retrouve cette sensation si particulière d'être porté sans effort. Le Fort Giaure s'éloigne doucement sous mes pieds. Chaque tour supplémentaire me rapproche un peu plus de mon objectif. L'Abisse grandit devant moi. Son relief change d'aspect à mesure que j'approche. La montagne devient de plus en plus minérale. Les alpages disparaissent progressivement pour laisser place à un univers de roche grise, sculpté par le temps. Les lacs, nichés dans leur vaste cirque glaciaire, ajoutent encore à la beauté du lieu. Je poursuis mon ascension avec un immense plaisir. Petit à petit, j'arrive à la hauteur du sommet puis je le dépasse. Cette sensation est toujours difficile à décrire. Voir une montagne que l'on regardait quelques minutes plus tôt depuis le bas passer lentement sous ses pieds reste un privilège extraordinaire. Je savoure l'instant, sans exubérance, simplement heureux d'être là. Noël, fidèle à lui-même, poursuit son exploration. Je le vois évoluer plus haut que moi, passant d'un versant à l'autre, aussi bien côté français que côté italien. Son aisance est toujours impressionnante. Je pourrais essayer de le suivre. Je pourrais chercher à monter encore davantage. Mais cette idée ne me traverse même pas. Je n'en ressens pas le besoin. Mon objectif est atteint. Je suis exactement là où j'avais envie d'être. Il y a une grande liberté à accepter que le plaisir n'a pas toujours besoin d'aller plus loin. Je prends quelques instants pour contempler le paysage, le silence, la lumière, les reliefs qui s'étendent à perte de vue. Ces moments suspendus sont sans doute ceux qui donnent tout son sens au vol libre. Puis une autre pensée s'impose naturellement. Il est temps de rentrer. Je préfère toujours partir un peu trop tôt qu'un peu trop tard. L'expérience m'a appris que la montagne récompense souvent la prudence et sanctionne parfois l'excès de confiance. Je mets donc le cap vers le sud, en direction du Mont Chajol. Le vallon de Caramagne défile une nouvelle fois sous mon aile. La masse d'air y est plus remuante. Quelques turbulences secouent franchement la voile. Les mouvements deviennent plus désordonnés. Je garde les mains aux commandes et accompagne calmement les réactions de mon aile. Inutile de lutter contre la montagne. Il suffit de rester présent. Concentré. Quelques minutes plus tard, tout redevient plus calme. J'accélère légèrement afin de rejoindre plus rapidement le relief suivant. Pendant ce temps, Noël me contacte à la radio. Il me propose de poursuivre l'aventure vers le Mont Chajol, puis l'Agnelino, le Bergiorin et, pourquoi pas, jusqu'au Marguareis. Je souris. Je connais Noël. Je sais que, pour lui, chaque sommet appelle le suivant mais aujourd'hui, mon voyage est déjà complet. Je choisis une autre direction. En apercevant un départ d'incendie au-dessus de Speggi, je décide de traverser la vallée de la Roya afin de revenir vers le Mont Court. Mon vol prendra fin ici. Non par fatigue de voler, mais parce que je repars déjà comblé. Le froid commence d'ailleurs à se faire sentir. Depuis plus d'une heure et demie, je vole simplement vêtu d'un tee-shirt, d'un coupe-vent et de gants légers. Mes jambes, allongées dans le cocon, commencent à trembler. Ce n'est plus vraiment agréable. C'est le bon moment pour rentrer. Je ne me précipite pourtant pas vers l'atterrissage. Je profite encore du paysage. Je rejoins tranquillement le Bergiorin, puis la Cime de Boseille, en laissant naturellement mon altitude diminuer. Une dernière traversée au-dessus du village. Puis Cagnourine apparaît devant moi. Là où tout avait commencé. Quelques instants plus tard, mes pieds retrouvent la terre. Le vol est terminé. Je ressens cette agréable fatigue que seuls procurent les longs vols de montagne. Et surtout cette immense satisfaction d'avoir vécu une aventure qui restera longtemps gravée dans ma mémoire. Noël, lui, poursuivra encore son exploration jusqu'au Chajol, à l'Agnelino, au Bergiorin, au Mont Bertrand, puis jusqu'au Marguareis avant d'aller explorer le Sacharello et une partie du versant italien. Il devra même composer avec les rotations des hélicoptères mobilisés sur l'incendie que j'avais aperçu. Nous nous retrouverons un peu plus tard. Lui avec son immense balade. Moi avec la mienne. Deux vols différents, deux façons de voler mais une même joie d'avoir partagé cette journée. En reprenant la route du retour, une pensée me traverse l'esprit. Décidément... le plus beau dans le parapente n'est peut-être pas de voler toujours plus loin ... C'est de revenir avec des souvenirs que l'on a envie de raconter.

Quelques repères du vol
👥 Pilotes présents : Noël et Paul
🕒 Temps de vol : 2 h 04
🪂 Voile utilisée : DELTA 5 (Ozone)
📏 Distance cumulée : 61 km
🔺 Distance de performance : 29 km
⛰️ Plafond atteint : 2 887 m
⬆️ Gain d'altitude : 1 773 m



05.07.2026 - De Cagnourine à Pernante

Aujourd'hui, nous sommes cinq pilotes au décollage, et peut-être six avec vous. Chacun est venu avec son aile… Quoi prendre d'autre pour venir ici, à Cagnourine ? Ah ben… un cerf-volant quand le vent est trop fort, histoire de ne pas rester trop longtemps déconnecté de la masse d'air ! Éh éh… L'idée vient de me traverser l'esprit. Ce serait finalement le joker des mauvaises conditions !  Bon .... les cinq hommes venus chercher leur dose de liberté que sont Lucien, Henri, Denis, Noël et moi sont bien là pour voler et l'on sort celle avec qui on va faire le voyage, notre aile de parapente. Le plus prompt à sortir son aile ? Lucien ! Lucien est toujours prêt, toujours gai, il est le premier à décoller avec sa Delta 2 bleue, blanche et noire. Fidèle à lui-même, il ne traîne jamais. Pour lui, c'est direction la Pyramide, puis le Mont Court pour s'éloigner rapidement du site d'envol. Je me demande même s'il n'a pas battu un record de rapidité pour cette portion de vol ! Quelques minutes derrière son décollage, j'active mon aile par ses élévateurs pour la monter au-dessus de moi et décoller à mon tour à 12h06 très exactement. Une fois en l'air je me rends vite compte compte que ça ne va pas être simple. Sans fulminer je me dis "j'ai connu meilleur comme conditions aérologiques pour rejoindre la Pyramide, mais c'est le jeu du parapentiste: chercher les zones portantes, les zones ascendantes pour voler, pour cheminer dans le ciel. Je me demande bien où en est Lucien. Des yeux je le cherche .. à mes proximités je ne le trouve pas. Je pousse le regard plus loin et, surprise, je l'aperçois déjà bien haut entre la Pyramide et le Mont Court, et ce, en quelques minutes seulement ! Je suis agréablement surpris pour lui. Il a dû trouver une belle pompe, le coquin. Et moi qui ne trouve rien à exploiter alors que la brise est active... Bon... ben... va falloir explorer mieux que ça mon Polo, ou alors se montrer patient dans cette quête d'ascendance. De toute évidence, je ne vis pas la même chose que lui pour ce départ. Il me faudra attendre huit minutes qu'un cycle veuille bien se déclencher ! Huit minutes à lire la masse d'air à travers les réactions de mon aile, les sensations dans ma sellette et aux commandes, à patienter sans perdre confiance. En attendant, j'ai tout loisir d'observer mes amis encore cloués au décollage... Mais que font-ils ?
La patience est vraiment un atout en vol libre. Cela me fait penser à ce vieux dicton : « Rien ne sert de courir, il suffit de partir à point. » Finalement, si cela est valable pour moi, peut-être l'est-ce aussi pour mes amis restés au sol. Ont-ils simplement senti que les conditions n'étaient plus favorables au décollage ? Ont-ils choisi d'attendre le prochain cycle ? Qui sait... Huit minutes seulement... et pourtant là-haut, suspendu entre ciel et terre, chaque seconde semble prendre une autre dimension. Dès le décollage, les hostilités commencent pour celui qui veut aller plus loin que le simple plaisir de jouer devant le relief. Il faut trouver le bon cycle, lire la masse d'air et gagner suffisamment de hauteur pour s'extraire de Cagnourine. Arf ! Aujourd'hui, la Pyramide se fait désirer !! Huit longues minutes de combativité pour sortir du trou Cagnourinien... Une éternité pour ce petit relief rocailleux qui, vu du village, prend la forme d'une Pyramide. Content de cet objectif atteint, je pense déjà à rejoindre le mont Court qui se trouve plus en Nord. Pour ce faire, je cherche le thermique qui va m'y amener le plus facilement possible. Ici le thermique nous l'appelons le thermique de la Pyramide. Nous les parapentistes avons tendance à baptiser ces colonnes d'air chaud quand on est à la maison, notre jardin de jeux volants. Mais où donc se cache-t-il ? Impossible de le saisir. Me manquerait-il l'abonnement ? Pourtant, ici il est gratuit me dis-je. Enfin... presque ! Car pour le décrocher, il faut quand même travailler la masse d'air. Finalement, ce n'est pas un abonnement... c'est du troc ! A force de patience je finis par saisir ce thermique qui avait décidé de passer par-là ! Yes !!! Je l'ai saisi légèrement plus en Ouest que d'habitude et se décale de Sud en Nord. Je l'enroule serré dans sa dérive car c'est assez tonique je trouve. Probablement thermique dérivé par la brise soutenue de la vallée me dis-je. Ne le lachant pas, sans le quitter, j'en sors à +1650m. Je file droit sur sommet que j'atteins en arrivant avec quelques mètres plus bas que son point culminant ... j'ai connu mieux mais aussi pire. Je n'ai pas eu à gratter sur ses epntes en faisant l'essuie glace car lorsqu'on arrive trop bas le salut passe très souvent par cette méthode. Cherchant à m'élever plus haut que le sommet je cherche le thermique de service. Parfois, il est facile à saisir, parfois, c'est plus long et parfois même il faut s'échapper car il ne sera jamais saisi  puisse-t-il encore y être vraiment. Mais cette fois-ci il ne m'a fallu que 3 petites minutes pour sentir que je le tenais. Je l'ai pris légèrement devant en face Sud et je l'ai enroulé. Il m'a vraiment paru facile ! peut-être parce que le thermique déjà bien organisé avait sa direction de Sud en Nord en passant devant les pentes sommitales du Mont Court . Sans être passé encore derrière je note une altitude de 1732 pour le quitter en Nord entre le baisse de Laguna et la Cime de Tavan à 2323m d'altitude. Là aussi quand j'ai tenu ce thermique je l'ai enroué sans le lacher sauf vers la fin ! Je ne montais plus dedans mais j'ai continué à virer en direction de Tavan. C'est 600m de gain en un seul thermique ! Waouh .... J’apprécie ce fait avec un coeur en fête. Je n'avais même plus besoin du variomètre pour savoir que je montais. Les reliefs s'éloignaient lentement sous mes pieds, exactement au rythme de ma montée. C'est une sensation difficile à expliquer mais merveilleuse à vivre. En altitude au-delà des 2500m, la fraîcheur est bien présente. Elle est accentuée par le vent relatif, celui que nous créons simplement en avançant dans la masse d'air. C'est le bonheur là-haut. On a presque tout : le plaisir de voir, de voler comme les oiseaux, de contempler notre planète avec ses cimes, ses vallons, ses vallées, ses rivières et ses forêts. On découvre aussi une autre dimension du monde vivant. Les rapaces qui partagent parfois notre espace aérien, les chamois, les cerfs ou les chevreuils aperçus au détour d'une pente. Même les nuages deviennent des compagnons de lecture pour nous pilotes. Certains nous invitent à poursuivre le voyage, d'autres nous rappellent humblement qu'il faut savoir renoncer. Je vole seul ... mes amis se sont posés des objectifs à atteindre, pas moi. Je fais au feeling, à l'envie. Quand plus d'envie alors je prends le chemin de l'atterro. Mais là, je suis en forme, l'envie est encore là et ... je ne monte plus !! Mince ... je dois trouver ailleurs. Le thermique du Mont Court étant excellent je me questionne ... Et si j'étais passé à côté ? En tout dans ce coin c'était bien généreux. J'opte pour l'option de revenir un peu vers le Sud mais en allant chercher plus en Ouest (en m'éloignant de la crête qui sépare le mont court de la Cime Tavan). Et là ... quelle belle surprise !!!!! je retrouve un thermique situé plus en Ouest de la Baisse de Lagouna. Eh éh ... en le travaillant, de 2166 (parce que j'avais perdu 150m en cherchant) j'en suis sorti avec un plaf à 2800m d'altitude à mon GPS. Quelle aubaine !! Quel bon choix d'être venu chercher dans le même secteur mais pas au même endroit. Il se trouve au-dessus du vallon qui sépare la baisse de Lagouna et la cime du Cairon. De là où je l'ai pris il dérivait au-dessus de la vallée de la Roya. Mon idée avec cette dérive m'offre l'idée de transiter pour vers le Fort Pernante. Une longue transition que j'avais à tracer tout droit. J'arrive sur le fort avec une altitude de 2507m.  Le thermique est là aussi, c'est hyper généreux au point d'enrouler au-dessus de Pernante jusqu'à 2832. Jusqu'à cette hauteur c'est au-dessus mais je sens la dérive vers le vallon salante alors je le suis avec du 2m/s de moyenne en montée pour finir à 3075m d'altitude en versant Nord Italien. Ai-je fait le plein ? De là, je peux aisément partir. Mais partir où ? Un pilote qui ne s'est pas fixé d'objectif précis se pose toujours cette question en vol. Les pilotes de cross aussi mais les objectifs sont différents. Mon seul objectif est le plaisir facilement trouvé et en peu de temps. Je ne dépasse pas plus 2 heures de vol et c'est un peu cela qui me plaît ! Parce qu'il n'y a pas d'obligation à aller au bout du bout. Je vole uniquement pour le plaisir de voler… Il y a peut-être une forme de détachement là-dedans. Pas besoin de rigueur dans les préparatifs même si je me l'impose parfois quand c'est vraiment nécessaire mais, je viens sur un décollage comme un touriste va à la plage. C'est comme cela que je définis le vol libre ! Voler libre… libre de tout, sauf d'aller partout. Le Parc du Mercantour est un espace magnifique, mais qui n'est pas notre terrain de jeu. C'est une sorte d'espace préservé qui accueille toutefois le public avec une réglementation stricte. Je passe sur les détails, chacun peut se renseigner facilement. Je reviens à mon vol, car lui me fait vibrer vraiment !!! Où j'en étais déjà ? Ah oui… Où vais-je maintenant ? Quel sommet, quel vallon vais-je encore visiter d'en haut ? Finalement je ne réfléchis pas longtemps, j'ai ma dose. L'envie de rentrer arrive naturellement après près d'une heure à enrouler, à écouter le vario chanter ses différentes mélodies, à regarder la planète d'en haut, à ressentir ces émotions mélangées de bonheur mais aussi cette petite dose de stress nécessaire pour rester vigilant face à cette masse d'air toujours en mouvement. J'apprécie aussi l'immensité de mon terrain de jeu, cette altitude qui offre une autre vision du monde. Une question me traverse alors l'esprit : « Mais où sont donc mes amis du club ? » Voyagent-ils tous bien ? Ont-ils trouvé leurs propres chemins dans ce grand espace aérien ? Moi, je sens que la fin du vol approche. C'est difficile à expliquer, mais parfois une sensation intérieure suffit. Je sais simplement que le bon moment est arrivé. Depuis l'endroit où je me trouve, avec cette hauteur encore confortable, je prends la décision de mettre le cap vers le Fort Giaure, sans chercher pour autant à le rejoindre directement. Je choisis plutôt de passer au-dessus du vallon de Caralente. Mon altitude diminue progressivement en direction de la Baisse de Peyrefique. L'idée de raccrocher par la Cime de Bouscayé pour rejoindre ensuite la crête du Chajol ne m'attire pas. Je comprends pourquoi : j'ai envie de rentrer. Alors je choisis la simplicité. La trajectoire la plus directe. Je vais traverser la vallée de la Roya en direction du Mont Court. J'ai le souvenir que le secteur de la Baisse de Lagouna fonctionne souvent bien. Je tente donc l'option du Cairon, sur la rive gauche de la vallée. Mais la transition devient longue. Trop longue. Au fil de mon avancée, mon altitude fond plus rapidement que prévu. Le variomètre, lui, n'a jamais autant bipé pour m'annoncer une descente plutôt qu'une montée. Le doute commence à s'installer. Est-ce que je vais réussir à passer le Mont Court ? La question commence à s'installer dans mon esprit. Ne serait-il pas plus raisonnable de faire demi-tour et de revenir poser à Vievola ? Je continue malgré tout. J'analyse. J'observe. J'espère. Et finalement… ça passe. Mais de justesse. Je me fais la réflexion que cette traversée n'est certainement pas celle que je referai facilement. Une vallée étroite concentre tellement de mouvements de masse d'air qu'elle ne laisse que peu de place au hasard. Il faut y aller avec de vrais signaux, pas simplement avec l'espoir que ça passe. J'arrive finalement à franchir le Mont Court en l'abordant par le milieu de sa crête Ouest. Une petite reprise près du relief m'aide à assurer le passage. Pourtant, je sais que j'étais potentiellement dans une zone moins favorable avec la brise. Cette fois encore, ça passe. Et c'est bien là l'essentiel. Je rentre ensuite par la deuxième Pyramide, avant de laisser naturellement mon altitude diminuer jusqu'au terrain d'atterrissage de Cagnourine. Un peu plus d'une heure après l'avoir quitté, je retrouve le décollage. Le vol s'achève bien. Mais je dois reconnaître que je n'avais pas fait le fier durant cette dernière transition. Elle me rappelle une nouvelle fois une règle essentielle du parapente : les erreurs qui se terminent bien sont souvent celles dont il faut se souvenir le plus longtemps.

Quelques repères du vol
👥 Pilotes présents : Lucien, Henri, Denis, Noël et Paul alias Aigle Chanteur
🕒 Temps de vol : 1 h 10
🪂 Voile utilisée : DELTA 5 (Ozone)
📏 Distance cumulée : 35 km
🔺 Distance de performance : 17 km
⛰️ Plafond atteint : 3 081 m
⬆️ Gain d'altitude : 1 975 m




03.07.2026 - Cagnourine (en cours de travaux de rédaction)

Il y a du nord selon les previz météo mais je monte quand même au déco pour voir sur place ce que la manche à air me dit. Elle dit que c'est du Nord et donc le décollage c'est mort et je le sens  ainsi pour le reste de la journée ... sauf miracle. Pour autant après vaquer à autre chose que le vol libre, vers les 16h je me questionne en me disant "et si l'aérologie locale avait changé". Je mate la balise et quelle belle surprise, elle annonce qu'il y a possibilité de voler ! En effet la brise de vallée a pris le dessus et c'est du sud avec en max 39 km/h. Ni une ni deux, je me prépare vite fait, j'emporte avec moi deux ailes: l'Artik 7P et la delta 5, que je je choisirai en fonction de l'aérologie constatée. Fnalement c'est l'Artik 7P que je prends pour voler. Lucien est là et prend son aile Delta 2.



01.07.2026 - Vols biplace à Tende

Rendez-vous est pris avec Noël et sa famille. L'objectif du jour est de faire découvrir le parapente à ses trois enfants ainsi qu'à son épouse, Anna. Nous nous retrouvons à 11 heures au décollage. Lorsque j'arrive, Noël est déjà sur place avec les enfants. La manche à air est presque immobile et la balise, installée juste à côté, confirme ce que j'observe : les conditions ne sont pas encore suffisamment établies pour envisager un décollage. Il va falloir patienter. Cette attente ne m'empêche pas de préparer tranquillement mon matériel afin d'être prêt dès que la masse d'air nous offrira une fenêtre favorable. Car aujourd'hui, le timing sera essentiel. Je redoute que la brise ne s'installe rapidement avec trop de vigueur. Si elle devenait trop soutenue, les vols des enfants, particulièrement légers, pourraient devenir beaucoup plus délicats. Parmi eux, il y a Meily, cinq ans à peine. Son poids importe finalement peu. Ce qui compte, c'est de trouver le créneau idéal : ce moment très particulier où la brise commence juste à s'établir, suffisamment présente pour permettre le décollage, mais pas encore assez forte pour compliquer le vol. Nous patientons près d'une heure. À trois reprises, je gonfle la voile sans décoller. Ces essais me permettent de sentir la masse d'air, d'évaluer sa régularité et de vérifier qu'un maintien en vol sera possible une fois en l'air. Puis vient enfin le bon moment. Je décide de lancer le décollage en dos voile. Noël m'assiste pour maintenir l'enfant pendant la montée de l'aile. Sa présence est précieuse ; elle contribue à la réussite du décollage autant qu'à la sécurité de ma petite passagère. Cette fois, toutes les conditions sont réunies. Nous pouvons nous envoler. Pour la suite: cf Biplace 2026



28.06.2026 - Déveil et Cagnourine

Quand les thermiques jouent à cache-cache ! C'est avec Thierry que je partage cette journée de vol libre à Tende. La météo est sans équivoque, les orages devraient se développer dès le début de l'après-midi. Notre stratégie est donc toute trouvée : décoller tôt pour profiter des premiers thermiques avant que le ciel ne devienne trop menaçant. Notre choix se porte sur Déveil, un site réputé pour permettre des décollages relativement matinaux, dès que les premiers mouvements de la masse d'air se mettent en place. Nous nous retrouvons à Vievola, chacun avec sa voiture. L'une restera près de la gare tandis que l'autre nous servira à monter au décollage. J'ai emporté ma Delta 5, une aile avec laquelle je prends de plus en plus de plaisir et sous laquelle je gagne progressivement en confiance. À notre arrivée au déco, la manche à air danse tranquillement dans le bon sens. Voilà un premier signe encourageant. Tout semble réuni pour une belle matinée. Les ailes sont rapidement installées. Thierry me demande de partir le premier. C'est une découverte pour lui et il préfère observer avant de se lancer. À 10 h 30, je décolle sans difficulté. Le face voile est propre, l'aile monte parfaitement. Comme souvent, je perds cependant quelques précieuses secondes à essayer de glisser mes jambes dans le cocon. Un classique... mais finalement bien anecdotique au regard de ce qui nous attend. Car très vite, la réalité nous rattrape. Si les conditions permettent de décoller sans problème, elles ne permettent absolument pas de monter. Les thermiques se font désespérément attendre. Quelques minuscules « pets de mouche » secouent parfois la voile, mais rien qui permette de construire un véritable vol. Pourtant, la chaleur est déjà bien présente, même à 1 300 mètres d'altitude. Je multiplie les recherches, explore les reliefs les plus prometteurs, tente plusieurs lignes, mais la sanction est toujours la même : le variomètre reste obstinément négatif. L'altitude fond lentement mais sûrement. Et lorsqu'on se retrouve trop bas, les options disparaissent les unes après les autres jusqu'à ne plus laisser qu'une seule issue : préparer son approche. Quelques minutes plus tard, Thierry apparaît déjà au-dessus de l'atterrissage. Lui non plus n'a pas réussi à faire mieux. Dix à douze minutes de vol seulement... difficile de parler d'une véritable mise en jambes. Les ailes à peine pliées, une nouvelle réflexion s'impose. Remonter à Déveil signifierait ensuite une longue marche pour récupérer les véhicules. Nous décidons finalement de changer complètement de stratégie et de tenter notre chance à Cagnourine. Avec un peu de chance, la brise de vallée y sera déjà installée et nous offrira de meilleures conditions. En arrivant sur le site, notre optimisme prend un premier coup. La manche à air ne raconte pas vraiment l'histoire que nous espérions lire. Les cycles sont hésitants, peu engageants. Pendant ce temps, les nuages prennent de plus en plus d'ampleur. Ils bourgeonnent rapidement et rappellent que les orages annoncés ne sont plus très loin. Pas question de trop tergiverser. À 11 h 53, je décide de décoller. Cette fois, le vol sera un peu plus long... mais pas forcément plus facile. Je comprends rapidement que je ne vais pas revivre la même frustration que lors du premier vol puisque je parviens à rester en l'air. En revanche, trouver une véritable ascendance devient un véritable casse-tête. Cagnourine est un site exigeant où il faut souvent mériter son départ, mais aujourd'hui les conditions compliquent encore davantage les choses. Je gratte, j'insiste, je tourne dans le moindre frémissement, espérant voir enfin le variomètre afficher des valeurs dignes de ce nom. En vain. Au final, je ne gagnerai que 105 mètres au-dessus du décollage. Mon GPS indiquera une altitude maximale de 1 212 mètres pour un vol de 31 minutes. Je ne réussirai même pas à survoler la Pyramide. Une performance qui résume à elle seule les conditions du jour. Thierry, lui, finit par renoncer avant moi. Fatigué de lutter dans une masse d'air aussi peu généreuse, il choisit d'aller poser. Mais, fidèle à lui-même, il garde le sourire. Cette découverte de Cagnourine lui aura permis de prendre ses marques, de s'amuser aux commandes et surtout de travailler ses approches, un exercice toujours utile. Car en parapente, on apprend vite qu'un beau décollage ne garantit jamais un grand vol. Et qu'à Cagnourine, lorsque la brise décide de souffler fort, revenir se poser au décollage relève parfois de l'exploit. Ce ne sera pas notre journée de "cross". Mais ce sera malgré tout une journée de plus à apprendre, à observer et à emmagasiner de l'expérience. Et au fond, c'est aussi pour cela que l'on revient voler.

Quelques repères du vol :
🪂 Distance parcourue : 1 km
📍 Distance cumulée : 4 km
⏱️ Temps de vol : 10 min
📈 Plafond atteint : 1 313 m
⛰️ Gain d'altitude : 2 m
🚀 Vitesse maximale : 46 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 5,7 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +0,3 m/s
Facteur de charge maximal : 1,3 g
🤝 Compagnons de vol : Thierry et Paul


26.06.2026 - Déveillou

Le thermique de Déveil - C'est avec Jean-Marc Baldi, Noël Moulin et Thierry Servetti que nous prenons la direction de Vievola. Notre objectif est de décoller du site de Déveil, perché à 1 300 mètres d'altitude. Après avoir organisé la récupération des voitures, nous rejoignons le décollage où chacun prépare tranquillement son matériel. Les conditions semblent prometteuses. Jean-Marc est le premier à s'élancer. Je décolle quelques instants plus tard, à 10 h 30. Thierry le suit, tandis que Noël ferme le bal des envols. À peine en l'air, je vois Jean-Marc monter rapidement. Il a trouvé la bonne ascendance au-dessus du petit groupe de maisonnettes situé légèrement en contrebas et à gauche du décollage. Tous ceux qui fréquentent Déveil connaissent cet endroit. Lorsque le cycle est bien installé, il permet de rejoindre facilement la crête. Je m'y dirige immédiatement, persuadé d'y trouver mon compte. Mais le thermique a déjà vécu. Les quelques bulles qui avaient porté Jean-Marc se sont éteintes et je n'y trouve plus rien d'exploitable. Il faut alors repartir à zéro. Je longe le relief au plus près, glissant au-dessus des mélèzes et des résineux qui habillent la montagne. Par endroits, leurs cimes ne sont qu'à quelques mètres sous mes pieds. Le vol demande toute mon attention. Dans ce genre de configuration, une dégueulante peut surgir sans prévenir. Je garde donc toujours une porte de sortie. Aujourd'hui, je n'ai aucune envie de découvrir les joies de l'arbrissage. Les minutes passent. Le variomètre reste avare. Puis, enfin, quelques bips plus francs résonnent dans le cockpit. Rien d'extraordinaire, mais suffisamment pour m'encourager à insister. Tour après tour, je grappille quelques mètres. Lentement, la montagne s'abaisse sous mes pieds et je retrouve une marge de sécurité confortable. Me voilà enfin au-dessus de la crête de Déveil. À partir de cet instant, le vol change de dimension. Je ne cherche plus simplement à rester en l'air. Je pars maintenant à la recherche du fameux thermique de Déveil. Celui-là possède presque une réputation de légende. Tous les pilotes du secteur en parlent. Lorsqu'il est bien alimenté, il agit comme un véritable ascenseur et propulse le pilote jusqu'au plafond du jour avant de lui ouvrir la route vers la Roche d'Abisse en une seule ascendance. Je l'ai entendu raconter tant de fois que je me surprends à penser : « Est-ce enfin lui ? » Je serre mon virage, surveille le variomètre et l'altimètre. Chaque tour me rapproche un peu plus de mon objectif. Deux mille mètres… Deux mille cent… Le thermique est bien là, mais il refuse d'aller plus loin. J'insiste, je recentre, j'élargis parfois mes cercles pour retrouver son noyau. Rien n'y fait. L'ascendance s'essouffle progressivement et finit par disparaître. Mon GPS affiche 2 100 mètres. Depuis le décollage, j'ai tout de même gagné près de 800 mètres. C'est une belle montée, mais insuffisante pour envisager sereinement la transition vers la Roche d'Abisse. Je comprends alors qu'il est inutile de m'acharner. Changer de stratégie sera plus payant que de s'obstiner. Mon regard se tourne vers le Fort Giaure. Cette ancienne fortification italienne, construite dans les années 1880 est adossée aux pentes qui remontent vers la Roche d'Abisse. Son relief herbeux a souvent la réputation de bien fonctionner lorsque Déveil se montre capricieux. Je décide de tenter ma chance. La transition s'effectue sans encombre. J'arrive au-dessus du fort avec encore suffisamment de hauteur pour prospecter. Rapidement, le relief tient ses promesses. Une nouvelle ascendance se met en place. Je l'enroule patiemment tandis que le vent me décale doucement vers la Roche d'Abisse. Cette fois, le variomètre chante avec davantage de conviction. Deux mille trois cents... Deux mille quatre cents... Deux mille cinq cents... Finalement, j'atteins les 2 600 mètres et des brouettes. En levant les yeux, j'aperçois soudain Jean-Marc. Lui aussi revient vers le Fort Giaure. J'apprendrai plus tard qu'il avait poussé son vol jusqu'au mont Chajol avant de revenir par la baisse de Peyrefique. Je prends alors quelques instants pour réfléchir. La Roche d'Abisse ? Je l'ai déjà survolée deux fois cette semaine. Pourquoi ne pas changer de programme ? Jean-Marc met le cap vers le Fort Central, au col de Tende. L'idée me séduit immédiatement. Je décide de suivre cette nouvelle ligne. Peu après, un superbe thermique au-dessus du Fort Pernante me permet de retrouver un plafond proche de 2 700 mètres. Les conditions deviennent enfin généreuses. Lorsque je ressors de l'ascendance, Jean-Marc est loin devant. Je le vois évoluer beaucoup plus bas, au-dessus de la piste qui mène au col de Tende. Manifestement, il choisit de rentrer vers Vievola. Je poursuis seul. Je franchis le Fort Central, traverse le col de Tende puis bascule sur le versant est de la vallée de la Roya en direction du mont Bec Roux. Cette transition est sans doute le passage le plus délicat de la journée. J'ai perdu un peu de hauteur et, malgré une altitude encore confortable, un doute s'installe. Serais-je suffisamment haut pour franchir la crête sans me retrouver sous le relief ? Heureusement, tout se passe comme prévu. Je poursuis ensuite le long de la crête qui conduit au Fort Tabourde, laissant sur ma gauche la cime de Pépin. Mon objectif est désormais simple : rejoindre le mont Court avant de revenir tranquillement vers Vievola, où une voiture nous attend. Une heure trente après avoir quitté Déveil, je retrouve le plancher des vaches avec le sentiment d'avoir su adapter mon vol aux conditions du jour. La Roche d'Abisse attendra une autre occasion. Ce changement de cap m'a offert une magnifique balade aérienne sur les crêtes de la frontière franco-italienne. Ce jour-là, la Roche d'Abisse n'était pas au programme. La montagne m'avait offert un autre itinéraire. Et je n'avais rien perdu au change.

Quelques repères du vol:
🪂 Distance parcourue : 15 km
📍 Distance cumulée : 37 km
⏱️ Temps de vol : 1 h 10 min
📈 Plafond atteint : 2 704 m
⛰️ Gain d'altitude : 1 401 m
🚀 Vitesse maximale : 59 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 12,7 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +2,8 m/s
☁️ Plafond du jour : environ 2 900 à 3 000 m
🤝 Compagnons de vol : Jean-Marc Baldi, Noël Moulin et Thierry Servetti



25 juin 2026 – Déveil / Roche d'Abisse

La journée s'annonce idéale pour voler... ou presque. Comme trop souvent ces derniers temps, les orages sont annoncés dès le début de l'après-midi. Une fois encore, il faudra composer avec l'horloge. Le choix du site est finalement assez simple. Si nous voulons nous offrir une belle balade aérienne avant que le ciel ne se referme, il faut décoller tôt. Très tôt. Ce sera Déveil. La réputation de son thermique n'est plus à faire. On le dit généreux, facile à exploiter et, lorsqu'il est bien installé, capable de propulser les pilotes jusqu'au plafond du jour. L'objectif est clair : prendre le plus de hauteur possible. La suite du vol s'écrira là-haut. Depuis le sommet de cette ascendance, toutes les options deviennent envisageables : la Roche d'Abisse, la frontière franco-italienne ou, pourquoi pas, un voyage improvisé au-dessus de la vallée de la Roya. Aujourd'hui, j'emporte deux ailes : ma fidèle Ozone Delta 5, sous laquelle je prends de plus en plus de plaisir à voler, et une Ozone Delta 4 destinée à Sylvain, qui souhaite l'essayer. Depuis Tende, nous rejoignons Vievola. Une voiture est laissée à l'atterrissage, puis nous grimpons jusqu'au décollage de Déveil. En arrivant, un détail me met immédiatement de bonne humeur : la manche à air est déjà animée par une légère brise de pente. Silencieusement, je souris. L'aérologie est déjà en train de se mettre en place. Si tout continue ainsi, nous pourrons décoller sans attendre. Je m'installe au plus près de la pente. Sylvain prend place légèrement sur ma gauche. Je choisis un décollage en face voile. Première tentative : l'aile se montre paresseuse, elle tarde à monter. Je préfère interrompre la manœuvre plutôt que d'insister. Je laisse simplement retomber le bord de fuite afin qu'elle reste parfaitement déployée. Deuxième essai : cette fois, la voile monte franchement. Je corrige un léger départ en lacet, je me retourne et lance la course d'envol. La prise en charge est immédiate. Quelques secondes plus tard, je flotte déjà au-dessus de Déveil. Le variomètre commence son concert de bips. Je file instinctivement vers les maisonnettes, où les premiers thermiques aiment souvent se déclencher. Mais aujourd'hui, ce n'est pas là que la montagne décide de me récompenser. C'est un peu plus loin, au contact du relief couvert de résineux, que je trouve les premières ascendances exploitables. Je multiplie les petits virages, affine ma trajectoire et, peu à peu, une véritable colonne thermique se dessine. Pendant ce temps, Sylvain, qui a décollé après moi, grimpe déjà plus vite que moi. Comme souvent. Il faut dire que c'est un véritable crosseur. Là où je cherche à construire mon vol, lui cherche avant tout à explorer. Il part sans vraiment savoir où il posera quelques heures plus tard. Il suit son instinct, accepte l'inconnu et transforme chaque vallée en terrain de jeu. J'admire cette façon de voler. Elle demande une grande expérience, de l'audace et une remarquable capacité d'adaptation. Mais ce n'est pas la philosophie qui guide mes vols. J'aime conserver une marge de sécurité, savoir où je pourrai me poser si les conditions changent. Dans les vallées du Mercantour, où les terrains de vache sont rares, cette prudence fait partie du plaisir. Après une heure de vol, je sens souvent la fatigue arriver. Mais, vol après vol, j'ai le sentiment de repousser doucement cette limite. Finalement, je rejoins Sylvain dans le même thermique. Petit plaisir personnel : je gagne cette première bataille. Nous enroulons ensemble jusqu'à 2 000 mètres. Puis, par maladresse, je laisse échapper le noyau de l'ascendance. Quelques secondes suffisent. Le temps de la retrouver, Sylvain est déjà beaucoup plus haut, puis il disparaît. Me voilà seul. Il ne me reste plus qu'à continuer au feeling. Et un seul objectif occupe désormais toutes mes pensées : la Roche d'Abisse. Il me faut maintenant retrouver une ascendance. Je mets le cap au nord-ouest en direction du Fort Giaure. Mon objectif est d'aller m'appuyer sur les pentes herbeuses qui prennent naissance au-dessus du vallon de Caramagne. Ce relief m'inspire confiance : s'il fonctionne, il pourrait bien m'offrir les quelques centaines de mètres qu'il me manque encore. C'est dans cette direction que je retrouve de quoi enrouler. Le vario se met à chanter avec ses variations sonores caractéristiques de la montée. Je poursuis mon enroulement en solitaire et grappille encore cent cinquante mètres. Intérieurement, je souris. À cet instant, je ne cherche plus à analyser ce qui se passe. Je vole. Il existe des instants où l'on sait simplement que l'on est exactement à sa place. Celui-ci en fait partie. Cette joie-là est difficile à raconter. Elle ressemble à certaines émotions de l'enfance : immenses, sincères… et presque impossibles à mettre en mots. Je reprends ensuite mon attention au vol. Un nouveau thermique me porte. Le vario accompagne cette progression de ses notes régulières, et les indications GPS confirment la montée. Je me cale dans la masse d'air : pression aux commandes, montée régulière, +1,5 m/s en moyenne avec des variations. Je me laisse porter sans chercher davantage à analyser. Puis, le thermique faiblit… Je décide alors de continuer vers l’ouest, en me rapprochant progressivement du relief et de la zone des lacs, dans la conque du versant ouest. Me voilà perché à 2 600 mètres au-dessus du Fort Giaure. Le thermique faiblit légèrement, mais une nouvelle respiration de la masse d’air me remet rapidement en montée. 2700 mètres… 2840 mètres… Le sommet de la Roche d’Abisse reste encore dans l’ombre du nuage. Je poursuis pourtant, toujours porté par cette masse d’air généreuse. 2870 mètres… 2910 mètres… Le relief continue de fonctionner. Je reste au contact. Le vario repart. Quelques tours supplémentaires et le GPS affiche 3012 mètres. La Roche d’Abisse est enfin sous mes pieds. Le paysage est magnifique : les sommets, les lacs, les névés, les reliefs minéraux… Depuis là-haut, je ressens une grande intensité en moi. Être là, à cet endroit, porté uniquement par l'air et par mon aile, guidé par mes seules décisions de pilote, donne à cet instant une dimension particulière. Il y a quelque chose d'exceptionnel à vivre un tel moment. Je profite pleinement de cette vue, simplement par le regard. Mais il me faut maintenant revenir à mon vol. Je retrouve progressivement la concentration nécessaire. À ce moment-là, Sylvain apparaît plus bas, après son passage côté italien. Comme souvent, il a trouvé une opportunité là où je ne l’attendais pas : un thermique caché dans l’ombre d’un versant nord qui le propulse finalement plus haut que moi, avant de disparaître à nouveau. Mission accomplie. Je poursuis maintenant mon vol avec un nouvel objectif : le retour. Cap vers la baisse de Peyrefique. En début de transition, les conditions deviennent plus turbulentes. L’aile travaille, les stabilos ferment tour à tour. Je reste aux commandes principales pour traverser la zone qui chahute mon aile et moi dans le cocon. Le ciel se charge progressivement. L’activité thermique agite la masse d'air. Il est temps de rentrer. Je prends de l’avance sur la dégradation et décide de revenir directement vers Déveil, sans passer par la baisse de Peyrefique. Je poursuis ensuite vers le mont Court pour perdre de l’altitude en milieu de la vallée. Puis retour final sur Vievola pour l’atterrissage. Sylvain, de son côté, continue son vol plus à l’est avant de devoir venir poser sous la pluie.

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📊 Quelques repères du vol
👥 Compagnons de ciel : Sylvain et moi
🪂 Distance parcourue : 12 km
📍 Distance cumulée : 30 km
⏱️ Temps de vol : 57 min
📈 Plafond atteint : 3 070 m
⛰️ Gain d'altitude : 1 773 m
🚀 Vitesse maximale : 49 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 12,5 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +3,1 m/s
💪 Facteur de charge maximal : 1,7 g




21.06.2026 - Biplace Soana

    11h33
    Temps de vol : 16min
    Voile utilisée : BIGOLDEN 3 (Gradient )
    Distance parcourue : 1km
    Altitude maximum : 1182m

Ma petite fille Soana est avec nous à Tende pour deux semaines afin d'y faire son stage scolaire au musée de Tende. Son jour de repos est le mardi et le Dimanche. En ce dimanche 21 juin, il fait beau. Le ciel est clair avec une masse d'air docile. J'en profite pour lui proposer de faire un vol biplace. La réponse ne s'est pas fait attendre, je vais devoir sortir mon aile biplace pour décoller du site d'envol de Cagnourine. Suite à cf biplace 2026



    20/06/2026 - Déveil

    Avec Sylvain, nous montons au décollage de Déveil. À notre arrivée, la manche à air s'anime franchement. Les conditions semblent prometteuses, mais il va falloir aller les mériter. Il me faudra près de sept minutes avant de raccrocher mon premier thermique de ce vol. Je commence par zoner au-dessus des maisonnettes situées sous le décollage, là où les premiers thermiques aiment parfois se déclencher. Rien. Je décide alors de partir un peu plus à l'ouest, au-dessus des résineux qui couvrent les pentes de la Cime de Déveil. Là non plus, aucune ascendance exploitable. Je fais donc demi-tour pour revenir vers les maisonnettes. Cette fois, quelque chose change. Je sens l'aile se mettre davantage en charge. Les suspentes se tendent, les commandes gagnent en fermeté et mon variomètre se met enfin à chanter. Ce n'est pas une ascendance spectaculaire, mais elle est régulière. Je prends patiemment de la hauteur jusqu'à 1 865 mètres. En exploitant chaque variation favorable, en élargissant parfois mes virages, je parviens finalement à pousser ce thermique jusqu'à 2 471 mètres avant qu'il ne s'essouffle. Pour en arriver là, il m'a fallu m'adapter en permanence à l'aérologie. Rien n'était linéaire. Les ascendances se montraient capricieuses, parfois généreuses, parfois hésitantes. Toute la difficulté consistait à rester dans la masse d'air porteuse le plus longtemps possible afin d'éviter ce yoyo permanent entre montée et descente. Au début, le variomètre indique à peine un mètre par seconde. Puis, progressivement, la colonne se renforce. Je passe à près de deux mètres par seconde. La montée devient franche, agréable. Puis, aussi soudainement qu'elle s'était installée, elle s'affaiblit avant de disparaître. Je viens de sortir du thermique. Je fais alors demi-tour pour revenir sur la zone où tout avait commencé. Quelques instants plus tard, je retrouve une ascendance encore plus vigoureuse. Oh… ça sent bon ! Cette fois, je comprends que je suis enfin dans le bon thermique. Les tours s'enchaînent avec beaucoup plus de facilité. Je reste bien centré dans la colonne et grimpe sereinement jusqu'à ces fameux 2 471 mètres. Le thermique finit cependant par rendre son dernier souffle. Je mets alors le cap vers le fort Giaure. Sa grande pente herbeuse, que je connais bien pour l'avoir souvent parcourue à pied, m'inspire confiance. Je me dis que la brise remontant du vallon de Caramagne pourrait bien y alimenter quelques beaux thermiques. Ce ne sera pas le cas. Ce n'est qu'à l'approche du fort que mon aile recommence à me parler. Les suspentes se retendent légèrement. Le variomètre reprend sa mélodie. Bip... bip bip... bip bip... Je longe alors le relief avec un regain d'optimisme, espérant que cette zone porteuse se transforme en véritable ascendance capable de me hisser vers un nouvel étage. Cette fois, le ciel me récompense. Je poursuis ma montée jusqu'à 2 931 mètres, soit près de 180 mètres au-dessus du sommet de l'Abisse, qui culmine à 2 755 mètres. Paradoxalement, je ne cherche même pas à survoler le sommet de l'Abisse. Je préfère revenir sur ma trajectoire vers le sud. Ce choix est dicté par un détail qui n'en est pas un : au nord, du côté italien, le ciel commence à se charger de gros nuages gris.
    La météo annonçait un risque orageux dans l'après-midi. En montagne, je sais combien la situation peut évoluer rapidement. Je n'ai donc aucune envie d'aller m'exposer inutilement. Mon vol me procure déjà énormément de plaisir et je souhaite le terminer dans les meilleures conditions.
    J'observe alors que, sur le versant français, vers l'est et le sud, le ciel demeure d'un bleu éclatant.
    Décision prise. Après m'être décalé vers le sud, je reviens en direction du fort Giaure par son versant nord avant d'entamer une longue transition vers le fort Pernante. Une fois encore, la masse d'air se montre étonnamment généreuse. À mon arrivée au-dessus du fort Pernante, j'évolue encore à 2 863 mètres. Impossible de retenir un sourire. J'avais senti, tout au long de cette glissade le long de la crête frontière entre la France et l'Italie, que la transition était particulièrement porteuse. Le bruit régulier du vent relatif dans mes oreilles, la douceur avec laquelle l'aile avançait dans cette masse d'air... tout respirait la sérénité. À cette altitude, le paysage prend une dimension presque irréelle. Les sommets se succèdent jusqu'à l'horizon et le regard ne sait plus où se poser. Mais le fort Pernante n'est qu'une étape. Au-dessus du fort, je sens encore une légère ascendance. J'effectue un large virage à 360 degrés. Le gain est modeste, une trentaine de mètres seulement, mais il est toujours agréable de reprendre un peu de hauteur presque sans avancer. Je poursuis alors ma transition, toujours aussi porteuse. Quelques instants plus tard, mon altimètre affiche de nouveau 2 922 mètres. Je mets désormais le cap sur le fort Central, que j'atteins encore à 2 697 mètres. J'ai largement assez de marge pour traverser la vallée de la Roya et rejoindre le versant est. Je survole le col de Cannelle, perché à 1 882 mètres, avec près de 800 mètres de hauteur au-dessus de lui. Je rejoins ensuite la crête reliant le fort Tabourde à la cime du Bec Roux. À peine ai-je franchi cette ligne de relief que je file directement vers la cime Pépin, où j'arrive à 2 583 mètres, alors que son sommet culmine à 2 344 mètres. Là, le variomètre hésite. Il zérote. En poursuivant légèrement vers le sud, je découvre cependant un thermique juste en avant du fort Pépin. Je m'empresse de l'enrouler et il me hisse jusqu'à 2 747 mètres. Sans hésiter, je poursuis alors mon chemin vers la cime du Bec, plus au nord-est. J'y arrive encore à 2 588 mètres. Cette fois, inutile d'insister. Je fais demi-tour. La transition me fait perdre un peu d'altitude et je redescends à 2 410 mètres. Je retrouve cependant une nouvelle ascendance au-dessus de la cime Pépin qui me permet de reprendre un plafond à 2 598 mètres. À cet instant, je sais que mon tour est pratiquement terminé. Il ne me reste plus qu'à rejoindre Vievola, où nous avons laissé un véhicule. Le retour passe par la cime de Tavan, puis par le mont Court avant la longue glissade finale vers l'atterrissage. Quelques instants plus tard, je retrouve la terre ferme. Ce vol m'a procuré un immense bonheur. J'ai eu le sentiment d'être en parfaite harmonie avec mon aile et avec la masse d'air. Les conditions étaient excellentes : une atmosphère suffisamment instable pour déclencher de beaux thermiques, sans jamais devenir inquiétante. Mieux encore, je commence à connaître les secteurs où ils aiment naître. Vol après vol, la montagne me livre peu à peu ses secrets. Merci, la météo ! Quant à Sylvain, il a choisi de poursuivre plus à l'est, jusqu'aux portes de l'Italie. Le pari s'est révélé moins heureux : il a terminé son vol sous la pluie..... et il a mouillé mon aile, le sagouin !

Mon parcours: Décollage de Deveil,  cime de deveil, Fort Giaure, roche d'abisse, Fort Pernante, fort central, Col de Cannelle, cime de pepin, cime du bec, cime Pepin, cime de Tavan, mont Court, Pyramide, Rabiné, Atterrissage de Vievola

📊 Quelques repères du vol
🪂 Distance parcourue : 22 km
📍 Distance cumulée : 44 km
⏱️ Temps de vol : 1 h 21 min
📈 Plafond atteint : 3 036 m
⛰️ Gain d'altitude : 1 732 m
🚀 Vitesse maximale : 51 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 16,2 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +3,1 m/s
💪 Facteur de charge maximal : 1,6 G
👥 Pilotes présents : Sylvain et moi


    18/06/2026 - Déveil

    Aujourd'hui belle journée de vol libre en prévision. En effet, si on en croit les sites météorologiques, les conditions aérologiques seraient excellentes. Et pour en profiter, les pilotes du club se mobilisent. Au décollage de Déveil (Vievola), nous sommes cinq pilotes à préparer nos voiles. Sylvain, Maurice, Nicolas, Dom et moi sommes ravis de découvrir un ciel d'un bleu aussi lumineux que limpide. On y aperçoit déjà de petits cumulus qui fleurissent au-dessus des reliefs. Leur présence est de bon augure : ils annoncent des conditions aérologiques favorables, peut-être même très généreuses en thermiques. Tous les ingrédients semblent réunis pour faire de cette journée un grand moment de vol libre. Comme bien souvent, je suis le premier à être prêt. Sans attendre davantage, je décide de lancer le bal des envols. Quelques instants plus tard, Nicolas me rejoint dans le ciel. Les trois autres compères hésitent encore. Ils préfèrent observer l'évolution des deux « fusibles » que nous sommes avant de se lancer à leur tour. Je les aperçois, immobiles sur le décollage, les yeux rivés sur nos trajectoires. Aujourd'hui, c'est à nous de sonder la masse d'air. Avec Nico, nous nous livrons alors à une véritable bataille pour gravir les étages. Les premières minutes sont laborieuses. Le variomètre demeure obstinément silencieux et l'air semble avare de ses ascendances. Chaque mètre gagné se paie au prix d'une recherche patiente. Pourtant, l'expérience nous l'a appris : qui cherche finit presque toujours par trouver. C'est finalement Nico qui déniche en premier une zone thermique. Au-dessus des maisonnettes, son aile change imperceptiblement d'attitude. Elle se met simplement à monter, avec cette régularité qui ne trompe pas. Il vient de trouver un petit ascenseur invisible. Sans hésiter, je mets cap vers lui. Lorsqu'un pilote se met à grimper dans le ciel, il y a fort à parier qu'il a trouvé quelque chose d'intéressant. J'essaie à mon tour de me raccrocher à cette colonne d'air invisible. Les thermiques sont les ascenseurs naturels des parapentistes. L'air réchauffé par le soleil devient plus léger et s'élève en colonnes plus ou moins généreuses. Encore faut-il parvenir à les trouver... puis à y rester. C'est précisément ce que je m'efforce de faire. Tant que je ne suis pas solidement accroché à l'une de ces ascendances, rien n'est acquis. Soit je parviens à m'extraire du relief et l'aventure commence véritablement ; soit je m'épuise à chercher en vain et ce sera un simple « déco-plouf », avec un posé trois cents mètres plus bas. Mais je n'en suis pas encore là. L'espoir est toujours permis. Je poursuis méthodiquement ma quête de cette colonne d'air salvatrice qui me permettra de prendre de la hauteur. Si elle est généreuse, elle m'emportera toujours plus haut, peut-être même toujours plus loin. Pourtant, je ne suis pas un chasseur de kilomètres. Le cross pour le cross ne m'a jamais vraiment attiré. Ce que je recherche avant tout, c'est le plaisir de voler, de planer et de contempler le paysage. J'aime me laisser porter par la masse d'air, savourer cette sensation de liberté et évoluer dans un domaine où je conserve une confortable marge de sécurité. Le plaisir passe avant la performance. Tout en cherchant les ascendances, je garde aussi un œil attentif sur le ciel. Les cumulus sont de précieux alliés tant qu'ils restent sages. Ils dessinent souvent le chemin des thermiques. Mais lorsqu'ils commencent à bourgeonner, à s'assombrir ou à annoncer l'orage, ils cessent d'être des guides pour devenir des avertissements. Il faut alors savoir renoncer. En parapente, le ciel a toujours le dernier mot. Mais je n'en suis pas encore là. Depuis mon décollage, j'ai déjà gagné plusieurs centaines de mètres et je m'approche sérieusement de la crête de Déveil, dominée par sa pointe emblématique : la Cime de Déveil. J'aperçois enfin Maurice qui s'élance à son tour tandis que Nicolas continue, comme moi, à zoner en quête d'un thermique digne de ce nom. Peu à peu, les choses s'améliorent. Les thermiques deviennent plus organisés, plus faciles à centrer et à exploiter. Le bipeur de mon instrument de vol chante de plus en plus souvent en positif. Cette musique est la récompense de la patience et de la persévérance. Mais le chemin est encore long. Je dois être entièrement à l'écoute de mon aile. Chaque mouvement, chaque tension dans les commandes, chaque allègement ou durcissement d'une demi-aile m'envoie une information. À moi de l'interpréter et d'adapter instantanément mon pilotage pour rester au cœur de la colonne montante et optimiser chaque ascension. Ma voile est ma compagne de vol. Là-haut, je ne lui demande qu'une chose essentielle : qu'elle reste saine, qu'elle me parle clairement, qu'elle me prévienne, qu'elle me transmette les moindres variations de cette masse d'air que mes yeux sont incapables de voir. Je lui fais confiance, mais cette confiance n'est jamais aveugle. Elle se construit au fil des vols, dans un dialogue permanent entre ses réactions et mes gestes. Plus je sais l'écouter, mieux elle me guide. Je rejoins finalement Nicolas à la même altitude. « Je peux faire mieux », me dis-je. Ma concentration atteint son maximum. Tous mes sens sont en éveil. Je m'efforce d'être en parfaite harmonie avec la masse d'air, d'anticiper ses réactions plutôt que de les subir. Puis le déclic. Alors que Nicolas poursuit ses recherches devant la crête, je me retrouve légèrement en arrière... mais surtout au-dessus d'elle. Cette crête que je regardais d'en bas quelques minutes auparavant, je la survole désormais. Mon horizon s'élargit soudainement et le paysage prend une tout autre dimension. Une immense satisfaction m'envahit de faire ce constat. C'est un peu comme remporter une première bataille... mais certainement pas la guerre. Il faudra continuer à mériter chaque mètre de hauteur. Continuer à se battre, non pour la performance, mais simplement pour prolonger ce plaisir incomparable de voler. Toujours plus haut... jusqu'à ce que l'envie soit pleinement rassasiée. Parti de 1 300 mètres d'altitude, me voilà désormais vers 1 700 mètres, toujours en train d'enrouler cette masse d'air ascendante. Nicolas fait de même. Il évolue une cinquantaine de mètres plus bas mais exploite la même colonne que moi. Cette vision me procure une certaine satisfaction. Je me plais à penser que mon placement lui a donné l'idée de venir exploiter cette ascendance à son tour. À 1 727 mètres, tout s'arrête. Aïe... Je perds soudainement le thermique. Mon variomètre ne tarde pas à me le signaler par ce son si particulier que tous les pilotes redoutent : Beuuuuuu... Quand il chante de cette manière, je sais immédiatement ce que cela signifie : au minimum deux mètres par seconde de descente. Je comprends vite que je suis sorti de la colonne montante et que je me retrouve dans la dégueulante qui l'accompagne. Le thermique est là, quelque part à côté de moi, mais je n'en fais plus partie. Il faut maintenant m'échapper de cette zone. Mais dans quelle direction partir ? Je décide alors de me rapprocher de la Cime de Déveil. Mon choix n'est malheureusement pas le bon. L'air reste défavorable et mon altitude fond rapidement. Lorsque je regarde mon niveau, je suis redescendu à 1 632 mètres. Près de cent mètres perdus. Me voilà de nouveau à hauteur de Nicolas. Il faut chercher ailleurs. Et pourquoi ne pas revenir là où tout avait commencé ? Là où j'avais trouvé cette première colonne au niveau de la crête ? Je fais demi-tour. Quelques instants plus tard, cette même crête que je contemplais d'en haut il y a encore peu se retrouve de nouveau sous mes pieds. Le contraste est saisissant. Le combat recommence. Je me replace soigneusement devant le relief, sur le versant sud, là où le soleil chauffe encore les pentes. Je profite de l'altitude qu'il me reste pour explorer, fouiner, chercher le moindre indice. Cette fois, je pousse mes recherches un peu plus vers la Cime de Déveil. Et soudain... Bingo ! Je retrouve une ascendance. Elle est plus franche, plus puissante que la précédente. Sans hésiter, je la saisis et je m'applique à ne plus la quitter. Me voilà de nouveau établi devant la Cime de Déveil, côté sud. Nicolas, qui m'a vu remonter, vient rapidement rejoindre la zone. Une nouvelle fois, nous nous retrouvons ensemble dans le même thermique, mais pas exactement au même étage. Il évolue peut-être une cinquantaine de mètres sous moi. Mes sens se remettent immédiatement en éveil. Je monte. Encore. Le relief s'éloigne progressivement sous mes pieds. La montagne perd de son relief tandis que le paysage s'ouvre autour de moi. Le thermique dérive légèrement vers le nord où se trouve le vallon de Caramagne. Je tente d'accompagner au mieux cette dérive, en restant attentif à chaque variation, à chaque mouvement de l'aile. Je fais ce que je sais faire. Je ressens ..., j'adapte ... et je garde cette colonne jusqu'où je peux et tant que ça monte. Au bout d'un temps, la montée devient moins franche mais elle continue à l'être. Lentement, régulièrement, je gagne de l'altitude jusqu'à atteindre 2 431 mètres. Puis, une nouvelle fois... le silence. Le bipeur cesse de chanter. Je me retrouve au-dessus du vallon de Caramagne. Je cherche encore. J'élargis mes trajectoires, je tente de retrouver cette colonne qui m'a porté jusque-là. Mais rien n'y fait. Impossible de remettre la main dessus. Je finis par accepter l'évidence ... j'ai probablement exploité ce thermique jusqu'à son essoufflement. Il est temps d'aller chercher ailleurs. Ce moment de flottement perdure suffisamment longtemps pour me faire perdre à nouveau une centaine de mètres. Il faut maintenant avancer. Je décide alors de prendre la direction du mont Chajol mon objectif de ralliement. Commence alors la transition. Généralement, les transitions sont rarement positives en termes de gain d'altitude. Bien au contraire, elles se traduisent souvent par une perte de hauteur, sauf lorsqu'on traverse une zone portante, ce qui n'est pas le cas au début de celle-ci. Venant de quitter une zone de confort relative, je me retrouve suspendu entre deux mondes : celui que je viens de quitter et celui que j'espère trouver. Mais avant le Chajol, je dois passer par la Cime de Bouscayé puis dépasser la baisse de Peyrefique en longeant la crête qui relie la Cime de Bouscayé au sommet du Mont Chajol. La transition pour arriver au Bouscayé ne manque pas de me faire perdre de l'altitude .... 2210m ... classique. La cime de Bouscayé, en étant en son dessus, ne m'apporte pas mieux alors je continue ma transition en étant à l'aplomb de la crête qui chemine jusqu'au sommet du Chajol... Ce n'est qu'après avoir dépassé la baisse de Peyrefique que le vario reprend sa mélodie qui génère en moi une petite montée de plaisir. Une nouvelle fois, le ciel répond à mes attentes. Aaaaaahhh... Enfin ! Avant même que le variomètre ne change de tonalité, je sens que quelque chose se passe. L'aile et ses suspentes se mettent en tension et me tractent vers le haut. Les commandes gagnent immédiatement en fermeté sous mes mains. Plus la masse d'air est ascendante, plus cette tension devient perceptible. Pour conserver mon virage, je dois exercer davantage de pression sur la commande intérieure. Ma voile vient de me parler. Une seconde plus tard seulement, le variomètre confirme ce que mon corps avait déjà compris. Les premiers bips aigus résonnent enfin. Je souris. La transition cesse de me faire perdre de l'altitude. Mieux encore, elle commence à m'en offrir. Je l'attendais, ce moment. Depuis plusieurs minutes, j'acceptais de perdre de la hauteur pour me donner la chance d'en retrouver. Et voilà que le ciel me rend progressivement ce qu'il m'avait pris. Sans action particulière de ma part, simplement en cheminant dans cette masse d'air favorable, je récupère peu à peu de l'altitude. Quelques minutes plus tard, le constat est là : j'ai récupéré environ 150 mètres. Me voilà revenu à 2 373 mètres d'altitude. Avec cette altitude, je décide de poursuivre ma transition jusqu'au Mont Agnelino, mais il me faut d'abord passer le Mont Ourne. À son approche, la masse d'air me réserve encore une belle surprise. J'y effectue trois tours dans une zone ascendante qui me permettent de gagner une petite centaine de mètres supplémentaires. Me voilà à 2 467 mètres. De là, je glisse jusqu'au Mont Agnelino que je survole avec encore 2 425 mètres d'altitude. À cet endroit, le ciel m'offre un nouveau cadeau. Je trouve un thermique qui me propulse jusqu'à 2 800 mètres... Et là, quel bonheur ! Je l'enroule avec grand plaisir, en accompagnant sa dérive vers l'Est. S'il me redonne un beau plafond, il m'offre aussi une vue encore plus lointaine... C'est cela aussi, la magie du vol libre. Et je mesure la chance de vivre ces moments suspendus, parfois presque improbables. Contrairement à mes habitudes lorsque je me trouve au-dessus de l'Agnelino, je décide cette fois de ne pas emprunter le passage par la Cime du Prêtre. Une envie différente me pousse à poursuivre vers les Rochers de Gata. Pour cela, je choisis de transiter par le Colle Megiana. Et là, une nouvelle surprise m'attend. Au lieu de perdre de l'altitude comme lors d'une transition classique, je découvre une masse d'air incroyablement porteuse. Mieux encore : elle me permet de continuer à monter tout au long du cheminement. Cette situation est assez rare pour être soulignée. Je suis littéralement en train de gagner de l'altitude en transition. Je regarde mon instrument avec étonnement lorsque je découvre mon altitude : 2 979 mètres. Je n'en reviens pas. Si j'avais pris le temps d'exploiter cette zone ascendante, je suis persuadé que les 3 000 mètres auraient été atteints sans difficulté. Le plafond du jour semble immense... Peut-être 3 500 mètres, voire davantage. Quel spectacle ! Je poursuis mon chemin et rejoins le Rocher de Maima avec encore un plafond à 2 867 mètres. La transition continue ensuite vers les Rochers de Gata, que j'atteins avec une altitude de 2 254 mètres. La perte est importante, mais je ne désespère pas. Les Rochers de Gata possèdent leur thermique habituel. Même si aucun nuage ne vient aujourd'hui le signaler, la masse d'air est bien présente. En arrière du relief, sur les pentes du Fort Pépin, je retrouve une ascendance que je m'empresse d'enrouler. Elle me reprend. Elle me hisse jusqu'à 2 717 mètres. Près de 500 mètres de gagnés ! Ce n'est pas rien. De là, j'ai de nouveau un super plafond ! De quoi repartir sur d'autres horizons si j'étais encore frais à cela... Depuis cette altitude, je contemple de nouveau les horizons, ses reliefs montagneux et cimes. Je profite encore quelques instants du spectacle qui s'offre à moi. Puis, je sens doucement venir le moment de conclure ce vol. La fatigue commence à se faire sentir et l'envie de terminer sur une belle note prend le dessus. Je décide alors de mettre le cap vers la Cime du Bergiorin. Puis je prends le cap vers la Cime de Boseille avant d'effectuer mon dernier virage vers le décollage de Cagnourine. Quelques instants plus tard, je retrouve la terre ferme. Pieds au sol, voile posée, je mesure pleinement ce que cette journée vient de m'offrir. Une rencontre avec la montagne, avec la masse d'air... et avec cette sensation unique de liberté que seul le vol libre sait procurer.

    👥 Pilotes présents
    • 🪂 Nicolas S.
    • 🪂 Maurice
    • 🪂 Dominique Dubois
    • 🪂 Paul
    • 🪂 Sylvain

📊 Statistiques de mon vol
  • 📍 Distance : 23 km
  • 🛤️ Distance cumulée : 44 km
  • ⏱️ Temps de vol : 1 h 24 min
  • 🏔️ Plafond atteint : 2 979 m
  • ⬆️ Gain d'altitude : 1 669 m
  • 🚀 Vitesse maximale : 62 km/h
  • 🛫 Vitesse moyenne : 16,4 km/h
  • 🌪️ Vario maximal : +3,5 m/s
  • 💪 Facteur de charge maximal : 1,3 G



17.06.2026 – Déveil

Mais quelle magnifique journée de vol libre se prépare ! Les prévisions ne se sont pas trompées. Il suffit simplement de lever les yeux vers le ciel pour comprendre que cette journée devrait être excellente voire exceptionnelle… si toutefois l'orage ne décide pas de s'inviter dans l'après-midi. Un bleu azur éclatant, un soleil généreux. Quelques petits cumulus commencent déjà à se développer. Et pour couronner le tout, aucun vent significatif n'est perceptible depuis le sol. Le rendez-vous est fixé au village de Tende. Nous sommes trois à nous retrouver : Lucien, Sylvain et moi. Sylvain, qui habite Breil-sur-Roya, vient me récupérer au passage. Lucien, lui, arrive à moto. Nous faisons le choix de monter directement au décollage, sans laisser de véhicule à l'atterrissage de Vievola pour assurer la récupération. Nous trouverons bien une solution une fois tous posés. À notre arrivée au décollage, la manche à air confirme l'optimisme que nous pouvions avoir. Les premières barbules commencent déjà à se dessiner sur les reliefs. La journée semble doucement s'éveiller. En observant attentivement ces premiers nuages, je remarque que leurs contours sont bien dessinés. S'il y avait un vent marqué en altitude, leur silhouette serait probablement plus étirée, plus déformée, plus effilochée. C'est en tout cas la théorie que j'ai en tête. Mais une théorie reste une théorie. Elle ne devient une réalité que lorsque je suis moi-même plongé dans cette immense masse d'air invisible, capable à tout moment de confirmer… ou d'infirmer… mes suppositions. Je parie que nous ne mettrons pas longtemps à décoller et à prendre rapidement de l'altitude. Lucien est équipé de son Ozone Delta 2, moi de ma fidèle Ozone Delta 5, tandis que Sylvain vole sous une Air Design Rise. Tout est réuni pour vivre une belle journée en l'air. C'est la première fois que nous allons décoller de ce site, tous les trois. Et comme toujours lorsqu'on découvre un nouveau décollage, une petite part d'incertitude s'invite. Les repères nous manquent alors forcément, l'imagination prend parfois le relais et vient remplir les espaces inconnus. Le stress monte légèrement : peur de choisir le mauvais moment, de rater sa prise en charge, de ne pas faire le bon choix au bon instant… En résumé, cette petite crainte de gâcher un vol qui semble pourtant prometteur. Mais c'est aussi ce qui rend ces premières fois intéressantes. Elles nous obligent à observer davantage, à réfléchir avant d'agir et surtout à rester humbles face à une aérologie que nous ne connaissons pas encore. Alors… qui va se lancer le premier ? Je connais bien mon tempérament. J'ai souvent tendance à vouloir décoller rapidement, sans trop attendre. Mais je crois bien que j'ai trouvé mon maître dans ce domaine… Lucien ! J'avais déjà eu l'occasion de m'en rendre compte lors de nos randovols. Il est d'une efficacité redoutable pour préparer son matériel. Tout est prêt en un temps record. Pourtant, de mon côté, je ne suis jamais vraiment en retard non plus. Il faut simplement reconnaître qu'il est plus performant que moi dans ce domaine… et dans bien d'autres aussi ! Ah ah ah ! Lucien a manifestement attendu le bon moment. Pendant que je termine tranquillement ma préparation, je tourne la tête vers lui… Il n'est plus là. Déjà en l'air ! Sans un mot, il a quitté le sol. Pas besoin de discours : sa concentration était entièrement tournée vers son décollage. Quelques secondes auparavant, il était encore à mes côtés. Maintenant, il fait déjà corps avec cette masse d'air que nous étions venus chercher. Ah ben… à qui le tour maintenant ? Sylvain ou moi ? Je crois bien que ça va être moi ! Ah ah ah… Je reste aux aguets du bon moment. La petite brisette qui vient lécher le sol, puis tout ce qui se trouve dessus… Mon bord d'attaque par exemple. Yes ! Je le sens frissonner. Alors j'actionne mes élévateurs avant pour qu'il morde l'air qui vient le caresser. Je lui donne ainsi l'énergie nécessaire pour l'amener au-dessus de ma tête afin de le préparer à voler… avec moi. Mais pour cela, il faut temporiser son mouvement vers l'avant. Cette phase-là est importante. Ce temps de contrôle permet de bien le caler, à la verticale, au-dessus de moi. Ni trop derrière, ni trop devant… mais exactement là où il doit être. Au-dessus de moi. Avec moi. Prêt à ne faire qu'un. Ce moment, quand les conditions le permettent, est un vrai plaisir. C'est une phase où je peux encore maîtriser totalement l'aile avant de quitter le sol. Je peux sentir son énergie, son comportement, sa volonté parfois de partir avant moi. Alors il faut dialoguer. Ne pas imposer. L'accompagner. Aaaah… que cette phase-là me plaît ! L'avant décollage, le décollage et les instants qui suivent m'emplissent toujours de tensions… mais surtout d'émotions. Il n'y a plus le pilote d'un côté et sa voile de l'autre, comme lorsque nous sommes encore au sol. Non. Mon aile devient le prolongement de mon corps. Elle devient ma compagne de dialogue avec cette masse d'air invisible qui nous entoure. Quelques secondes seulement, mais elles contiennent tellement de choses. De l'attention, de la confiance, de l'instinct… et cette petite part d'inconnu qui rend chaque décollage unique. La voile est maintenant au-dessus de moi. Stable. Vivante. Il est temps de lui faire confiance. Mes jambes se mettent en mouvement presque naturellement. Quelques pas suffisent. Le terrain commence doucement à s'éloigner, comme si la montagne acceptait de me laisser partir. La tension accumulée dans les secondes précédentes se transforme soudain en légèreté. Ça y est. Je vole. Un sourire apparaît sans même que je m'en rende compte. C'est toujours pareil… et pourtant jamais vraiment pareil. Cette sensation de quitter la terre reste une émotion brute, difficile à expliquer à quelqu'un qui ne l'a jamais vécue. Une autre histoire commence. Celle du vol. Derrière moi, je sais que Sylvain prépare encore son moment. Peut-être qu'il observe, peut-être qu'il attend sa fenêtre idéale, peut-être qu'il va enchainer juste derrière moi... Chacun son rythme, chacun son petit rituel avant de rejoindre le ciel. Devant moi, Lucien est déjà parti explorer cette masse d'air qui nous avait appelés. Je le cherche du regard. Une silhouette familière qui glisse tranquillement, portée par cette même force invisible que nous sommes venus apprivoiser. Et je me dis que c'est peut-être ça, au fond, qui me plaît le plus dans ces moments-là. Ce n'est pas seulement voler. C'est partager un instant rare avec des amis, chacun avec son caractère, sa manière de faire, ses petites habitudes… mais tous réunis par cette même envie : aller chercher quelques minutes de liberté là où la terre laisse place au vent. Alors je relâche un peu les commandes, je m'installe dans mon vol… et je savoure. Le ciel est ouvert. La journée ne fait que commencer... le vol ne fait que commencer. Lucien a déjà pris de la hauteur. Je le vois évoluer au-dessus de moi, déjà parti chercher ce que nous sommes venus trouver aujourd'hui. Moi, il me faut maintenant trouver mes premiers mètres. La priorité est simple : gagner de l'altitude pour commencer vraiment à jouer avec la masse d'air. Je pars donc chercher là où je l'ai vu monter, près des petites maisonnettes situées légèrement sous le décollage et sur la gauche. Je cherche. J'écoute. Je ressens. Mais rien. Pas de vraie indication, pas cette sensation particulière qui annonce que la masse d'air est en train de nous offrir quelque chose. Alors je change de lieu. Je décide d'aller voir plus près du relief, du côté de cette forêt de résineux qui attire naturellement mon regard. Peut-être qu'un déclenchement s'y cache. Peut-être que la pente arborée travaille différemment. Mais là encore… Rien. L'air reste silencieux. Je reviens alors vers le décollage, près des maisonnettes. Je zone, je patiente, j'observe. Ce moment est toujours particulier : on est en vol, mais quelque part on attend encore que la vraie aventure commence. Il faut accepter de chercher, de ne pas trouver immédiatement. De rester concentré. Et puis, finalement… Je sens quelque chose. Un mouvement. Une masse d'air qui semble vouloir monter. Ce n'est pas encore le grand ascenseur, mais c'est une opportunité. Banco ! Je l'exploite. Quelques dizaines de mètres de gagné. Ce n'est pas énorme, mais en parapente chaque mètre compte. Cette petite marge supplémentaire change complètement la situation. Elle me donne de l'espace. Elle me donne du temps. Elle me permet maintenant de chercher le thermique qui pourra peut-être me sortir définitivement de là et m'amener au-dessus de la crête de Déveil pour rejoindre Lucien, qui lui semble nous attendre. Pendant ce temps, à son tour, Sylvain s'est mis en l'air. Lui aussi cherche, lui aussi tâtonne. Nous sommes maintenant trois à jouer avec cette masse d'air. Trois pilotes, trois façons de faire, mais une même interrogation : où est-ce que ça monte ? Quitter le secteur du décollage pour partir vers d'autres horizons n'est jamais une évidence. Même lorsque les conditions semblent prometteuses, il faut accepter de prendre une décision. Rester. Partir. Chercher. Prendre un risque mesuré. C'est tout le jeu. Lucien plus haut et moi qui tourne avec Sylvain au-dessus des maisons pour saisir un cycle de thermique qui viendrait à se déclencher. Ce moment-là arrive. Je sens une vraie ascendance. Cette fois, Sylvain et moi tournons pour rester centré dans le thermique encore timide mais bien présent.  Ce n'est plus seulement un petit mouvement d'air. C'est une masse d'air chaud qui s'élève. Je l'enroule au mieux que je peux tout en composant le partage avec Sylvain. Chaque tour me donne un peu plus d'altitude. L'aile travaille, les commandes vivent, le corps accompagne. Je monte. Je monte encore. Jusqu'à atteindre environ 1980 mètres. Yes ! J’ai rejoint Lucien. Je viens de prendre environ 680 mètres de gain. Ce n'est peut-être pas spectaculaire pour certains, mais pour moi, à cet instant précis, c'est une vraie petite victoire. J'ai gagné le droit d'aller voir plus loin. Mais il me faut encore plus. Pour partir, il faut du gaz. Alors je continue à chercher. Si ce thermique m'a donné tout ce qu'il pouvait, il faut maintenant trouver le suivant. Je regarde vers la suite du parcours possible. Mon choix se porte vers la Cime de Bouscayé. L'option est claire : rejoindre la Cime de Déveil puis suivre l'axe vers Bouscayé. Une crête se présente à moi. Je pourrais la suivre, mais je sens qu'elle risque de me faire perdre de l'altitude. Alors je décide de m'en écarter légèrement et d'aller chercher plus en avant, au-dessus du vallon qui mène vers la cime. Un choix. Un pari. Et… Gagné ! Je trouve de quoi enrouler. Mieux encore, la dérive du thermique semble m'emmener exactement dans la bonne direction. Yes ! La Cime de Bouscayé. C'est le genre de moment où l'on se dit que l'analyse, l'observation et un peu d'intuition peuvent parfois se rencontrer. Je monte jusqu'à environ 2381 mètres, à l'aplomb de la Cime de Bouscayé. J'ai fait le bon choix. Je savoure ce moment. Pour une fois, c'est moi qui suis le plus haut. J'aperçois Lucien qui cherche à progresser, lui aussi, vers le Chajol, mais il semble avoir trouvé une aérologie moins généreuse que moi. Quelques minutes plus tôt, c'était lui qui m'attendait au-dessus du décollage. Maintenant, c'est moi qui ouvre la route. En parapente, les rôles changent parfois très vite. Celui qui suit devient celui que l'on observe. Celui qui mène devient, l'espace de quelques minutes, un guide pour lire la masse d'air. Nous nous observons les uns les autres pour lire la masse d'air. Celui qui monte indique souvent aux autres où chercher. Et puis il y a les rapaces. Eux ne se trompent presque jamais. Quand ils enroulent devant nous, ils deviennent parfois de précieux alliés, voire de véritables sauveurs lorsque nous sommes en difficulté.  De mon point haut, je fais encore deux ou trois tours supplémentaires. Mais je sens rapidement que le thermique s'essouffle. Le variomètre ne chante plus. Au contraire, il m'annonce une lente descente. Inutile d'insister. Un thermique, comme toute chose, a une fin. Chercher à lui arracher ses derniers mètres ne sert à rien. Le relief, qui quelques instants plus tôt semblait s'éloigner, recommence doucement à se rapprocher. C'est souvent lui qui finit par nous convaincre qu'il est temps de tourner la page. Je quitte cette zone avec une nouvelle idée en tête : continuer vers le sommet du mont Chajol. À ce stade du vol, je commence à prendre confiance. Le cheminement se dessine naturellement devant moi. Je ne suis plus dans la recherche du premier salut, celle où chaque mètre gagné est une petite victoire pour sortir du secteur du décollage. Maintenant, il faut avancer. Mais avancer ne veut pas dire simplement aller tout droit. Chaque transition est une nouvelle interrogation. Chaque relief peut être une opportunité… ou une zone où l'air décide de ne rien donner. Je transite au-dessus de la crête. Mon cheminement me fait rencontrer une nouvelle zone ascendante que j'exploite instantanément. De 2385 mètres, je monte jusqu'à 2527 mètres. Encore une petite victoire ! Ce n'est pas un gain spectaculaire, mais il me remplit de satisfaction. Chaque mètre gagné est un mètre que je n'aurai pas à regretter un peu plus loin. Et surtout, il me permet de poursuivre ma route avec davantage de sérénité. Le thermique ayant tout donné, je reprends ma transition vers le sommet du Chajol. Le sommet culmine à 2293 mètres. Je le survole maintenant avec une confortable marge de sécurité. C'est une sensation agréable. Quelques dizaines de minutes plus tôt, ce relief m'impressionnait encore depuis le décollage. À présent, il défile tranquillement sous mes pieds. Cette marge me procure une vraie satisfaction. J'ai le sentiment d'avoir construit ce vol étape après étape, sans précipitation, en profitant de chaque occasion que la masse d'air a bien voulu me donner. Mais voilà que de nouvelles questions se présentent: Que faire ? Continuer ? Changer d'objectif ? Rentrer ? Devant moi, plusieurs possibilités apparaissent. La première option consiste à poursuivre vers le Mont Agnelino, en passant par la Baisse d'Ourne. L'autre serait de basculer directement vers le Mont Court afin de me rapprocher progressivement du secteur de Cagnourine et de Tende pour aller poser. Sur le papier, le choix paraît presque évident : poursuivre vers l'Agnelino ouvre davantage le terrain de jeu et me permettrait de prolonger mon vol. Je sais que la transition vers la Cime d'Ourne va m'amener à traverser une zone où je risque de perdre de l'altitude. Mais derrière, mon espoir est de retrouver quelque chose à l'approche de la cime. Alors je choisis cette option. Je continue. Rien n'est jamais joué d'avance. C'est aussi ce qui rend ces moments si particuliers. Même avec de l'expérience, même avec de bonnes décisions, il reste toujours cette petite part d'incertitude, ce doute qui accompagne chaque transition. Suis-je parti au bon moment ? Ai-je assez d'altitude ? Est-ce que le prochain thermique sera là où je l'espère ? Le doute fait partie du jeu. Il ne doit pas empêcher d'avancer. Il doit simplement rester présent pour rappeler qu'on évolue dans un milieu que l'on ne contrôle jamais totalement. Pendant ma traversée, j'observe. J'écoute. J'attends. Et puis, à l'approche de la Cime d'Ourne, mon instrument commence à réagir. D'abord de petits signaux sonore au ton neutre et plat, le zérotage ... Puis quelques signes plus encourageants avec un son plus aigü Bip… Bip… Bip ... bip… la montée et douce ! Je suis dedans. L'ascendance est là. Je l'enroule... je prends du gaz progressivement. Quelques instants plus tard s'affiche 2539 mètres ! Éh éh… c'est mon point le plus haut depuis le décollage ! Alors forcément, je souris. Chaque petit gain est une satisfaction. Chaque thermique trouvé est une petite victoire. À ce stade du vol, le jeu continue. Je vole devant, seul, depuis un moment. C'est l'aventure avec mes choix d'avancée personnels.  Il me faudrait maintenant trouver mieux encore. Mon espoir est de prendre du gaz au-dessus de l'Agnelino. Je continue donc mon cheminement vers lui. Mais progressivement, quelque chose change en moi. Ce qui était au départ une envie d'aller plus loin commence doucement à devenir une réflexion différente. Une réflexion qui me questionne sur le choix d'aller poser, mettre fin au vol plutôt que de chercher à toujours aller plus loin coute que coute. Parfois, ce n'est pas un événement précis qui déclenche une décision. C'est une accumulation de petits signes. Et dans cette partie du vol, malgré mon envie timide de continuer, je dois reconnaître une chose : je ne rencontre plus grand-chose et je ne cherche pas vraiment. La gnac s'est dissipée ....  La transition qui suit devient donc moins une exploration qu'un retour tranquille vers le point d'arrivée. Je survole successivement la Cime du Prêtre, la Pointe de Vergou, le Mont Bergiorin… Puis enfin Cagnourine. Le choix de rentrer est fait. Ce n'est pas un échec. Bien au contraire. C'est aussi ça, le vol libre : savoir profiter de ce que la journée nous a donné, sans vouloir absolument lui demander davantage. Pendant ce vol, j'ai découvert un nouveau décollage. J'ai appris à connaître son aérologie. J'ai cherché. J'ai douté. J'ai trouvé. J'ai pris des décisions. Et surtout, j'ai dialogué avec cette masse d'air invisible qui reste toujours le véritable maître du jeu. Lucien et Sylvain, eux, auront fait des parcours plus grands que le mien. Mais chacun son vol. Chacun son histoire. Ce que je retiens du mien, ce sont ces petites victoires. La découverte de Déveil. La recherche du thermique salvateur. Le choix de m'écarter des zones où rien ne se passait pour aller chercher ailleurs. Ces moments où il faut observer, accepter, décider. Finalement, ce sont peut-être ces instants-là qui construisent le plus un pilote. Pas uniquement les grands vols. Mais tous ces petits choix accumulés qui permettent, jour après jour, de mieux comprendre l'air. Et pour finir la journée, il restait encore une dernière petite aventure terrestre à régler : la récupération des véhicules. Heureusement, Lucien avait anticipé avec son 4x4 resté au décollage de Tende, chez lui. Comme quoi… Même dans le vol libre, il faut parfois compter sur une bonne stratégie de récupération ! Une belle manière de terminer cette journée à Déveil. Une journée de découvertes, de décisions, de partage… et surtout une journée passée exactement là où nous aimons être. En l'air !

📊 Statistiques de mon vol
👥 Compagnons de ciel : Lucien, Sylvain et moi
📍 Distance parcourue : 16 km
🛤️ Distance cumulée : 50 km
⏱️ Temps de vol : 1 h 42 min
🏔️ Altitude maximale : 2 550 m
⬆️ Gain d'altitude : 1 217 m
🌪️ Vario maximal : +3 m/s
🛫 Vitesse moyenne : 9,3 km/h
🚀 Vitesse maximale : 72 km/h
💪 Facteur de charge maximal : 1,6 G




13.06.2026 - Journée vols biplace pour le Rêve d'Icare

Ce sont 21 vols biplace qui se sont effectués en cette journée de samedi pour faire voler des gens de la vallée de la Roya (cf biplace 2026).



07.06.2026 - Scupiccia de Cervioni

Dernier vol en Corse avant le retour sur le continent - Aujourd’hui, le ciel est magnifique. Une belle journée s’annonce, et surtout, c’est mon dernier créneau possible pour voler avant mon départ de demain vers le continent. Je ressens donc cette petite pression particulière : celle de profiter pleinement de ce moment, de cette île qui m’a tant offert durant ces semaines de vol. Ce jour-là marque aussi une petite nouveauté dans notre organisation : l’utilisation de la navette du club Cime’Ale. Jusqu’à présent, avec mes amis, nous avions rejoint les différents décollages soit avec nos véhicules personnels, soit — et surtout pour moi — grâce à mes jambes qui m’ont permis de découvrir les sentiers menant aux sites de départ. Aujourd’hui, c’est une autre façon de vivre le vol libre qui se présente : celle du partage et de la logistique collective. Je retrouve avec beaucoup de plaisir mes amis corses : Batti, Sébastien et Laurent, mon vieil ami. Savoir que je vais enfin pouvoir partager ces moments suspendus avec cette équipe me procure une vraie joie. Le vol libre prend une autre dimension quand il est vécu à plusieurs, quand chacun apporte son expérience, son regard et son énergie. Le rendez-vous est fixé au bar du rond-point des Quatre Chemins. Après avoir laissé une voiture à Aqua Nera, au bord de mer à Prunette, nous prenons le temps d’un petit café avant de rejoindre E Piane, l’atterrissage officiel. Avec le véhicule de Sébastien, nous récupérons ensuite le 4x4 du club pour monter jusqu’au décollage de la Scupiccia. Sur place, le ciel est beau mais les conditions ne sont pas vraiment idéales. Un léger vent de Nord-Est souffle au décollage, juste assez pour compliquer les choses. La manche à air nous donne ses indications, mais elle ne nous offre pas vraiment le confort espéré. Pourtant, ce n’est pas ce genre de situation qui va nous faire renoncer. Laurent, qui connaît parfaitement le site, ouvre les hostilités. Il s’y reprend à deux fois avant de trouver le bon moment pour quitter le sol. Je décide d’enchaîner derrière lui, mais mon départ va me demander davantage de patience. Ma préparation n’est pas parfaite. Après avoir mis mon aile en boule pour l’installer sur le décollage, quelques suspentes se sont emmêlées. Sébastien vient m’aider, mais je préfère finalement reprendre les choses à zéro. Je me détache de ma sellette pour vérifier calmement chaque ligne, car dans ces moments-là, la précipitation n’a pas sa place. Il me faudra encore deux ou trois tentatives. Depuis le décollage de Laurent, les conditions n’ont pas vraiment évolué dans le bon sens. Bien au contraire : le vent s’est essoufflé et la manche à air reste désespérément immobile. Mais parfois, il suffit d’un instant. Comme si le ciel ouvrait une petite fenêtre, je décide de tenter ma chance. J’envoie la course d’envol, les pas s’accélèrent, la voile monte… et soudain : Yepa ! Je quitte le sol. Je vole. Maintenant, mon objectif est clair : rejoindre le relief sur ma gauche, là où se trouve ce fameux rocher surmonté du drapeau à tête de Maure. Ce rocher est devenu pour moi un véritable point de repère, presque un rendez-vous familier entre la montagne et la mer. Je trace directement vers lui. Lorsque je l’atteins, je me retrouve légèrement au-dessus de son sommet. En conditions normales, cette hauteur est suffisante pour envisager la transition vers le bord de mer. Il me reste maintenant à comprendre ce que le ciel veut bien me donner. Je commence alors à travailler la masse d’air autour du drapeau. Chaque virage est une écoute, chaque variation du vario une indication. Le ciel ne parle pas avec des mots, mais il laisse des signes : une aile qui monte, une sensation plus légère dans la sellette, un bip qui devient plus régulier. Au-dessus du relief, un nuage attire mon regard. Il semble accroché au sommet, comme une petite signature laissée par l’air en mouvement. Sa présence est encourageante : peut-être qu’une porte est en train de s’ouvrir. Pourtant, malgré ma patience, je plafonne. Je reste longtemps entre 790 et 800 mètres. Je tourne, j’attends, j’espère qu’un thermique plus généreux viendra se déclencher. Mais le ciel garde encore son mystère. Alors je décide de changer de stratégie. Je contourne le relief par le Nord. Aussitôt, le vario semble retrouver de la voix dans ce secteur. Le nuage, lui aussi, a évolué : il semble s’être déplacé d’Ouest en Est depuis le début du vol et a pris un peu de volume. Face Est du relief, ciel bleu et nuages épars au-dessus des montagnes : le décor est magnifique. J’ai enfin trouvé la zone où l’air monte. Rien de spectaculaire, mais une ascendance régulière, patiente, qui m’accompagne virage après virage. Me voilà à 856 mètres. Quelques tours supplémentaires, et j’atteins 910 mètres. Ce n’est pas encore le chiffre rêvé des 1000 mètres, mais quelle satisfaction de sentir que le ciel accepte de continuer à me porter. Le taux de montée reste faible, entre +0,5 et +0,9 m/s, mais il est constant. Alors une idée me traverse : pourquoi ne pas tenter d’aller chercher encore plus au Nord, en longeant le relief ? Je pars explorer. Même si mon attention reste tournée vers la conservation de mon altitude, avec l’espoir de prolonger encore ce vol et peut-être de gagner quelques mètres supplémentaires, une autre préoccupation commence à émerger. Je reste attentif aux amis avec qui nous étions montés ensemble au décollage. Leur absence dans mon champ de vision m’interpelle. Dans ce ballet invisible entre les masses d’air, une autre question revient alors à mon esprit : Mais où sont-ils mes amis corses ? Je scrute le ciel autour de moi, mais aucune voile familière ne vient accrocher mon regard. Je décide alors de revenir en zone du drapeau. Je prends cap alors vers le Sud tout en longeant le relief au plus des arbres, buissons et rochers que je frôlent si près que je pourrais presque les toucher. Ceci dit, je garde la précaution de conserver continuellement un échapatoire à ma gauche au cas où .... une dégeulante soudaine viendroit me surprendre. Je n'ai pas envie du tout me retrouver dans du maquis ! Je m'approche du bout du relief qui va m'offrir la possibilité d'avoir un oeil jusqu'au décollage où j'ai quitté mes amis. Je devrais avoir quelques infos sur leur présence ou pas. Finalement dans mon avancée, je finis par apercevoir une aile, bleu ciel ... celle de Batti. Elle semblait revenir vers le relief d'Est en Ouest. Le plaisir de le voir est bien là ! voire même rassuré par ce que je viens de m'enquérir comme information visuelle. Sur ce retour en Sud, je vois aussi que le décor du ciel ... Il y a un beau nuage bien grassouillé mais non jouflu a pris place entre la mer et le décollage. D'où je me trouve j'ai l'impression que batti est allé voir ce qui se passait sous le nuage  mais qu'il revient sur le relief. Me voilà, que je suis bientôt dans son périmètre de vol. Il vole plus éloigné que moi du relief. Il cherche lui aussi ... je m'écarte du relief pourt aller vers lui. Lui fais un virage et viens dans ma direction. Nous sommes quasi à la même hauteur ... 874 mètres. Alos-nous se partager un espace restreint pour enrouler une zone ascendante dès que l'occasion s'en présentera ? Ce serait vraiment cool !!  Bingo, au moment où l'on se rencontre il y a un thermique doux à exploiter et comme de concert nous voila dedans à l'enrouler tous les deux par la droite. Quel plaisir ressenti à partager ce thermique en se surveillant pour être en harmonie pour cette manoeuvre classique en parapente si l'on veut monter dans une même colonne d'air chaud. 1 tour ..., deux tours..., trois tours ... nous sommes à 966m d'altitude, ... 5 tours et demi ... 997 m... je suis plus haut que la base du nuage qui se trouve juste à côté de moi sur ma gauche. Je décide alors de quitter le thermique et de m'écarter du relief en prenant cap vers la mer. Avant de poursuivre ma transition, une envie me prend. Je dessine un large 360°, non par nécessité de pilotage, mais simplement pour offrir un dernier regard au relief qui vient de m'accueillir. De là où je suis, il prend une autre dimension. Je distingue encore le drapeau à tête de Maure, les pentes où j'ai tant cherché les ascendances, les endroits où j'ai douté, puis retrouvé confiance. Quelques minutes plus tôt, ce relief était mon compagnon de jeu ; désormais, il devient un paysage que je contemple avec gratitude. Mon regard se tourne alors vers l'horizon. La transition est longue avant d'atteindre le bord de mer. J'ai bien le temps d'apprécier la vue marine où surgissent à son horizon deux îles visibles ce jour: l'île Monte Cristo et l'île d'Elbe. Ma traversée longe Valle-di-Campoloro jusqu'aux plage de Prunette où se trouve l'atterrissage de sable ... Aqua Nera. J'arrive en Sud pour longer la plage par la mer ce qui donne là aussi une sensation hors du commun à voler, comme un Goelan au-dessus des flots d'une mer bien calme. J'aperçois les baigneurs et plagistes qui vaquent à leurs occupation de bons terriens. Je dépasse l'endroit où je compte poser pieds et aile pour me présenter face à la brise de sud qui vient alimenter la zone d'atterrissage. A l'endroit même où se trouve un mât et sa manche à air. celle du club de Cime'Ale. Mes 3 amis poseront un peu plus tard que moi. Eux aussi bien posés pour un vol prochain. la saison pour eux, ne fait que commencer. Rendez-vous avant la fin d'année 2026 ici si tout va bien.

Quelques repères du vol :
🪂 Distance parcourue : 10 km
📍 Distance cumulée : 17 km
⏱️ Temps de vol : 36 min
📈 Plafond atteint : 998 m
⛰️ Gain d'altitude : 243 m
🚀 Vitesse maximale : 49 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 16,3 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +2,4 m/s
Facteur de charge maximal : 1,1 g
🤝 Compagnons de vol : Batti, Sébastien, Laurent




06.06.2026 - Scupiccia (Cervioni)

Aujourd'hui, à la veille de mon départ c'est ciel bleu sans nuage.

avec Laurent et Denis que je monte au déco de la Scupiccia. On s'organise une navette avec nos véhicules persos. Le ciel est bleu, la brise devrait être correcte. Laurent avec sa HikoP de Niviuk et Denis avec sa Hook de Niviuk. Quant à moi, je n'avais pris qu'une aile pour venir voler en Corse et c'est l'Artik 7P que j'avais élu. C'est mon aile à tout faire en queqlue sorte. Nous laissons un véhicule à Aqua nera lieu de notre probable atterrissage si on parveint jusqu'au bord de mer sinon ce sera à E Piane, le terrain officile du club. Aujourd'hui pas de rando-vol, mais cheminement en voiture jusqu'au décollage Sa seule voie pour les voitures est une piste.

Quelques repères du vol :
👥 Compagnons de vol : Laurent, Denis et Paul (moi)
🕒 Temps de vol : 28 min
🪂 Voile utilisée : DELTA 5 (Ozone)
📏 Distance cumulée : 12 km
🔺 Distance de performance : 8 km
⛰️ Plafond atteint : 793 m
⬆️ Gain d'altitude : 41 m
🚀 Vitesse maximale : 39 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 16,6 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +2,3 m/s
💪 Facteur de charge maximal : 1,2 g



04.06.2026 - Cervioni Déco Sud

Même balade qu'il y a deux jours mais cette fois-ci c'est avec un décollage ventilé en Sud qui a bien alimenté mon auile au sol d'où un décollage en face voile. (à développer)



02.06.2026 - Cervioni Déco Sud

Hop ! le ciel me permet possiblement de faire un envol du site de Cervioni mais il me faudra rejoindre le décollage Sud car c'est du Sud qui est annoncé en prévisions météorologiques. Je prends donc mon aile Artik 7P et bang ! de Prunette à Cervioni je mets mon duster en service puis, la voiture laissée au village, je prends mon sac et mes batons de marche pour, progressivement me rapprocher de l'objectif: le décollage orienté Sud. Il me faut une petite heure pour arriver au déco. Arf ... je constate que la brise n'est pas ... manche à, air quasi en berne, elle ne s'anime que rarement et faiblement. Bien, va falloir que je fasse avec en montant bien haut mon aile pour avoir une course d'envol la plus longue possible et sans espérer faire un face voile mais plutôt un bon dos voile et ça m'ira bien car la pente est faible et de surcroit pas de quoi faire un 100m. Bref, je sens déjà le frottement de ma sellette au maquis du bas de la pente. Je n'ai pas droit à l'erreur je suis seul ... je ne compte que sur moi même si je fini dans les broussailles. Ma première tentative, je l'avorte car je n'ai pas du tout senti mon aile tendue au-dessus de ma tête, cette dernière (l'aile) n'était pas pas prête à mordre la masse d'air pour me prendre en charge. Je replace mon aile mais pas au même endroit, je la déplace légèrement plus haut, au max du possible et plus à ma gauche quand je fais face à l'aile. Ainsi je pense améliorer mes conditions d'envol. J'attends le moment où je ressens un peu d'air de face pour déclencher la levée d'aile dos à aile (elle). (à développer)



    06/01/2026 - Gourdon

    Ce jour-là ou plutôt 2 jours avant je m'étais quelques peu emballé au regard des prévisions météorologiques qui annoncaient des conditions assez fumantes non pas en puissance thermiques mais en plafond. Je m'étais dit, c'est le jour pour monter haut et faore un peu de distance (aller voir hors bocal) et revenir pour récupérer la voiture. Les prévisions sont restées correctes et je me dis, ça va le faire si je ne me manque pas trop avec les thermiques. Avec Renaud on se donne rendez-vous aux Vallette l'atterro pour 10h et on monte au décollage de l'Embarnier. J'opte pour le choix de renaud qui est de monter au décollage de l'Embarnier 2. Quelques ailes sont déjà en l'air quand on approche du village ce qui me fait dire que les conditions sont là. Arrivés sur le site de Gourdon, je gare ma voiture et on file direct au déco 2. Pour cette journée, j'ai pris mon sac Expe qui contient l'Artik 7 et l'ArrowP. Une fois au déco, après avoir salue quelques pilotes que je connais, je pose mon sac et déballe son contenu tout en m'interessaant à ce qui se passe en l'air mais aussi à ma perception de l'aérologie. Au vu de ce je vois je me dis mais comment ont-ils fait pour grimper si haut dans le ciel alors que je trouve les conditions plutôt molle. Je suis arrivé peut-être un peu trop tard me dis-je .... au fil du temps les bouffes qui me semblait correctes pour des bonnes conditons d'envol faiblissent alors qu'un pilote m'avait dit à mon arrivée que ça montait bien plus en avant du relief ... euuuuhhhh là en instantanée eeeuuuhhh je suis assez septique mais ... faut voir une fois en l'air. Mais bon, on peut toujours s'imaginer le meilleur comme le pire mlais à ce que je vois c'est soit les pilotes sont mauvais ou soit les conditions ont changé. Voilà qu'en plus le rayonnement solaire ne brille pas de tous ses feux ... et qua,nd je suis prêt pour l'envol je me dis que le dos voile est la technique appropriée plus que le face voile. Voila qu'en plus que je tire sur mes avantsd, l'aile est retenue au sol à cause d'une suspente qui s'est accroché à une sorte de racine sortant de terre. ! punaise heureseuement que je lève pas mon aile comme un bourrin !! c'est un truc à déchirer un caisson soit péter une suspente. Deuxième tentative en face voile encore malgré le peu de brise où je me trouvais (bien en haut du déco). Renaud lui est aussi prêt et semble attendre que je décolle avant d'envoyer son décollage. A la traction de mes avant, l'aile monte libre de toute retenue et se retrouve au-dessus de ma tête. Je suis dans l'écoute de mon aile et elle me dit qu'elle n'est pas vraimen tendue zah ah ah bon ben je l'amène plus bas en marchganrt sous aile jusqu'à arriver au milieru du déco où je lance enfin la course d'envol pour décoller. Aïe aïe ...  je quitte le sol de quelques centimètres et je refoule le sol quasi après ... ok accélère Polo car l'aile a besoin de vitesse pour ne pas caler juste avant la rupture de pente. En effet pas question de compter sur le dynamique pour se faire soulever. C'est en fin de pente que finalement je vole ou plutôt mon aile vole. Bah ... ça ne monte pas et pas de thermo dynamique non plus. Plutôt que de m'éloigner du relief, je fais le choix de plutôt le coller. .........  ==> en cours de rédaction

    Altitude maximum : 1227m




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