2026
Parapente
07.07.2026 - Roche d'Abisse
Depuis quelques jours, les conditions sont particulièrement favorables au vol libre. Les orages, qui nous obligeaient jusqu'à présent à écourter nos journées, semblent enfin nous laisser un peu de répit. Il serait dommage de ne pas en profiter. Ce matin-là, je pensais voler seul. Peu de pilotes avaient prévu de monter au décollage et Noël lui-même m'avait annoncé qu'il ne pourrait probablement pas être présent. Finalement, un message vient changer la donne : il sera bien là. Au décollage, il me demande quel est mon programme. Pour ma part, je n'ai jamais été un pilote très ambitieux en matière de distance. Un beau « tour de bocal » me procure déjà beaucoup de plaisir. L'essentiel, pour moi, est de profiter du vol. Noël, lui, voit les choses autrement.
— On décolle, on monte au Mont Court, puis direction la Roche d'Abisse. Ensuite, si ça marche bien, on pourra passer par le mont Chajol, l'Agnelino, le Bergiorin, le Bertrand… et pourquoi pas pousser jusqu'au Marguareis. Pour le retour… on verra ! Moi, j'irai peut-être explorer vers le Sacharello, voire un peu plus loin côté italien si les conditions le permettent. J'écoute son programme avec le sourire. Je connais Noël. C'est un explorateur du ciel.
— Tu sais quoi Noël ? Je te suis… et je verrai bien jusqu'où j'aurai envie d'aller.— Parfait ! On reste en radio.
L'idée est bonne… en théorie. Au moment d'essayer mon installation micro-oreillette, la radio se met à émettre en permanence. Nous essayons tous les réglages possibles, sans succès. Noël insiste, cherche encore une solution, mais le temps passe. Je finis par couper court.
— Stop, Noël .. marre de ce bazar ! j'ai toujours un problème avec la radio. Là, on ne vole plus, on bricole. J'accroche la radio à la sellette et basta ! Il est temps de décoller.
Je range la radio avec une légère pointe de frustration. J'aurais aimé disposer du même confort de communication que Noël. Mais il faut aussi savoir renoncer. À vouloir résoudre un problème coûte que coûte, on finit parfois par passer à côté de l'essentiel : voler. Le plus probable est qu'un simple câble soit défectueux. Il sera toujours temps de s'en occuper après. Je décolle le premier. Mon premier objectif est clair : rejoindre la Pyramide. C'est la première marche qui ouvre la suite du vol de cross ou de tour du bocal. Les premières minutes sont laborieuses. Je reste devant le décollage à chercher les premiers indices de la masse d'air. J'avance, je reviens, je fais littéralement l'essuie-glace devant la pente, parfois un peu trop près du relief à mon goût. Le sol refuse de s'éloigner. Pourtant, je reste patient. Les cycles deviennent progressivement plus fréquents. Ils sont encore désorganisés, trop faibles pour être véritablement enroulés, mais ils commencent à me porter. Petit à petit, quelque chose change. Lorsque je jette un regard sous mes pieds, je constate que la pente s'est discrètement éloignée. Sans presque m'en rendre compte, je viens de gagner les premiers mètres qui redonnent confiance. Je sais qu'en prenant de la hauteur, les thermiques auront davantage de chances de s'organiser. Ils deviendront plus larges, plus francs, plus faciles à exploiter. Alors je m'accroche. Minute après minute. Finalement, le GPS affiche 1 200 mètres. C'est le moment. Je tente de rejoindre la Pyramide. Il m'aura fallu près de huit minutes pour y parvenir. À cet instant, Noël vient seulement de décoller. Je souris en pensant que je suis, une fois de plus, le premier à partir. Je me presse toujours pour décoller alors que beaucoup prennent davantage leur temps. C'est devenu une habitude. Je fais souvent le fusible. Je pars devant, je teste, je regarde si la montagne veut bien m'accueillir. Mais être le premier en l'air, ce n'est pas seulement partir avant les autres. C'est aussi leur donner des informations. Par ma trajectoire, mes recherches, mes montées et mes pertes, je leur transmets une partie de ce que la masse d'air raconte à cet instant précis, ici, sur ce relief. Mais je sais aussi une chose. Noël finira probablement par me rejoindre. Je poursuis donc tranquillement mon travail, concentré sur les ascendances qui se présentent.. Mon objectif est désormais le Mont Court. Encore faut-il disposer d'une altitude suffisante pour s'y rendre sans se retrouver en difficulté. Le thermique de la Pyramide fonctionne, mais il reste timide. Il ne me permet pas de prendre le gaz nécessaire pour rejoindre directement le sommet. Je dois me résoudre à partir malgré une hauteur insuffisante. La transition m'amène seulement sur le versant sud du Mont Court. Le sommet est encore hors de portée. Il va falloir composer avec la pente. J'utilise la dynamique de la brise qui la longe pour grappiller, mètre après mètre, l'altitude qui me manque. Cela ne fonctionne pas à tous les coups. En parapente, vouloir ne suffit jamais. Il faut que la montagne accepte de vous aider. Et cela… aucun pilote ne peut le décider à sa place. Pendant ce temps, j'aperçois Noël qui se débat lui aussi avec les premières ascendances. Puis, comme souvent, sa persévérance est récompensée. Il rejoint la Pyramide avant de venir progressivement dans ma direction. Au Mont Court, il trouve rapidement le thermique que nous espérions tous les deux. Celui qui permet enfin de monter de plusieurs étages. Celui qui ouvre la porte des grands reliefs. Je mets à mon tour et aussitôt cap vers la zone où je le vois grimper. Le variomètre recommence à chanter. Je viens de trouver, moi aussi, cette masse d'air généreuse. Mon instrument de vol Syride continue de m'encourager. Son chant devient plus régulier, signe que je suis bien installé dans cette masse d'air ascendante. Je reste concentré, à l'écoute de mon aile et de ce que la montagne veut bien nous offrir. Nous sommes maintenant deux dans ce thermique. Et c'est là que le vol prend une autre dimension. Voler seul procure déjà beaucoup de plaisir. On se retrouve face à soi-même, avec ses propres décisions, ses propres analyses. Mais partager une ascendance avec un autre pilote apporte quelque chose de différent. Une forme de dialogue silencieux s'installe. Je regarde Noël évoluer dans la masse d'air. Sa façon de voler m'interpelle toujours. Elle est fluide, presque instinctive. Là où certains pilotes cherchent à rester dans une trajectoire très régulière et maîtrisée, Noël semble accompagner chaque mouvement de l'air. Il ne lutte pas contre la masse d'air, il danse avec elle. C'est un spectacle. Sa voile se déplace, accélère, ralentit, se replace naturellement. Son vol paraît simple, presque évident. Mais je sais que derrière cette apparente facilité se cachent son expérience acquise lors de ses lectures et sensations accumulées au fil de ses vols. Je pourrais comparer cela à une danse aérienne, une valse sans sol, une valse où le partenaire n'est pas une personne mais une masse d'air invisible qu'il faut apprendre à écouter. Nous sommes dans une zone particulière, une zone de confluence où plusieurs ascendances viennent se rejoindre. Ce n'est pas un simple tuyau vertical d'air chaud qui monte bien droit vers le ciel. Les masses d'air se rencontrent, se mélangent, dérivent. Il faut sans cesse ajuster, lire la dérive du thermique, adapter son placement, accompagner les mouvements de l'aile. Par moments, la masse d'air se montre plus énergique. L'aile plonge légèrement, le bord d'attaque cherche à changer d'angle. Il faut alors être présent aux commandes, retenir une éventuelle abattée sans pour autant brider la voile. Une aile a besoin de voler. Il ne faut pas l'empêcher de traverser la masse d'air, mais simplement l'accompagner pour qu'elle reste efficace et stable. C'est tout un équilibre. Un dialogue permanent entre le pilote, la voile et l'air. Je prends conscience à cet instant que la présence de Noël transforme complètement mon vol. Habituellement, je vole plutôt comme un loup solitaire. J'aime observer, réfléchir, construire mon vol à mon rythme. Mais aujourd'hui, sa présence apporte une dimension supplémentaire. Je ne suis plus seulement en train de chercher une ascendance. Je partage un moment, je regarde, j'apprends et je m'amuse. Finalement, c'est peut-être cela que je recherche de plus en plus dans mes vols. Pas forcément aller plus loin, pas forcément monter plus haut mais ressentir pleinement ce qui se passe, ne pas chercher la performance pour garder le plaisir de voler. Pourtant, même dans ce plaisir partagé, je reste attentif à nos positions respectives. Un instant c'est Noël qui est au-dessus de moi, puis quelques minutes plus tard les rôles s'inversent. Nous jouons avec le thermique. Celui qui trouve la meilleure zone prend quelques mètres d'avance. L'autre observe, ajuste et revient. C'est un jeu magnifique. Puis, progressivement, mon vario devient moins enthousiaste. Le chant du thermique s'efface puis disparaît. Je comprends rapidement que je suis sorti de l'ascendance. Le taux de chute m'indique que je suis maintenant dans la descente périphérique du thermique. Il faut décider. Soit retrouver la colonne d'air que j'ai perdue, soit chercher ailleurs. Je pense simplement être arrivé au sommet de cette ascendance. Noël, lui, choisit de partir explorer plus à l'est. Moi, je tente une autre option vers l'ouest. Et finalement... Bingo ! Je retrouve une nouvelle masse d'air ascendante. La satisfaction est immédiate. Quelques instants auparavant, je perdais de l'altitude. Me voilà de nouveau en train de monter. C'est aussi cela le parapente. Passer du doute à la confiance en quelques secondes. Accepter de perdre pour avoir une chance de retrouver mieux. Noël aperçoit ma nouvelle ascendance et revient progressivement vers moi. Nous voilà repartis ensemble, direction le Fort Tabourde. Le paysage s'élargit. L'horizon gagne de la profondeur. Je ne domine pas encore tous les sommets, mais je m'en approche. Je profite de chaque instant. Mon regard se promène à 360 degrés. Les crêtes, les vallons, les sommets qui se succèdent... tout paraît différent vu d'en haut. Certaines montagnes que l'on regarde habituellement depuis le sol deviennent soudain accessibles, presque familières. Elles donnent envie d'aller les découvrir, mais toujours avec respect, admiration et je dirais même avec amour. Car en montagne, le ciel offre beaucoup... à condition de ne jamais oublier qu'il peut aussi reprendre très vite ce qu'il nous a donné. Mon objectif n'est pas de conquérir ces sommets, mais de les rencontrer, de les survoler, de partager quelques instants avec eux et de rentrer avec le souvenir d'un beau vol. Je ne regarde plus seulement un paysage : je lis un terrain de jeu immense qui s'ouvre devant moi. Chaque crête, chaque sommet, chaque vallon devient une invitation à poursuivre l'exploration. Mais pour continuer ce voyage, une règle reste incontournable. En parapente, il faut rebondir. De sommet en sommet, de crête en crête, de vallon en vallon. Jamais je ne dois oublier que derrière la beauté du paysage se cache une réalité : un vallon encaissé peut rapidement mettre fin à un vol et offrir une aérologie beaucoup moins agréable. Je garde donc cette vigilance permanente. Mon objectif est maintenant de poursuivre mon ascension vers la Cime de Pépin qui culmine à 2 344 mètres. Mais autour du Fort Tabourde, à 1 987 mètres, la masse d'air se montre beaucoup moins généreuse. Je cherche. J'analyse. J'attends le signe qui me permettra de retrouver cet ascenseur naturel qui me propulsera vers l'étage supérieur. Quelques petites bulles viennent parfois me chatouiller, mais rien de suffisamment organisé pour monter réellement. Je plane. Ce n'est pas désagréable, loin de là. Mais ce n'est pas ce que je suis venu chercher. Je veux continuer. Je veux grimper. Noël, de son côté, rencontre les mêmes difficultés. Finalement, il décide de quitter le secteur et tente une autre option, qui ne sera pas forcément la meilleure. Pour ma part, je reviens à une règle que l'expérience m'a souvent enseignée : Quand on doute et que l'on ne trouve plus d'issue dans une masse d'air, il faut parfois retourner vers le relief. Chercher un appui. Une pente bien exposée. Une possibilité de dynamique ou de thermique déclenché par le relief à exploiter. Je prends donc cap vers la crête qui relie les Rochers de Gata au Fort Pépin. Je perds quelques dizaines de mètres pendant cette transition, mais je reste confiant. Tous mes sens sont en éveil. Une petite tension intérieure apparaît malgré tout. Une question revient : « Et si je ne trouve rien ? » Car c'est aussi cela le parapente. Il y a toujours une part d'incertitude. On analyse, on anticipe, mais on reste dépendant de cette masse d'air invisible qui décide parfois de nous offrir une porte… ou de la refermer. J'aperçois Noël plus bas, en difficulté lui aussi, positionné au-dessus du vallon entre le Mont Court et Gata. Je ne suis pas inquiet pour lui. Je connais son tempérament. Noël est un chercheur. Un pilote capable de transformer une situation compliquée en opportunité. Son expérience acquise depuis qu’il vole, ses réussites mais aussi ses erreurs lui ont permis d'apprendre à mieux comprendre ce milieu invisible qu'est l'air. Je me rapproche progressivement du relief et soudain, je sens quelque chose ! L'aile devient plus vivante, la masse d'air porte. Et le signal arrive immédiatement de mon instrument de vol avec ses Bip... Le variomètre recommence à chanter. Et moi aussi, intérieurement. À cet instant, je pourrais presque dire que j'honore mon surnom d'« Aigle Chanteur ». Je suis concentré au maximum. Chaque mouvement de mon aile se transmet à mon corps installé dans ma sellette cocon Arrow. Chaque information compte. Une variation dans les commandes. Une pression différente. Un déplacement de la masse d'air. Je corrige avec mes mains, mais aussi avec mon corps. Je cherche simplement à accompagner, à optimiser. Pour au minimum ne rien perdre ou gagner de l’altitude. L'altimètre me confirme ma montée dans le thermique mais devant moi, le Fort Pépin attend encore. Je suis plus bas que lui mais je viens de retrouver ce que je cherchais : Le thermique de Gata. Je l'ai trouvé le fameux thermique de Gata !! Celui que les pilotes du secteur connaissent bien, réputé pour sa générosité et sa capacité à offrir un véritable ascenseur au-dessus de ce relief. Cette fois, je ne veux plus le perdre. Je m'y installe avec application et je compte bien y rester au max. Le thermique me prend, me porte, m'élève. Les commandes deviennent plus fermes. Ma voile s'incline naturellement dans le virage. Je l'accompagne avec mon corps, légèrement calé dans ma sellette, attentif à chaque variation. Tout est en harmonie. Le son du vario. La pression dans les commandes. La sensation de montée. Le paysage qui descend doucement autour de moi. Je garde un œil sur Noël. Lui continue son chemin, plus bas pour le moment. Ou plutôt… c'est moi qui m'éloigne de lui en prenant de la hauteur. Je souris intérieurement. Je sais que cette montée va probablement lui indiquer où se trouve la bonne porte. Et je ne me trompe pas. Quelques instants plus tard, Noël comprend l'opportunité et vient lui aussi chercher l'appui du relief. Nous voilà de nouveau réunis dans ce même espace aérien. Le Fort Pépin se rapproche. Ou plutôt, c'est moi qui me rapproche de lui. Mais comme souvent en parapente, rien n'est jamais acquis. À mesure que j'approche du sommet, le thermique perd de sa vigueur. Le chant du vario diminue. Puis finit par disparaître. Tout devient plus calme. Le vol se transforme en simple plané. Je reste quelques instants dans le secteur, espérant retrouver un nouveau cycle. Mais rien n'y fait. Je l'ai perdu. Il faut repartir à la recherche d'un autre ascenseur. Pendant ce temps, Noël a retrouvé une solution. Il s'est replacé plus à l'ouest, derrière le Fort Tabourde, et le voilà maintenant plus haut que moi, en direction de la Cime de Pépin. Comme souvent, chacun construit son vol avec ses propres choix. Je tente à mon tour une option vers la crête. Mais cette fois, rien. Peut-être suis-je trop bas pour accrocher ce que je cherche. Je reviens donc vers la zone où Gata m'avait offert son cadeau, et une nouvelle fois le pari fonctionne. Je retrouve le thermique, le même que j’avais exploité auparavant. Le fidèle ascenseur qui m'avait déjà permis de gagner de l'altitude. Quelle satisfaction ! Il y a quelque chose de particulier dans ces moments-là. Ce n'est pas seulement de monter, c'est de retrouver, de comprendre que l'analyse, la patience et la persévérance finissent parfois par payer. Au sommet de cette nouvelle ascendance, je survole le Fort Pépin en cherchant maintenant une nouvelle direction. Où poursuivre ce voyage ? C'est alors que je remarque un groupe de vautours. Ils évoluent à hauteur de la Cime de Pépin et prennent progressivement la direction de la Cime du Bec. Ils ne montent pas particulièrement, ils voyagent, transitent, glissent dans la masse d’air c’est l’impression qu’ils me donnent. Ils glissent, ils exploitent simplement ce que l'air leur offre. La réponse est peut-être là, et je décide de les suivre. Pas pour les rattraper, ce serait bien prétentieux mais simplement pour partager un instant avec eux. Pour observer leur façon naturelle d'utiliser cet élément que nous essayons, nous pilotes, de comprendre avec nos instruments. Me voilà parti dans leur sillage. Le spectacle est magnifique !! les sommets, les crêtes, les vallons, le versant italien qui s'ouvre devant moi. Et au loin, la plaine du Pô avec le Mont Viso qui se dessine à l'horizon. Tout cela alors que je ne suis qu'à environ 2 400 mètres. C'est une des magies du vol libre. Plus on monte, plus l'horizon recule,, plus le monde semble grand. Je savoure l'instant. Je me dis intérieurement : « Regarde bien ! Profite ! Mémorise ! un jour, tu raconteras ce moment. » Car certains instants de vol ne sont pas seulement des souvenirs, ils deviennent des images que l'on garde quelque part en soi. Lorsque je me rapproche des vautours, une petite inquiétude traverse malgré tout mon esprit : Et s'ils me considéraient comme une menace ? Mais cette pensée disparaît rapidement. Je connais leur comportement. Les rapaces ne défendent réellement leur territoire que dans certaines circonstances, notamment lorsqu'ils protègent un nid ou une nichée. Ici, ils voyagent simplement, ils planent, ils explorent, ils m'acceptent dans leur espace. Peut-être même qu'ils s'amusent à me voir chercher avec mes moyens humains ce qu'eux trouvent naturellement. Je n'entends évidemment pas leurs éventuels commentaires… Mais je préfère imaginer qu'ils ne se moquent pas trop de moi. Je les accompagne ainsi jusqu'à la Cime du Bec puis ils disparaissent progressivement en continuant leur vol. Me voilà seul à nouveau, mais quel privilège d’avoir partagé ce temps avec eux. Pour la troisième fois depuis que je vole dans la Roya, je retrouve ce sommet. Je ne pouvais pas repartir sans lui rendre hommage, alors je fais un large virage à 360 degrés simplement pour savourer, pour regarder, pour graver cet instant, je m’en mets plein les yeux et plein le cœur. Puis vient le moment de repartir. Car même les plus beaux moments de vol ont une fin. Je prends maintenant la direction du retour vers la Cime de Pépin. Le paysage a changé. Après l'aller, il y a le retour. La lumière est différente, le regard aussi. Depuis là-haut, je retrouve ma vallée de la Roya. Mon terrain de jeu, mon jardin. Tende apparaît quelque part dans cet immense décor, je mesure le chemin parcouru. Pendant quelques heures, j'ai quitté mon environnement habituel pour aller découvrir d'autres horizons, d'autres montagnes, d'autres jardins qu'il me reste encore à apprivoiser du regard. À l'ouest, le Mercantour s'étend devant moi. Un espace magnifique, refuge d'une faune exceptionnelle. Un espace qui mérite notre respect. Même si le ciel nous donne parfois l'impression qu'il nous appartient, il reste des limites à accepter et celles-ci font partie de la beauté du vol. Le Fort Pépin se rapproche maintenant. Je retrouve son versant Est, plus minéral que la face Sud recouverte d'herbe. Chaque relief possède son identité. Sa couleur, sa texture, son aérologie aussi. Je l'observe avec attention, car en parapente chaque détail peut devenir une information. Mais une fois encore, la montagne ne me donne pas immédiatement ce que je cherche. La zone reste intéressante, mais le fameux ascenseur du Fort Pépin ne veut pas vraiment se manifester. Il y a du mouvement, il y a des sensations, mais pas suffisamment pour continuer à monter. Il va falloir chercher ailleurs. C'est le jeu. La masse d'air propose et le pilote doit s'adapter. À cet instant, je reçois un message de Noël à la radio : « Paul !! Je te vois !! si tu m'entends, je suis au Fort Central. J'ai pris 2 600 mètres entre Gata et Pépin. Trouve le thermique et transite jusqu'à Pernante !! j'y suis » Noël a déjà basculé de l'autre côté du col, en Ouest. Comme souvent, il a trouvé la porte qui va bien, qui ouvre des espaces autres. Je réponds simplement : « Bien reçu Noël, je vais tenter de le trouver et te rejoindre » Finalement, en écoutant ses conseils ... Bingo ! Après quelques recherches, je trouve l'ascendance, je ne la lâche plus. Ah ah... Il est encore bon celui-là ! C'est reparti pour une nouvelle montée. Le paysage redescend doucement mais surement sous moi. Le thermique m'emporte jusqu'à 2 634 mètres. Je suis maintenant bien au-dessus du niveau de la Cime de Pépin. Le moment est venu de prendre moi aussi la porte de sortie. Je prends cap sur le Fort Pernante. Dans la transition, le col de Tende apparaît sous moi. La frontière entre la France et l'Italie n'est plus une ligne sur une carte. Elle devient un paysage que je traverse, une transition., une aventure. Sous mon aile, je ressens toute la confiance acquise depuis que je vole avec ma Delta 5. Je me souviens pourtant de mes premières appréhensions avec cette voile. Elle était plus exigeante, elle demandait davantage de précision mais au fil des vols, une relation s'est installée. Aujourd'hui, je la connais mieux ! Je ressens ses réactions, elle me parle. Sa couleur jaune fluo me donne presque l'impression qu'elle m'accompagne comme un phare dans le ciel. Solide dans les turbulences, précise dans les phases de pilotage, elle m'offre aujourd'hui des sensations que je n'aurais pas imaginées au début. Merci à toutes les marques et tous ceux qui permettent aux pilotes de vivre ces moments. Car derrière une aile, il y a du travail, de la recherche, de l'expérience et surtout, il y a cette possibilité incroyable : celle de voler. Mais la montagne me rappelle vite que rien n'est jamais acquis. La transition vers Pernante m'amène progressivement vers le relief. Je regarde la pente se rapprocher. Mon objectif est clair : trouver un nouvel ascenseur. Le thermique de Pernante est pourtant réputé mais encore faut-il le trouver et c'est là toute la beauté du vol libre. La recherche fait partie du plaisir. Cette quête permanente transforme chaque minute en aventure. Chercher, analyser, Espérer, Trouver .. et lorsque la récompense arrive, la satisfaction est immense. Noël est toujours là, plus haut et semble m’attendre. Sa présence dans le ciel est un encouragement. Nous ne volons pas ensemble au sens où nous sommes attachés l'un à l'autre mais nous partageons le même espace, le même terrain de jeu. Une forme d'accompagnement silencieux. Je me replace au-dessus de la crête qui sépare la France de l'Italie. Je réfléchis à où re chercher. Je repense à une phrase simple : « Qui cherche trouve » Ce n'est pas toujours immédiat mais l'expérience m'a souvent montré que l'abandon arrive parfois juste avant la réussite alors je continue. J'observe la topographie, l'exposition des pentes et son ensoleillement, la direction probable des dérives. Tout ce que la montagne veut bien me transmettre. Puis soudain... Bip. Bip bip. .. le signal devient plus régulier, le thermique est bien là et je suis dedans. Quelle satisfaction en ai-je ! Je retrouve cette sensation familière, cette impression d'avoir trouvé une clé invisible. Je remonte progressivement. Le Fort Pernante s'éloigne. Le relief descend sous moi. Noël, voyant ma progression, reprend son voyage et prend cap vers l'Abisse. De mon côté, je reste encore un peu en cette zone. Tant que le vario chante, je profite et cherche le meilleur plafond possible. Puis vient le moment du départ alors je regarde devant moi à l’endroit même que se trouve Noël. Comme pour lui, la Roche d'Abisse m'attend.Je quitte finalement le thermique. Le moment est venu de tenter la transition vers la Roche d'Abisse. Devant moi s'étend le vallon de Caramagne. Je le survole avec une confortable marge de sécurité, tout en restant attentif aux mouvements de l'air. Une transition n'est jamais un simple déplacement. C'est toujours un pari. On échange de l'altitude contre de la distance, avec l'espoir de retrouver un nouvel ascenseur à l'arrivée. Fort de cette marge, j'aborde sereinement les pentes qui relient le Fort Giaure à la Roche d'Abisse. Très vite, le variomètre recommence à chanter. Les premiers bips sont timides, puis deviennent plus réguliers. Je sens mon aile se tendre légèrement au-dessus de moi. La masse d'air devient plus généreuse. Je centre progressivement l'ascendance, affine mon virage et retrouve cette sensation si particulière d'être porté sans effort. Le Fort Giaure s'éloigne doucement sous mes pieds. Chaque tour supplémentaire me rapproche un peu plus de mon objectif. L'Abisse grandit devant moi. Son relief change d'aspect à mesure que j'approche. La montagne devient de plus en plus minérale. Les alpages disparaissent progressivement pour laisser place à un univers de roche grise, sculpté par le temps. Les lacs, nichés dans leur vaste cirque glaciaire, ajoutent encore à la beauté du lieu. Je poursuis mon ascension avec un immense plaisir. Petit à petit, j'arrive à la hauteur du sommet puis je le dépasse. Cette sensation est toujours difficile à décrire. Voir une montagne que l'on regardait quelques minutes plus tôt depuis le bas passer lentement sous ses pieds reste un privilège extraordinaire. Je savoure l'instant, sans exubérance, simplement heureux d'être là. Noël, fidèle à lui-même, poursuit son exploration. Je le vois évoluer plus haut que moi, passant d'un versant à l'autre, aussi bien côté français que côté italien. Son aisance est toujours impressionnante. Je pourrais essayer de le suivre. Je pourrais chercher à monter encore davantage. Mais cette idée ne me traverse même pas. Je n'en ressens pas le besoin. Mon objectif est atteint. Je suis exactement là où j'avais envie d'être. Il y a une grande liberté à accepter que le plaisir n'a pas toujours besoin d'aller plus loin. Je prends quelques instants pour contempler le paysage, le silence, la lumière, les reliefs qui s'étendent à perte de vue. Ces moments suspendus sont sans doute ceux qui donnent tout son sens au vol libre. Puis une autre pensée s'impose naturellement. Il est temps de rentrer. Je préfère toujours partir un peu trop tôt qu'un peu trop tard. L'expérience m'a appris que la montagne récompense souvent la prudence et sanctionne parfois l'excès de confiance. Je mets donc le cap vers le sud, en direction du Mont Chajol. Le vallon de Caramagne défile une nouvelle fois sous mon aile. La masse d'air y est plus remuante. Quelques turbulences secouent franchement la voile. Les mouvements deviennent plus désordonnés. Je garde les mains aux commandes et accompagne calmement les réactions de mon aile. Inutile de lutter contre la montagne. Il suffit de rester présent. Concentré. Quelques minutes plus tard, tout redevient plus calme. J'accélère légèrement afin de rejoindre plus rapidement le relief suivant. Pendant ce temps, Noël me contacte à la radio. Il me propose de poursuivre l'aventure vers le Mont Chajol, puis l'Agnelino, le Bergiorin et, pourquoi pas, jusqu'au Marguareis. Je souris. Je connais Noël. Je sais que, pour lui, chaque sommet appelle le suivant mais aujourd'hui, mon voyage est déjà complet. Je choisis une autre direction. En apercevant un départ d'incendie au-dessus de Speggi, je décide de traverser la vallée de la Roya afin de revenir vers le Mont Court. Mon vol prendra fin ici. Non par fatigue de voler, mais parce que je repars déjà comblé. Le froid commence d'ailleurs à se faire sentir. Depuis plus d'une heure et demie, je vole simplement vêtu d'un tee-shirt, d'un coupe-vent et de gants légers. Mes jambes, allongées dans le cocon, commencent à trembler. Ce n'est plus vraiment agréable. C'est le bon moment pour rentrer. Je ne me précipite pourtant pas vers l'atterrissage. Je profite encore du paysage. Je rejoins tranquillement le Bergiorin, puis la Cime de Boseille, en laissant naturellement mon altitude diminuer. Une dernière traversée au-dessus du village. Puis Cagnourine apparaît devant moi. Là où tout avait commencé. Quelques instants plus tard, mes pieds retrouvent la terre. Le vol est terminé. Je ressens cette agréable fatigue que seuls procurent les longs vols de montagne. Et surtout cette immense satisfaction d'avoir vécu une aventure qui restera longtemps gravée dans ma mémoire. Noël, lui, poursuivra encore son exploration jusqu'au Chajol, à l'Agnelino, au Bergiorin, au Mont Bertrand, puis jusqu'au Marguareis avant d'aller explorer le Sacharello et une partie du versant italien. Il devra même composer avec les rotations des hélicoptères mobilisés sur l'incendie que j'avais aperçu. Nous nous retrouverons un peu plus tard. Lui avec son immense balade. Moi avec la mienne. Deux vols différents, deux façons de voler mais une même joie d'avoir partagé cette journée. En reprenant la route du retour, une pensée me traverse l'esprit. Décidément... le plus beau dans le parapente n'est peut-être pas de voler toujours plus loin ... C'est de revenir avec des souvenirs que l'on a envie de raconter.
Quelques repères du vol
👥 Pilotes présents : Noël et Paul
🕒 Temps de vol : 2 h 04
🪂 Voile utilisée : DELTA 5 (Ozone)
📏 Distance cumulée : 61 km
🔺 Distance de performance : 29 km
⛰️ Plafond atteint : 2 887 m
⬆️ Gain d'altitude : 1 773 m
🕒 Temps de vol : 2 h 04
🪂 Voile utilisée : DELTA 5 (Ozone)
📏 Distance cumulée : 61 km
🔺 Distance de performance : 29 km
⛰️ Plafond atteint : 2 887 m
⬆️ Gain d'altitude : 1 773 m
05.07.2026 - De Cagnourine à Pernante
Aujourd'hui, nous sommes cinq pilotes au décollage, et peut-être six avec vous. Chacun est venu avec son aile… Quoi prendre d'autre pour venir ici, à Cagnourine ? Ah ben… un cerf-volant quand le vent est trop fort, histoire de ne pas rester trop longtemps déconnecté de la masse d'air ! Éh éh… L'idée vient de me traverser l'esprit. Ce serait finalement le joker des mauvaises conditions ! Bon .... les cinq hommes venus chercher leur dose de liberté que sont Lucien, Henri, Denis, Noël et moi sont bien là pour voler et l'on sort celle avec qui on va faire le voyage, notre aile de parapente. Le plus prompt à sortir son aile ? Lucien ! Lucien est toujours prêt, toujours gai, il est le premier à décoller avec sa Delta 2 bleue, blanche et noire. Fidèle à lui-même, il ne traîne jamais. Pour lui, c'est direction la Pyramide, puis le Mont Court pour s'éloigner rapidement du site d'envol. Je me demande même s'il n'a pas battu un record de rapidité pour cette portion de vol ! Quelques minutes derrière son décollage, j'active mon aile par ses élévateurs pour la monter au-dessus de moi et décoller à mon tour à 12h06 très exactement. Une fois en l'air je me rends vite compte compte que ça ne va pas être simple. Sans fulminer je me dis "j'ai connu meilleur comme conditions aérologiques pour rejoindre la Pyramide, mais c'est le jeu du parapentiste: chercher les zones portantes, les zones ascendantes pour voler, pour cheminer dans le ciel. Je me demande bien où en est Lucien. Des yeux je le cherche .. à mes proximités je ne le trouve pas. Je pousse le regard plus loin et, surprise, je l'aperçois déjà bien haut entre la Pyramide et le Mont Court, et ce, en quelques minutes seulement ! Je suis agréablement surpris pour lui. Il a dû trouver une belle pompe, le coquin. Et moi qui ne trouve rien à exploiter alors que la brise est active... Bon... ben... va falloir explorer mieux que ça mon Polo, ou alors se montrer patient dans cette quête d'ascendance. De toute évidence, je ne vis pas la même chose que lui pour ce départ. Il me faudra attendre huit minutes qu'un cycle veuille bien se déclencher ! Huit minutes à lire la masse d'air à travers les réactions de mon aile, les sensations dans ma sellette et aux commandes, à patienter sans perdre confiance. En attendant, j'ai tout loisir d'observer mes amis encore cloués au décollage... Mais que font-ils ?
La patience est vraiment un atout en vol libre. Cela me fait penser à ce vieux dicton : « Rien ne sert de courir, il suffit de partir à point. » Finalement, si cela est valable pour moi, peut-être l'est-ce aussi pour mes amis restés au sol. Ont-ils simplement senti que les conditions n'étaient plus favorables au décollage ? Ont-ils choisi d'attendre le prochain cycle ? Qui sait... Huit minutes seulement... et pourtant là-haut, suspendu entre ciel et terre, chaque seconde semble prendre une autre dimension. Dès le décollage, les hostilités commencent pour celui qui veut aller plus loin que le simple plaisir de jouer devant le relief. Il faut trouver le bon cycle, lire la masse d'air et gagner suffisamment de hauteur pour s'extraire de Cagnourine. Arf ! Aujourd'hui, la Pyramide se fait désirer !! Huit longues minutes de combativité pour sortir du trou Cagnourinien... Une éternité pour ce petit relief rocailleux qui, vu du village, prend la forme d'une Pyramide. Content de cet objectif atteint, je pense déjà à rejoindre le mont Court qui se trouve plus en Nord. Pour ce faire, je cherche le thermique qui va m'y amener le plus facilement possible. Ici le thermique nous l'appelons le thermique de la Pyramide. Nous les parapentistes avons tendance à baptiser ces colonnes d'air chaud quand on est à la maison, notre jardin de jeux volants. Mais où donc se cache-t-il ? Impossible de le saisir. Me manquerait-il l'abonnement ? Pourtant, ici il est gratuit me dis-je. Enfin... presque ! Car pour le décrocher, il faut quand même travailler la masse d'air. Finalement, ce n'est pas un abonnement... c'est du troc ! A force de patience je finis par saisir ce thermique qui avait décidé de passer par-là ! Yes !!! Je l'ai saisi légèrement plus en Ouest que d'habitude et se décale de Sud en Nord. Je l'enroule serré dans sa dérive car c'est assez tonique je trouve. Probablement thermique dérivé par la brise soutenue de la vallée me dis-je. Ne le lachant pas, sans le quitter, j'en sors à +1650m. Je file droit sur sommet que j'atteins en arrivant avec quelques mètres plus bas que son point culminant ... j'ai connu mieux mais aussi pire. Je n'ai pas eu à gratter sur ses epntes en faisant l'essuie glace car lorsqu'on arrive trop bas le salut passe très souvent par cette méthode. Cherchant à m'élever plus haut que le sommet je cherche le thermique de service. Parfois, il est facile à saisir, parfois, c'est plus long et parfois même il faut s'échapper car il ne sera jamais saisi puisse-t-il encore y être vraiment. Mais cette fois-ci il ne m'a fallu que 3 petites minutes pour sentir que je le tenais. Je l'ai pris légèrement devant en face Sud et je l'ai enroulé. Il m'a vraiment paru facile ! peut-être parce que le thermique déjà bien organisé avait sa direction de Sud en Nord en passant devant les pentes sommitales du Mont Court . Sans être passé encore derrière je note une altitude de 1732 pour le quitter en Nord entre le baisse de Laguna et la Cime de Tavan à 2323m d'altitude. Là aussi quand j'ai tenu ce thermique je l'ai enroué sans le lacher sauf vers la fin ! Je ne montais plus dedans mais j'ai continué à virer en direction de Tavan. C'est 600m de gain en un seul thermique ! Waouh .... J’apprécie ce fait avec un coeur en fête. Je n'avais même plus besoin du variomètre pour savoir que je montais. Les reliefs s'éloignaient lentement sous mes pieds, exactement au rythme de ma montée. C'est une sensation difficile à expliquer mais merveilleuse à vivre. En altitude au-delà des 2500m, la fraîcheur est bien présente. Elle est accentuée par le vent relatif, celui que nous créons simplement en avançant dans la masse d'air. C'est le bonheur là-haut. On a presque tout : le plaisir de voir, de voler comme les oiseaux, de contempler notre planète avec ses cimes, ses vallons, ses vallées, ses rivières et ses forêts. On découvre aussi une autre dimension du monde vivant. Les rapaces qui partagent parfois notre espace aérien, les chamois, les cerfs ou les chevreuils aperçus au détour d'une pente. Même les nuages deviennent des compagnons de lecture pour nous pilotes. Certains nous invitent à poursuivre le voyage, d'autres nous rappellent humblement qu'il faut savoir renoncer. Je vole seul ... mes amis se sont posés des objectifs à atteindre, pas moi. Je fais au feeling, à l'envie. Quand plus d'envie alors je prends le chemin de l'atterro. Mais là, je suis en forme, l'envie est encore là et ... je ne monte plus !! Mince ... je dois trouver ailleurs. Le thermique du Mont Court étant excellent je me questionne ... Et si j'étais passé à côté ? En tout dans ce coin c'était bien généreux. J'opte pour l'option de revenir un peu vers le Sud mais en allant chercher plus en Ouest (en m'éloignant de la crête qui sépare le mont court de la Cime Tavan). Et là ... quelle belle surprise !!!!! je retrouve un thermique situé plus en Ouest de la Baisse de Lagouna. Eh éh ... en le travaillant, de 2166 (parce que j'avais perdu 150m en cherchant) j'en suis sorti avec un plaf à 2800m d'altitude à mon GPS. Quelle aubaine !! Quel bon choix d'être venu chercher dans le même secteur mais pas au même endroit. Il se trouve au-dessus du vallon qui sépare la baisse de Lagouna et la cime du Cairon. De là où je l'ai pris il dérivait au-dessus de la vallée de la Roya. Mon idée avec cette dérive m'offre l'idée de transiter pour vers le Fort Pernante. Une longue transition que j'avais à tracer tout droit. J'arrive sur le fort avec une altitude de 2507m. Le thermique est là aussi, c'est hyper généreux au point d'enrouler au-dessus de Pernante jusqu'à 2832. Jusqu'à cette hauteur c'est au-dessus mais je sens la dérive vers le vallon salante alors je le suis avec du 2m/s de moyenne en montée pour finir à 3075m d'altitude en versant Nord Italien. Ai-je fait le plein ? De là, je peux aisément partir. Mais partir où ? Un pilote qui ne s'est pas fixé d'objectif précis se pose toujours cette question en vol. Les pilotes de cross aussi mais les objectifs sont différents. Mon seul objectif est le plaisir facilement trouvé et en peu de temps. Je ne dépasse pas plus 2 heures de vol et c'est un peu cela qui me plaît ! Parce qu'il n'y a pas d'obligation à aller au bout du bout. Je vole uniquement pour le plaisir de voler… Il y a peut-être une forme de détachement là-dedans. Pas besoin de rigueur dans les préparatifs même si je me l'impose parfois quand c'est vraiment nécessaire mais, je viens sur un décollage comme un touriste va à la plage. C'est comme cela que je définis le vol libre ! Voler libre… libre de tout, sauf d'aller partout. Le Parc du Mercantour est un espace magnifique, mais qui n'est pas notre terrain de jeu. C'est une sorte d'espace préservé qui accueille toutefois le public avec une réglementation stricte. Je passe sur les détails, chacun peut se renseigner facilement. Je reviens à mon vol, car lui me fait vibrer vraiment !!! Où j'en étais déjà ? Ah oui… Où vais-je maintenant ? Quel sommet, quel vallon vais-je encore visiter d'en haut ? Finalement je ne réfléchis pas longtemps, j'ai ma dose. L'envie de rentrer arrive naturellement après près d'une heure à enrouler, à écouter le vario chanter ses différentes mélodies, à regarder la planète d'en haut, à ressentir ces émotions mélangées de bonheur mais aussi cette petite dose de stress nécessaire pour rester vigilant face à cette masse d'air toujours en mouvement. J'apprécie aussi l'immensité de mon terrain de jeu, cette altitude qui offre une autre vision du monde. Une question me traverse alors l'esprit : « Mais où sont donc mes amis du club ? » Voyagent-ils tous bien ? Ont-ils trouvé leurs propres chemins dans ce grand espace aérien ? Moi, je sens que la fin du vol approche. C'est difficile à expliquer, mais parfois une sensation intérieure suffit. Je sais simplement que le bon moment est arrivé. Depuis l'endroit où je me trouve, avec cette hauteur encore confortable, je prends la décision de mettre le cap vers le Fort Giaure, sans chercher pour autant à le rejoindre directement. Je choisis plutôt de passer au-dessus du vallon de Caralente. Mon altitude diminue progressivement en direction de la Baisse de Peyrefique. L'idée de raccrocher par la Cime de Bouscayé pour rejoindre ensuite la crête du Chajol ne m'attire pas. Je comprends pourquoi : j'ai envie de rentrer. Alors je choisis la simplicité. La trajectoire la plus directe. Je vais traverser la vallée de la Roya en direction du Mont Court. J'ai le souvenir que le secteur de la Baisse de Lagouna fonctionne souvent bien. Je tente donc l'option du Cairon, sur la rive gauche de la vallée. Mais la transition devient longue. Trop longue. Au fil de mon avancée, mon altitude fond plus rapidement que prévu. Le variomètre, lui, n'a jamais autant bipé pour m'annoncer une descente plutôt qu'une montée. Le doute commence à s'installer. Est-ce que je vais réussir à passer le Mont Court ? La question commence à s'installer dans mon esprit. Ne serait-il pas plus raisonnable de faire demi-tour et de revenir poser à Vievola ? Je continue malgré tout. J'analyse. J'observe. J'espère. Et finalement… ça passe. Mais de justesse. Je me fais la réflexion que cette traversée n'est certainement pas celle que je referai facilement. Une vallée étroite concentre tellement de mouvements de masse d'air qu'elle ne laisse que peu de place au hasard. Il faut y aller avec de vrais signaux, pas simplement avec l'espoir que ça passe. J'arrive finalement à franchir le Mont Court en l'abordant par le milieu de sa crête Ouest. Une petite reprise près du relief m'aide à assurer le passage. Pourtant, je sais que j'étais potentiellement dans une zone moins favorable avec la brise. Cette fois encore, ça passe. Et c'est bien là l'essentiel. Je rentre ensuite par la deuxième Pyramide, avant de laisser naturellement mon altitude diminuer jusqu'au terrain d'atterrissage de Cagnourine. Un peu plus d'une heure après l'avoir quitté, je retrouve le décollage. Le vol s'achève bien. Mais je dois reconnaître que je n'avais pas fait le fier durant cette dernière transition. Elle me rappelle une nouvelle fois une règle essentielle du parapente : les erreurs qui se terminent bien sont souvent celles dont il faut se souvenir le plus longtemps.
Quelques repères du vol
👥 Pilotes présents : Lucien, Henri, Denis, Noël et Paul alias Aigle Chanteur
🕒 Temps de vol : 1 h 10
🪂 Voile utilisée : DELTA 5 (Ozone)
📏 Distance cumulée : 35 km
🔺 Distance de performance : 17 km
⛰️ Plafond atteint : 3 081 m
⬆️ Gain d'altitude : 1 975 m
🕒 Temps de vol : 1 h 10
🪂 Voile utilisée : DELTA 5 (Ozone)
📏 Distance cumulée : 35 km
🔺 Distance de performance : 17 km
⛰️ Plafond atteint : 3 081 m
⬆️ Gain d'altitude : 1 975 m
03.07.2026 - Cagnourine (en cours de travaux de rédaction)
Il y a du nord selon les previz météo mais je monte quand même au déco pour voir sur place ce que la manche à air me dit. Elle dit que c'est du Nord et donc le décollage c'est mort et je le sens ainsi pour le reste de la journée ... sauf miracle. Pour autant après vaquer à autre chose que le vol libre, vers les 16h je me questionne en me disant "et si l'aérologie locale avait changé". Je mate la balise et quelle belle surprise, elle annonce qu'il y a possibilité de voler ! En effet la brise de vallée a pris le dessus et c'est du sud avec en max 39 km/h. Ni une ni deux, je me prépare vite fait, j'emporte avec moi deux ailes: l'Artik 7P et la delta 5, que je je choisirai en fonction de l'aérologie constatée. Fnalement c'est l'Artik 7P que je prends pour voler. Lucien est là et prend son aile Delta 2.
01.07.2026 - Vols biplace à Tende
Rendez-vous fixé avec Noël et sa famille pour tenter de faire voler ses 3 enfants et son épouse. 11h est l'heure du rendez-vous, quand j'arrive Noël accompagné de ses 3 enfants est déjà sur place. La biroute comme la balisequi est à ses côtés ne s'anime pas comme elle le devrait pour me laisser espérer de m'envoler à cet instant, il faudra donc attendre. Ceci dit cela ne m'empêche pas de me préparer pour être prêt à démarrer les envols dès que la masse d'air le permettra. En effet, je redoute que la brise se mette en place avec force en peu de temps ce qui ne ferait pas mon affaire pour faire voler des poids légers J'ai 3 enfants et leur maman Anna à faire voler sous l'oeil bienveillant de Noël (pilote du club) le papa et mari Noël. Meily n'a que 5 ans et il ne me semble même pas utile de leur demander son poids. La question est juste qu'il faut que je l'emporte dans la masse d'air dans un créneau bien précis: en début d'amorce de brise et de thermique. Il nous faut attendre presqu'une heure pour enfin nous envoler après avoir faire 3 tentatives de lever d'aile pour nanalyser la faisabilité de l'envol avec maintien possible en l'air. Il me faut attendre le bon moment pour me décider à lancer la course d'envol avec un dos voile aidé de Noël pour la réussite et la sécurité de ma passagère. Pour la suite: cf Biplace 2026
28.06.2026 - Déveil et Cagnourine
Quand les thermiques jouent à cache-cache ! C'est avec Thierry que je partage cette journée de vol libre à Tende. La météo est sans équivoque, les orages devraient se développer dès le début de l'après-midi. Notre stratégie est donc toute trouvée : décoller tôt pour profiter des premiers thermiques avant que le ciel ne devienne trop menaçant. Notre choix se porte sur Déveil, un site réputé pour permettre des décollages relativement matinaux, dès que les premiers mouvements de la masse d'air se mettent en place. Nous nous retrouvons à Vievola, chacun avec sa voiture. L'une restera près de la gare tandis que l'autre nous servira à monter au décollage. J'ai emporté ma Delta 5, une aile avec laquelle je prends de plus en plus de plaisir et sous laquelle je gagne progressivement en confiance. À notre arrivée au déco, la manche à air danse tranquillement dans le bon sens. Voilà un premier signe encourageant. Tout semble réuni pour une belle matinée. Les ailes sont rapidement installées. Thierry me demande de partir le premier. C'est une découverte pour lui et il préfère observer avant de se lancer. À 10 h 30, je décolle sans difficulté. Le face voile est propre, l'aile monte parfaitement. Comme souvent, je perds cependant quelques précieuses secondes à essayer de glisser mes jambes dans le cocon. Un classique... mais finalement bien anecdotique au regard de ce qui nous attend. Car très vite, la réalité nous rattrape. Si les conditions permettent de décoller sans problème, elles ne permettent absolument pas de monter. Les thermiques se font désespérément attendre. Quelques minuscules « pets de mouche » secouent parfois la voile, mais rien qui permette de construire un véritable vol. Pourtant, la chaleur est déjà bien présente, même à 1 300 mètres d'altitude. Je multiplie les recherches, explore les reliefs les plus prometteurs, tente plusieurs lignes, mais la sanction est toujours la même : le variomètre reste obstinément négatif. L'altitude fond lentement mais sûrement. Et lorsqu'on se retrouve trop bas, les options disparaissent les unes après les autres jusqu'à ne plus laisser qu'une seule issue : préparer son approche. Quelques minutes plus tard, Thierry apparaît déjà au-dessus de l'atterrissage. Lui non plus n'a pas réussi à faire mieux. Dix à douze minutes de vol seulement... difficile de parler d'une véritable mise en jambes. Les ailes à peine pliées, une nouvelle réflexion s'impose. Remonter à Déveil signifierait ensuite une longue marche pour récupérer les véhicules. Nous décidons finalement de changer complètement de stratégie et de tenter notre chance à Cagnourine. Avec un peu de chance, la brise de vallée y sera déjà installée et nous offrira de meilleures conditions. En arrivant sur le site, notre optimisme prend un premier coup. La manche à air ne raconte pas vraiment l'histoire que nous espérions lire. Les cycles sont hésitants, peu engageants. Pendant ce temps, les nuages prennent de plus en plus d'ampleur. Ils bourgeonnent rapidement et rappellent que les orages annoncés ne sont plus très loin. Pas question de trop tergiverser. À 11 h 53, je décide de décoller. Cette fois, le vol sera un peu plus long... mais pas forcément plus facile. Je comprends rapidement que je ne vais pas revivre la même frustration que lors du premier vol puisque je parviens à rester en l'air. En revanche, trouver une véritable ascendance devient un véritable casse-tête. Cagnourine est un site exigeant où il faut souvent mériter son départ, mais aujourd'hui les conditions compliquent encore davantage les choses. Je gratte, j'insiste, je tourne dans le moindre frémissement, espérant voir enfin le variomètre afficher des valeurs dignes de ce nom. En vain. Au final, je ne gagnerai que 105 mètres au-dessus du décollage. Mon GPS indiquera une altitude maximale de 1 212 mètres pour un vol de 31 minutes. Je ne réussirai même pas à survoler la Pyramide. Une performance qui résume à elle seule les conditions du jour. Thierry, lui, finit par renoncer avant moi. Fatigué de lutter dans une masse d'air aussi peu généreuse, il choisit d'aller poser. Mais, fidèle à lui-même, il garde le sourire. Cette découverte de Cagnourine lui aura permis de prendre ses marques, de s'amuser aux commandes et surtout de travailler ses approches, un exercice toujours utile. Car en parapente, on apprend vite qu'un beau décollage ne garantit jamais un grand vol. Et qu'à Cagnourine, lorsque la brise décide de souffler fort, revenir se poser au décollage relève parfois de l'exploit. Ce ne sera pas notre journée de "cross". Mais ce sera malgré tout une journée de plus à apprendre, à observer et à emmagasiner de l'expérience. Et au fond, c'est aussi pour cela que l'on revient voler.
Quelques repères du vol :
🪂 Distance parcourue : 1 km
📍 Distance cumulée : 4 km
⏱️ Temps de vol : 10 min
📈 Plafond atteint : 1 313 m
⛰️ Gain d'altitude : 2 m
🚀 Vitesse maximale : 46 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 5,7 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +0,3 m/s
⚡ Facteur de charge maximal : 1,3 g
🤝 Compagnons de vol : Thierry et Paul
🪂 Distance parcourue : 1 km
📍 Distance cumulée : 4 km
⏱️ Temps de vol : 10 min
📈 Plafond atteint : 1 313 m
⛰️ Gain d'altitude : 2 m
🚀 Vitesse maximale : 46 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 5,7 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +0,3 m/s
⚡ Facteur de charge maximal : 1,3 g
🤝 Compagnons de vol : Thierry et Paul
26.06.2026 - Déveillou
Le thermique de Déveil - C'est avec Jean-Marc Baldi, Noël Moulin et Thierry Servetti que nous prenons la direction de Vievola. Notre objectif est de décoller du site de Déveil, perché à 1 300 mètres d'altitude. Après avoir organisé la récupération des voitures, nous rejoignons le décollage où chacun prépare tranquillement son matériel. Les conditions semblent prometteuses. Jean-Marc est le premier à s'élancer. Je décolle quelques instants plus tard, à 10 h 30. Thierry le suit, tandis que Noël ferme le bal des envols. À peine en l'air, je vois Jean-Marc monter rapidement. Il a trouvé la bonne ascendance au-dessus du petit groupe de maisonnettes situé légèrement en contrebas et à gauche du décollage. Tous ceux qui fréquentent Déveil connaissent cet endroit. Lorsque le cycle est bien installé, il permet de rejoindre facilement la crête. Je m'y dirige immédiatement, persuadé d'y trouver mon compte. Mais le thermique a déjà vécu. Les quelques bulles qui avaient porté Jean-Marc se sont éteintes et je n'y trouve plus rien d'exploitable. Il faut alors repartir à zéro. Je longe le relief au plus près, glissant au-dessus des mélèzes et des résineux qui habillent la montagne. Par endroits, leurs cimes ne sont qu'à quelques mètres sous mes pieds. Le vol demande toute mon attention. Dans ce genre de configuration, une dégueulante peut surgir sans prévenir. Je garde donc toujours une porte de sortie. Aujourd'hui, je n'ai aucune envie de découvrir les joies de l'arbrissage. Les minutes passent. Le variomètre reste avare. Puis, enfin, quelques bips plus francs résonnent dans le cockpit. Rien d'extraordinaire, mais suffisamment pour m'encourager à insister. Tour après tour, je grappille quelques mètres. Lentement, la montagne s'abaisse sous mes pieds et je retrouve une marge de sécurité confortable. Me voilà enfin au-dessus de la crête de Déveil. À partir de cet instant, le vol change de dimension. Je ne cherche plus simplement à rester en l'air. Je pars maintenant à la recherche du fameux thermique de Déveil. Celui-là possède presque une réputation de légende. Tous les pilotes du secteur en parlent. Lorsqu'il est bien alimenté, il agit comme un véritable ascenseur et propulse le pilote jusqu'au plafond du jour avant de lui ouvrir la route vers la Roche d'Abisse en une seule ascendance. Je l'ai entendu raconter tant de fois que je me surprends à penser : « Est-ce enfin lui ? » Je serre mon virage, surveille le variomètre et l'altimètre. Chaque tour me rapproche un peu plus de mon objectif. Deux mille mètres… Deux mille cent… Le thermique est bien là, mais il refuse d'aller plus loin. J'insiste, je recentre, j'élargis parfois mes cercles pour retrouver son noyau. Rien n'y fait. L'ascendance s'essouffle progressivement et finit par disparaître. Mon GPS affiche 2 100 mètres. Depuis le décollage, j'ai tout de même gagné près de 800 mètres. C'est une belle montée, mais insuffisante pour envisager sereinement la transition vers la Roche d'Abisse. Je comprends alors qu'il est inutile de m'acharner. Changer de stratégie sera plus payant que de s'obstiner. Mon regard se tourne vers le Fort Giaure. Cette ancienne fortification italienne, construite dans les années 1880 est adossée aux pentes qui remontent vers la Roche d'Abisse. Son relief herbeux a souvent la réputation de bien fonctionner lorsque Déveil se montre capricieux. Je décide de tenter ma chance. La transition s'effectue sans encombre. J'arrive au-dessus du fort avec encore suffisamment de hauteur pour prospecter. Rapidement, le relief tient ses promesses. Une nouvelle ascendance se met en place. Je l'enroule patiemment tandis que le vent me décale doucement vers la Roche d'Abisse. Cette fois, le variomètre chante avec davantage de conviction. Deux mille trois cents... Deux mille quatre cents... Deux mille cinq cents... Finalement, j'atteins les 2 600 mètres et des brouettes. En levant les yeux, j'aperçois soudain Jean-Marc. Lui aussi revient vers le Fort Giaure. J'apprendrai plus tard qu'il avait poussé son vol jusqu'au mont Chajol avant de revenir par la baisse de Peyrefique. Je prends alors quelques instants pour réfléchir. La Roche d'Abisse ? Je l'ai déjà survolée deux fois cette semaine. Pourquoi ne pas changer de programme ? Jean-Marc met le cap vers le Fort Central, au col de Tende. L'idée me séduit immédiatement. Je décide de suivre cette nouvelle ligne. Peu après, un superbe thermique au-dessus du Fort Pernante me permet de retrouver un plafond proche de 2 700 mètres. Les conditions deviennent enfin généreuses. Lorsque je ressors de l'ascendance, Jean-Marc est loin devant. Je le vois évoluer beaucoup plus bas, au-dessus de la piste qui mène au col de Tende. Manifestement, il choisit de rentrer vers Vievola. Je poursuis seul. Je franchis le Fort Central, traverse le col de Tende puis bascule sur le versant est de la vallée de la Roya en direction du mont Bec Roux. Cette transition est sans doute le passage le plus délicat de la journée. J'ai perdu un peu de hauteur et, malgré une altitude encore confortable, un doute s'installe. Serais-je suffisamment haut pour franchir la crête sans me retrouver sous le relief ? Heureusement, tout se passe comme prévu. Je poursuis ensuite le long de la crête qui conduit au Fort Tabourde, laissant sur ma gauche la cime de Pépin. Mon objectif est désormais simple : rejoindre le mont Court avant de revenir tranquillement vers Vievola, où une voiture nous attend. Une heure trente après avoir quitté Déveil, je retrouve le plancher des vaches avec le sentiment d'avoir su adapter mon vol aux conditions du jour. La Roche d'Abisse attendra une autre occasion. Ce changement de cap m'a offert une magnifique balade aérienne sur les crêtes de la frontière franco-italienne. Ce jour-là, la Roche d'Abisse n'était pas au programme. La montagne m'avait offert un autre itinéraire. Et je n'avais rien perdu au change.
Quelques repères du vol:
🪂 Distance parcourue : 15 km
📍 Distance cumulée : 37 km
⏱️ Temps de vol : 1 h 10 min
📈 Plafond atteint : 2 704 m
⛰️ Gain d'altitude : 1 401 m
🚀 Vitesse maximale : 59 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 12,7 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +2,8 m/s
☁️ Plafond du jour : environ 2 900 à 3 000 m
🤝 Compagnons de vol : Jean-Marc Baldi, Noël Moulin et Thierry Servetti
📍 Distance cumulée : 37 km
⏱️ Temps de vol : 1 h 10 min
📈 Plafond atteint : 2 704 m
⛰️ Gain d'altitude : 1 401 m
🚀 Vitesse maximale : 59 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 12,7 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +2,8 m/s
☁️ Plafond du jour : environ 2 900 à 3 000 m
🤝 Compagnons de vol : Jean-Marc Baldi, Noël Moulin et Thierry Servetti
25 juin 2026 – Déveil / Roche d'Abisse
La journée s'annonce idéale pour voler... ou presque. Comme trop souvent ces derniers temps, les orages sont annoncés dès le début de l'après-midi. Une fois encore, il faudra composer avec l'horloge. Le choix du site est finalement assez simple. Si nous voulons nous offrir une belle balade aérienne avant que le ciel ne se referme, il faut décoller tôt. Très tôt. Ce sera Déveil. La réputation de son thermique n'est plus à faire. On le dit généreux, facile à exploiter et, lorsqu'il est bien installé, capable de propulser les pilotes jusqu'au plafond du jour. L'objectif est clair : prendre le plus de hauteur possible. La suite du vol s'écrira là-haut. Depuis le sommet de cette ascendance, toutes les options deviennent envisageables : la Roche d'Abisse, la frontière franco-italienne ou, pourquoi pas, un voyage improvisé au-dessus de la vallée de la Roya. Aujourd'hui, j'emporte deux ailes : ma fidèle Ozone Delta 5, sous laquelle je prends de plus en plus de plaisir à voler, et une Ozone Delta 4 destinée à Sylvain, qui souhaite l'essayer. Depuis Tende, nous rejoignons Vievola. Une voiture est laissée à l'atterrissage, puis nous grimpons jusqu'au décollage de Déveil. En arrivant, un détail me met immédiatement de bonne humeur : la manche à air est déjà animée par une légère brise de pente. Silencieusement, je souris. L'aérologie est déjà en train de se mettre en place. Si tout continue ainsi, nous pourrons décoller sans attendre. Je m'installe au plus près de la pente. Sylvain prend place légèrement sur ma gauche. Je choisis un décollage en face voile. Première tentative : l'aile se montre paresseuse, elle tarde à monter. Je préfère interrompre la manœuvre plutôt que d'insister. Je laisse simplement retomber le bord de fuite afin qu'elle reste parfaitement déployée. Deuxième essai : cette fois, la voile monte franchement. Je corrige un léger départ en lacet, je me retourne et lance la course d'envol. La prise en charge est immédiate. Quelques secondes plus tard, je flotte déjà au-dessus de Déveil. Le variomètre commence son concert de bips. Je file instinctivement vers les maisonnettes, où les premiers thermiques aiment souvent se déclencher. Mais aujourd'hui, ce n'est pas là que la montagne décide de me récompenser. C'est un peu plus loin, au contact du relief couvert de résineux, que je trouve les premières ascendances exploitables. Je multiplie les petits virages, affine ma trajectoire et, peu à peu, une véritable colonne thermique se dessine. Pendant ce temps, Sylvain, qui a décollé après moi, grimpe déjà plus vite que moi. Comme souvent. Il faut dire que c'est un véritable crosseur. Là où je cherche à construire mon vol, lui cherche avant tout à explorer. Il part sans vraiment savoir où il posera quelques heures plus tard. Il suit son instinct, accepte l'inconnu et transforme chaque vallée en terrain de jeu. J'admire cette façon de voler. Elle demande une grande expérience, de l'audace et une remarquable capacité d'adaptation. Mais ce n'est pas la philosophie qui guide mes vols. J'aime conserver une marge de sécurité, savoir où je pourrai me poser si les conditions changent. Dans les vallées du Mercantour, où les terrains de vache sont rares, cette prudence fait partie du plaisir. Après une heure de vol, je sens souvent la fatigue arriver. Mais, vol après vol, j'ai le sentiment de repousser doucement cette limite. Finalement, je rejoins Sylvain dans le même thermique. Petit plaisir personnel : je gagne cette première bataille. Nous enroulons ensemble jusqu'à 2 000 mètres. Puis, par maladresse, je laisse échapper le noyau de l'ascendance. Quelques secondes suffisent. Le temps de la retrouver, Sylvain est déjà beaucoup plus haut, puis il disparaît. Me voilà seul. Il ne me reste plus qu'à continuer au feeling. Et un seul objectif occupe désormais toutes mes pensées : la Roche d'Abisse. Il me faut maintenant retrouver une ascendance. Je mets le cap au nord-ouest en direction du Fort Giaure. Mon objectif est d'aller m'appuyer sur les pentes herbeuses qui prennent naissance au-dessus du vallon de Caramagne. Ce relief m'inspire confiance : s'il fonctionne, il pourrait bien m'offrir les quelques centaines de mètres qu'il me manque encore. C'est dans cette direction que je retrouve de quoi enrouler. Le vario se met à chanter avec ses variations sonores caractéristiques de la montée. Je poursuis mon enroulement en solitaire et grappille encore cent cinquante mètres. Intérieurement, je souris. À cet instant, je ne cherche plus à analyser ce qui se passe. Je vole. Il existe des instants où l'on sait simplement que l'on est exactement à sa place. Celui-ci en fait partie. Cette joie-là est difficile à raconter. Elle ressemble à certaines émotions de l'enfance : immenses, sincères… et presque impossibles à mettre en mots. Je reprends ensuite mon attention au vol. Un nouveau thermique me porte. Le vario accompagne cette progression de ses notes régulières, et les indications GPS confirment la montée. Je me cale dans la masse d'air : pression aux commandes, montée régulière, +1,5 m/s en moyenne avec des variations. Je me laisse porter sans chercher davantage à analyser. Puis, le thermique faiblit… Je décide alors de continuer vers l’ouest, en me rapprochant progressivement du relief et de la zone des lacs, dans la conque du versant ouest. Me voilà perché à 2 600 mètres au-dessus du Fort Giaure. Le thermique faiblit légèrement, mais une nouvelle respiration de la masse d’air me remet rapidement en montée. 2700 mètres… 2840 mètres… Le sommet de la Roche d’Abisse reste encore dans l’ombre du nuage. Je poursuis pourtant, toujours porté par cette masse d’air généreuse. 2870 mètres… 2910 mètres… Le relief continue de fonctionner. Je reste au contact. Le vario repart. Quelques tours supplémentaires et le GPS affiche 3012 mètres. La Roche d’Abisse est enfin sous mes pieds. Le paysage est magnifique : les sommets, les lacs, les névés, les reliefs minéraux… Depuis là-haut, je ressens une grande intensité en moi. Être là, à cet endroit, porté uniquement par l'air et par mon aile, guidé par mes seules décisions de pilote, donne à cet instant une dimension particulière. Il y a quelque chose d'exceptionnel à vivre un tel moment. Je profite pleinement de cette vue, simplement par le regard. Mais il me faut maintenant revenir à mon vol. Je retrouve progressivement la concentration nécessaire. À ce moment-là, Sylvain apparaît plus bas, après son passage côté italien. Comme souvent, il a trouvé une opportunité là où je ne l’attendais pas : un thermique caché dans l’ombre d’un versant nord qui le propulse finalement plus haut que moi, avant de disparaître à nouveau. Mission accomplie. Je poursuis maintenant mon vol avec un nouvel objectif : le retour. Cap vers la baisse de Peyrefique. En début de transition, les conditions deviennent plus turbulentes. L’aile travaille, les stabilos ferment tour à tour. Je reste aux commandes principales pour traverser la zone qui chahute mon aile et moi dans le cocon. Le ciel se charge progressivement. L’activité thermique agite la masse d'air. Il est temps de rentrer. Je prends de l’avance sur la dégradation et décide de revenir directement vers Déveil, sans passer par la baisse de Peyrefique. Je poursuis ensuite vers le mont Court pour perdre de l’altitude en milieu de la vallée. Puis retour final sur Vievola pour l’atterrissage. Sylvain, de son côté, continue son vol plus à l’est avant de devoir venir poser sous la pluie.
📊 Quelques repères du vol
👥 Compagnons de ciel : Sylvain et moi
👥 Compagnons de ciel : Sylvain et moi
🪂 Distance parcourue : 12 km
📍 Distance cumulée : 30 km
⏱️ Temps de vol : 57 min
📈 Plafond atteint : 3 070 m
⛰️ Gain d'altitude : 1 773 m
🚀 Vitesse maximale : 49 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 12,5 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +3,1 m/s
💪 Facteur de charge maximal : 1,7 g
📍 Distance cumulée : 30 km
⏱️ Temps de vol : 57 min
📈 Plafond atteint : 3 070 m
⛰️ Gain d'altitude : 1 773 m
🚀 Vitesse maximale : 49 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 12,5 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +3,1 m/s
💪 Facteur de charge maximal : 1,7 g
21.06.2026 - Biplace Soana
- 11h33
- Temps de vol : 16min
- Voile utilisée : BIGOLDEN 3 (Gradient )
- Distance parcourue : 1km
- Altitude maximum : 1182m
Ma petite fille Soana est avec nous à Tende pour deux semaines afin d'y faire son stage scolaire au musée de Tende. Son jour de repos est le mardi et le Dimanche. En ce dimanche 21 juin, il fait beau. Le ciel est clair avec une masse d'air docile. J'en profite pour lui proposer de faire un vol biplace. La réponse ne s'est pas fait attendre, je vais devoir sortir mon aile biplace pour décoller du site d'envol de Cagnourine. Suite à cf biplace 2026
- 20/06/2026 - Déveil
Avec Sylvain, nous montons au décollage de Déveil. À notre arrivée, la manche à air s'anime franchement. Les conditions semblent prometteuses, mais il va falloir aller les mériter. Il me faudra près de sept minutes avant de raccrocher mon premier thermique de ce vol. Je commence par zoner au-dessus des maisonnettes situées sous le décollage, là où les premiers thermiques aiment parfois se déclencher. Rien. Je décide alors de partir un peu plus à l'ouest, au-dessus des résineux qui couvrent les pentes de la Cime de Déveil. Là non plus, aucune ascendance exploitable. Je fais donc demi-tour pour revenir vers les maisonnettes. Cette fois, quelque chose change. Je sens l'aile se mettre davantage en charge. Les suspentes se tendent, les commandes gagnent en fermeté et mon variomètre se met enfin à chanter. Ce n'est pas une ascendance spectaculaire, mais elle est régulière. Je prends patiemment de la hauteur jusqu'à 1 865 mètres. En exploitant chaque variation favorable, en élargissant parfois mes virages, je parviens finalement à pousser ce thermique jusqu'à 2 471 mètres avant qu'il ne s'essouffle. Pour en arriver là, il m'a fallu m'adapter en permanence à l'aérologie. Rien n'était linéaire. Les ascendances se montraient capricieuses, parfois généreuses, parfois hésitantes. Toute la difficulté consistait à rester dans la masse d'air porteuse le plus longtemps possible afin d'éviter ce yoyo permanent entre montée et descente. Au début, le variomètre indique à peine un mètre par seconde. Puis, progressivement, la colonne se renforce. Je passe à près de deux mètres par seconde. La montée devient franche, agréable. Puis, aussi soudainement qu'elle s'était installée, elle s'affaiblit avant de disparaître. Je viens de sortir du thermique. Je fais alors demi-tour pour revenir sur la zone où tout avait commencé. Quelques instants plus tard, je retrouve une ascendance encore plus vigoureuse. Oh… ça sent bon ! Cette fois, je comprends que je suis enfin dans le bon thermique. Les tours s'enchaînent avec beaucoup plus de facilité. Je reste bien centré dans la colonne et grimpe sereinement jusqu'à ces fameux 2 471 mètres. Le thermique finit cependant par rendre son dernier souffle. Je mets alors le cap vers le fort Giaure. Sa grande pente herbeuse, que je connais bien pour l'avoir souvent parcourue à pied, m'inspire confiance. Je me dis que la brise remontant du vallon de Caramagne pourrait bien y alimenter quelques beaux thermiques. Ce ne sera pas le cas. Ce n'est qu'à l'approche du fort que mon aile recommence à me parler. Les suspentes se retendent légèrement. Le variomètre reprend sa mélodie. Bip... bip bip... bip bip... Je longe alors le relief avec un regain d'optimisme, espérant que cette zone porteuse se transforme en véritable ascendance capable de me hisser vers un nouvel étage. Cette fois, le ciel me récompense. Je poursuis ma montée jusqu'à 2 931 mètres, soit près de 180 mètres au-dessus du sommet de l'Abisse, qui culmine à 2 755 mètres. Paradoxalement, je ne cherche même pas à survoler le sommet de l'Abisse. Je préfère revenir sur ma trajectoire vers le sud. Ce choix est dicté par un détail qui n'en est pas un : au nord, du côté italien, le ciel commence à se charger de gros nuages gris.
La météo annonçait un risque orageux dans l'après-midi. En montagne, je sais combien la situation peut évoluer rapidement. Je n'ai donc aucune envie d'aller m'exposer inutilement. Mon vol me procure déjà énormément de plaisir et je souhaite le terminer dans les meilleures conditions.
J'observe alors que, sur le versant français, vers l'est et le sud, le ciel demeure d'un bleu éclatant.
Décision prise. Après m'être décalé vers le sud, je reviens en direction du fort Giaure par son versant nord avant d'entamer une longue transition vers le fort Pernante. Une fois encore, la masse d'air se montre étonnamment généreuse. À mon arrivée au-dessus du fort Pernante, j'évolue encore à 2 863 mètres. Impossible de retenir un sourire. J'avais senti, tout au long de cette glissade le long de la crête frontière entre la France et l'Italie, que la transition était particulièrement porteuse. Le bruit régulier du vent relatif dans mes oreilles, la douceur avec laquelle l'aile avançait dans cette masse d'air... tout respirait la sérénité. À cette altitude, le paysage prend une dimension presque irréelle. Les sommets se succèdent jusqu'à l'horizon et le regard ne sait plus où se poser. Mais le fort Pernante n'est qu'une étape. Au-dessus du fort, je sens encore une légère ascendance. J'effectue un large virage à 360 degrés. Le gain est modeste, une trentaine de mètres seulement, mais il est toujours agréable de reprendre un peu de hauteur presque sans avancer. Je poursuis alors ma transition, toujours aussi porteuse. Quelques instants plus tard, mon altimètre affiche de nouveau 2 922 mètres. Je mets désormais le cap sur le fort Central, que j'atteins encore à 2 697 mètres. J'ai largement assez de marge pour traverser la vallée de la Roya et rejoindre le versant est. Je survole le col de Cannelle, perché à 1 882 mètres, avec près de 800 mètres de hauteur au-dessus de lui. Je rejoins ensuite la crête reliant le fort Tabourde à la cime du Bec Roux. À peine ai-je franchi cette ligne de relief que je file directement vers la cime Pépin, où j'arrive à 2 583 mètres, alors que son sommet culmine à 2 344 mètres. Là, le variomètre hésite. Il zérote. En poursuivant légèrement vers le sud, je découvre cependant un thermique juste en avant du fort Pépin. Je m'empresse de l'enrouler et il me hisse jusqu'à 2 747 mètres. Sans hésiter, je poursuis alors mon chemin vers la cime du Bec, plus au nord-est. J'y arrive encore à 2 588 mètres. Cette fois, inutile d'insister. Je fais demi-tour. La transition me fait perdre un peu d'altitude et je redescends à 2 410 mètres. Je retrouve cependant une nouvelle ascendance au-dessus de la cime Pépin qui me permet de reprendre un plafond à 2 598 mètres. À cet instant, je sais que mon tour est pratiquement terminé. Il ne me reste plus qu'à rejoindre Vievola, où nous avons laissé un véhicule. Le retour passe par la cime de Tavan, puis par le mont Court avant la longue glissade finale vers l'atterrissage. Quelques instants plus tard, je retrouve la terre ferme. Ce vol m'a procuré un immense bonheur. J'ai eu le sentiment d'être en parfaite harmonie avec mon aile et avec la masse d'air. Les conditions étaient excellentes : une atmosphère suffisamment instable pour déclencher de beaux thermiques, sans jamais devenir inquiétante. Mieux encore, je commence à connaître les secteurs où ils aiment naître. Vol après vol, la montagne me livre peu à peu ses secrets. Merci, la météo ! Quant à Sylvain, il a choisi de poursuivre plus à l'est, jusqu'aux portes de l'Italie. Le pari s'est révélé moins heureux : il a terminé son vol sous la pluie..... et il a mouillé mon aile, le sagouin !
Mon parcours: Décollage de Deveil, cime de deveil, Fort Giaure, roche d'abisse, Fort Pernante, fort central, Col de Cannelle, cime de pepin, cime du bec, cime Pepin, cime de Tavan, mont Court, Pyramide, Rabiné, Atterrissage de Vievola
📊 Quelques repères du vol
🪂 Distance parcourue : 22 km
📍 Distance cumulée : 44 km
⏱️ Temps de vol : 1 h 21 min
📈 Plafond atteint : 3 036 m
⛰️ Gain d'altitude : 1 732 m
🚀 Vitesse maximale : 51 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 16,2 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +3,1 m/s
💪 Facteur de charge maximal : 1,6 G
👥 Pilotes présents : Sylvain et moi
📍 Distance cumulée : 44 km
⏱️ Temps de vol : 1 h 21 min
📈 Plafond atteint : 3 036 m
⛰️ Gain d'altitude : 1 732 m
🚀 Vitesse maximale : 51 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 16,2 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +3,1 m/s
💪 Facteur de charge maximal : 1,6 G
👥 Pilotes présents : Sylvain et moi
- 18/06/2026 - Déveil
Aujourd'hui belle journée de vol libre en prévision. En effet, si on en croit les sites météorologiques, les conditions aérologiques seraient excellentes. Et pour en profiter, les pilotes du club se mobilisent. Au décollage de Déveil (Vievola), nous sommes cinq pilotes à préparer nos voiles. Sylvain, Maurice, Nicolas, Dom et moi sommes ravis de découvrir un ciel d'un bleu aussi lumineux que limpide. On y aperçoit déjà de petits cumulus qui fleurissent au-dessus des reliefs. Leur présence est de bon augure : ils annoncent des conditions aérologiques favorables, peut-être même très généreuses en thermiques. Tous les ingrédients semblent réunis pour faire de cette journée un grand moment de vol libre. Comme bien souvent, je suis le premier à être prêt. Sans attendre davantage, je décide de lancer le bal des envols. Quelques instants plus tard, Nicolas me rejoint dans le ciel. Les trois autres compères hésitent encore. Ils préfèrent observer l'évolution des deux « fusibles » que nous sommes avant de se lancer à leur tour. Je les aperçois, immobiles sur le décollage, les yeux rivés sur nos trajectoires. Aujourd'hui, c'est à nous de sonder la masse d'air. Avec Nico, nous nous livrons alors à une véritable bataille pour gravir les étages. Les premières minutes sont laborieuses. Le variomètre demeure obstinément silencieux et l'air semble avare de ses ascendances. Chaque mètre gagné se paie au prix d'une recherche patiente. Pourtant, l'expérience nous l'a appris : qui cherche finit presque toujours par trouver. C'est finalement Nico qui déniche en premier une zone thermique. Au-dessus des maisonnettes, son aile change imperceptiblement d'attitude. Elle se met simplement à monter, avec cette régularité qui ne trompe pas. Il vient de trouver un petit ascenseur invisible. Sans hésiter, je mets cap vers lui. Lorsqu'un pilote se met à grimper dans le ciel, il y a fort à parier qu'il a trouvé quelque chose d'intéressant. J'essaie à mon tour de me raccrocher à cette colonne d'air invisible. Les thermiques sont les ascenseurs naturels des parapentistes. L'air réchauffé par le soleil devient plus léger et s'élève en colonnes plus ou moins généreuses. Encore faut-il parvenir à les trouver... puis à y rester. C'est précisément ce que je m'efforce de faire. Tant que je ne suis pas solidement accroché à l'une de ces ascendances, rien n'est acquis. Soit je parviens à m'extraire du relief et l'aventure commence véritablement ; soit je m'épuise à chercher en vain et ce sera un simple « déco-plouf », avec un posé trois cents mètres plus bas. Mais je n'en suis pas encore là. L'espoir est toujours permis. Je poursuis méthodiquement ma quête de cette colonne d'air salvatrice qui me permettra de prendre de la hauteur. Si elle est généreuse, elle m'emportera toujours plus haut, peut-être même toujours plus loin. Pourtant, je ne suis pas un chasseur de kilomètres. Le cross pour le cross ne m'a jamais vraiment attiré. Ce que je recherche avant tout, c'est le plaisir de voler, de planer et de contempler le paysage. J'aime me laisser porter par la masse d'air, savourer cette sensation de liberté et évoluer dans un domaine où je conserve une confortable marge de sécurité. Le plaisir passe avant la performance. Tout en cherchant les ascendances, je garde aussi un œil attentif sur le ciel. Les cumulus sont de précieux alliés tant qu'ils restent sages. Ils dessinent souvent le chemin des thermiques. Mais lorsqu'ils commencent à bourgeonner, à s'assombrir ou à annoncer l'orage, ils cessent d'être des guides pour devenir des avertissements. Il faut alors savoir renoncer. En parapente, le ciel a toujours le dernier mot. Mais je n'en suis pas encore là. Depuis mon décollage, j'ai déjà gagné plusieurs centaines de mètres et je m'approche sérieusement de la crête de Déveil, dominée par sa pointe emblématique : la Cime de Déveil. J'aperçois enfin Maurice qui s'élance à son tour tandis que Nicolas continue, comme moi, à zoner en quête d'un thermique digne de ce nom. Peu à peu, les choses s'améliorent. Les thermiques deviennent plus organisés, plus faciles à centrer et à exploiter. Le bipeur de mon instrument de vol chante de plus en plus souvent en positif. Cette musique est la récompense de la patience et de la persévérance. Mais le chemin est encore long. Je dois être entièrement à l'écoute de mon aile. Chaque mouvement, chaque tension dans les commandes, chaque allègement ou durcissement d'une demi-aile m'envoie une information. À moi de l'interpréter et d'adapter instantanément mon pilotage pour rester au cœur de la colonne montante et optimiser chaque ascension. Ma voile est ma compagne de vol. Là-haut, je ne lui demande qu'une chose essentielle : qu'elle reste saine, qu'elle me parle clairement, qu'elle me prévienne, qu'elle me transmette les moindres variations de cette masse d'air que mes yeux sont incapables de voir. Je lui fais confiance, mais cette confiance n'est jamais aveugle. Elle se construit au fil des vols, dans un dialogue permanent entre ses réactions et mes gestes. Plus je sais l'écouter, mieux elle me guide. Je rejoins finalement Nicolas à la même altitude. « Je peux faire mieux », me dis-je. Ma concentration atteint son maximum. Tous mes sens sont en éveil. Je m'efforce d'être en parfaite harmonie avec la masse d'air, d'anticiper ses réactions plutôt que de les subir. Puis le déclic. Alors que Nicolas poursuit ses recherches devant la crête, je me retrouve légèrement en arrière... mais surtout au-dessus d'elle. Cette crête que je regardais d'en bas quelques minutes auparavant, je la survole désormais. Mon horizon s'élargit soudainement et le paysage prend une tout autre dimension. Une immense satisfaction m'envahit de faire ce constat. C'est un peu comme remporter une première bataille... mais certainement pas la guerre. Il faudra continuer à mériter chaque mètre de hauteur. Continuer à se battre, non pour la performance, mais simplement pour prolonger ce plaisir incomparable de voler. Toujours plus haut... jusqu'à ce que l'envie soit pleinement rassasiée. Parti de 1 300 mètres d'altitude, me voilà désormais vers 1 700 mètres, toujours en train d'enrouler cette masse d'air ascendante. Nicolas fait de même. Il évolue une cinquantaine de mètres plus bas mais exploite la même colonne que moi. Cette vision me procure une certaine satisfaction. Je me plais à penser que mon placement lui a donné l'idée de venir exploiter cette ascendance à son tour. À 1 727 mètres, tout s'arrête. Aïe... Je perds soudainement le thermique. Mon variomètre ne tarde pas à me le signaler par ce son si particulier que tous les pilotes redoutent : Beuuuuuu... Quand il chante de cette manière, je sais immédiatement ce que cela signifie : au minimum deux mètres par seconde de descente. Je comprends vite que je suis sorti de la colonne montante et que je me retrouve dans la dégueulante qui l'accompagne. Le thermique est là, quelque part à côté de moi, mais je n'en fais plus partie. Il faut maintenant m'échapper de cette zone. Mais dans quelle direction partir ? Je décide alors de me rapprocher de la Cime de Déveil. Mon choix n'est malheureusement pas le bon. L'air reste défavorable et mon altitude fond rapidement. Lorsque je regarde mon niveau, je suis redescendu à 1 632 mètres. Près de cent mètres perdus. Me voilà de nouveau à hauteur de Nicolas. Il faut chercher ailleurs. Et pourquoi ne pas revenir là où tout avait commencé ? Là où j'avais trouvé cette première colonne au niveau de la crête ? Je fais demi-tour. Quelques instants plus tard, cette même crête que je contemplais d'en haut il y a encore peu se retrouve de nouveau sous mes pieds. Le contraste est saisissant. Le combat recommence. Je me replace soigneusement devant le relief, sur le versant sud, là où le soleil chauffe encore les pentes. Je profite de l'altitude qu'il me reste pour explorer, fouiner, chercher le moindre indice. Cette fois, je pousse mes recherches un peu plus vers la Cime de Déveil. Et soudain... Bingo ! Je retrouve une ascendance. Elle est plus franche, plus puissante que la précédente. Sans hésiter, je la saisis et je m'applique à ne plus la quitter. Me voilà de nouveau établi devant la Cime de Déveil, côté sud. Nicolas, qui m'a vu remonter, vient rapidement rejoindre la zone. Une nouvelle fois, nous nous retrouvons ensemble dans le même thermique, mais pas exactement au même étage. Il évolue peut-être une cinquantaine de mètres sous moi. Mes sens se remettent immédiatement en éveil. Je monte. Encore. Le relief s'éloigne progressivement sous mes pieds. La montagne perd de son relief tandis que le paysage s'ouvre autour de moi. Le thermique dérive légèrement vers le nord où se trouve le vallon de Caramagne. Je tente d'accompagner au mieux cette dérive, en restant attentif à chaque variation, à chaque mouvement de l'aile. Je fais ce que je sais faire. Je ressens ..., j'adapte ... et je garde cette colonne jusqu'où je peux et tant que ça monte. Au bout d'un temps, la montée devient moins franche mais elle continue à l'être. Lentement, régulièrement, je gagne de l'altitude jusqu'à atteindre 2 431 mètres. Puis, une nouvelle fois... le silence. Le bipeur cesse de chanter. Je me retrouve au-dessus du vallon de Caramagne. Je cherche encore. J'élargis mes trajectoires, je tente de retrouver cette colonne qui m'a porté jusque-là. Mais rien n'y fait. Impossible de remettre la main dessus. Je finis par accepter l'évidence ... j'ai probablement exploité ce thermique jusqu'à son essoufflement. Il est temps d'aller chercher ailleurs. Ce moment de flottement perdure suffisamment longtemps pour me faire perdre à nouveau une centaine de mètres. Il faut maintenant avancer. Je décide alors de prendre la direction du mont Chajol mon objectif de ralliement. Commence alors la transition. Généralement, les transitions sont rarement positives en termes de gain d'altitude. Bien au contraire, elles se traduisent souvent par une perte de hauteur, sauf lorsqu'on traverse une zone portante, ce qui n'est pas le cas au début de celle-ci. Venant de quitter une zone de confort relative, je me retrouve suspendu entre deux mondes : celui que je viens de quitter et celui que j'espère trouver. Mais avant le Chajol, je dois passer par la Cime de Bouscayé puis dépasser la baisse de Peyrefique en longeant la crête qui relie la Cime de Bouscayé au sommet du Mont Chajol. La transition pour arriver au Bouscayé ne manque pas de me faire perdre de l'altitude .... 2210m ... classique. La cime de Bouscayé, en étant en son dessus, ne m'apporte pas mieux alors je continue ma transition en étant à l'aplomb de la crête qui chemine jusqu'au sommet du Chajol... Ce n'est qu'après avoir dépassé la baisse de Peyrefique que le vario reprend sa mélodie qui génère en moi une petite montée de plaisir. Une nouvelle fois, le ciel répond à mes attentes. Aaaaaahhh... Enfin ! Avant même que le variomètre ne change de tonalité, je sens que quelque chose se passe. L'aile et ses suspentes se mettent en tension et me tractent vers le haut. Les commandes gagnent immédiatement en fermeté sous mes mains. Plus la masse d'air est ascendante, plus cette tension devient perceptible. Pour conserver mon virage, je dois exercer davantage de pression sur la commande intérieure. Ma voile vient de me parler. Une seconde plus tard seulement, le variomètre confirme ce que mon corps avait déjà compris. Les premiers bips aigus résonnent enfin. Je souris. La transition cesse de me faire perdre de l'altitude. Mieux encore, elle commence à m'en offrir. Je l'attendais, ce moment. Depuis plusieurs minutes, j'acceptais de perdre de la hauteur pour me donner la chance d'en retrouver. Et voilà que le ciel me rend progressivement ce qu'il m'avait pris. Sans action particulière de ma part, simplement en cheminant dans cette masse d'air favorable, je récupère peu à peu de l'altitude. Quelques minutes plus tard, le constat est là : j'ai récupéré environ 150 mètres. Me voilà revenu à 2 373 mètres d'altitude. Avec cette altitude, je décide de poursuivre ma transition jusqu'au Mont Agnelino, mais il me faut d'abord passer le Mont Ourne. À son approche, la masse d'air me réserve encore une belle surprise. J'y effectue trois tours dans une zone ascendante qui me permettent de gagner une petite centaine de mètres supplémentaires. Me voilà à 2 467 mètres. De là, je glisse jusqu'au Mont Agnelino que je survole avec encore 2 425 mètres d'altitude. À cet endroit, le ciel m'offre un nouveau cadeau. Je trouve un thermique qui me propulse jusqu'à 2 800 mètres... Et là, quel bonheur ! Je l'enroule avec grand plaisir, en accompagnant sa dérive vers l'Est. S'il me redonne un beau plafond, il m'offre aussi une vue encore plus lointaine... C'est cela aussi, la magie du vol libre. Et je mesure la chance de vivre ces moments suspendus, parfois presque improbables. Contrairement à mes habitudes lorsque je me trouve au-dessus de l'Agnelino, je décide cette fois de ne pas emprunter le passage par la Cime du Prêtre. Une envie différente me pousse à poursuivre vers les Rochers de Gata. Pour cela, je choisis de transiter par le Colle Megiana. Et là, une nouvelle surprise m'attend. Au lieu de perdre de l'altitude comme lors d'une transition classique, je découvre une masse d'air incroyablement porteuse. Mieux encore : elle me permet de continuer à monter tout au long du cheminement. Cette situation est assez rare pour être soulignée. Je suis littéralement en train de gagner de l'altitude en transition. Je regarde mon instrument avec étonnement lorsque je découvre mon altitude : 2 979 mètres. Je n'en reviens pas. Si j'avais pris le temps d'exploiter cette zone ascendante, je suis persuadé que les 3 000 mètres auraient été atteints sans difficulté. Le plafond du jour semble immense... Peut-être 3 500 mètres, voire davantage. Quel spectacle ! Je poursuis mon chemin et rejoins le Rocher de Maima avec encore un plafond à 2 867 mètres. La transition continue ensuite vers les Rochers de Gata, que j'atteins avec une altitude de 2 254 mètres. La perte est importante, mais je ne désespère pas. Les Rochers de Gata possèdent leur thermique habituel. Même si aucun nuage ne vient aujourd'hui le signaler, la masse d'air est bien présente. En arrière du relief, sur les pentes du Fort Pépin, je retrouve une ascendance que je m'empresse d'enrouler. Elle me reprend. Elle me hisse jusqu'à 2 717 mètres. Près de 500 mètres de gagnés ! Ce n'est pas rien. De là, j'ai de nouveau un super plafond ! De quoi repartir sur d'autres horizons si j'étais encore frais à cela... Depuis cette altitude, je contemple de nouveau les horizons, ses reliefs montagneux et cimes. Je profite encore quelques instants du spectacle qui s'offre à moi. Puis, je sens doucement venir le moment de conclure ce vol. La fatigue commence à se faire sentir et l'envie de terminer sur une belle note prend le dessus. Je décide alors de mettre le cap vers la Cime du Bergiorin. Puis je prends le cap vers la Cime de Boseille avant d'effectuer mon dernier virage vers le décollage de Cagnourine. Quelques instants plus tard, je retrouve la terre ferme. Pieds au sol, voile posée, je mesure pleinement ce que cette journée vient de m'offrir. Une rencontre avec la montagne, avec la masse d'air... et avec cette sensation unique de liberté que seul le vol libre sait procurer.
- 🪂 Nicolas S.
- 🪂 Maurice
- 🪂 Dominique Dubois
- 🪂 Paul
- 🪂 Sylvain
👥 Pilotes présents
📊 Statistiques de mon vol
- 📍 Distance : 23 km
- 🛤️ Distance cumulée : 44 km
- ⏱️ Temps de vol : 1 h 24 min
- 🏔️ Plafond atteint : 2 979 m
- ⬆️ Gain d'altitude : 1 669 m
- 🚀 Vitesse maximale : 62 km/h
- 🛫 Vitesse moyenne : 16,4 km/h
- 🌪️ Vario maximal : +3,5 m/s
- 💪 Facteur de charge maximal : 1,3 G
17.06.2026 – Déveil
Mais quelle magnifique journée de vol libre se prépare ! Les prévisions ne se sont pas trompées. Il suffit simplement de lever les yeux vers le ciel pour comprendre que cette journée devrait être excellente voire exceptionnelle… si toutefois l'orage ne décide pas de s'inviter dans l'après-midi. Un bleu azur éclatant, un soleil généreux. Quelques petits cumulus commencent déjà à se développer. Et pour couronner le tout, aucun vent significatif n'est perceptible depuis le sol. Le rendez-vous est fixé au village de Tende. Nous sommes trois à nous retrouver : Lucien, Sylvain et moi. Sylvain, qui habite Breil-sur-Roya, vient me récupérer au passage. Lucien, lui, arrive à moto. Nous faisons le choix de monter directement au décollage, sans laisser de véhicule à l'atterrissage de Vievola pour assurer la récupération. Nous trouverons bien une solution une fois tous posés. À notre arrivée au décollage, la manche à air confirme l'optimisme que nous pouvions avoir. Les premières barbules commencent déjà à se dessiner sur les reliefs. La journée semble doucement s'éveiller. En observant attentivement ces premiers nuages, je remarque que leurs contours sont bien dessinés. S'il y avait un vent marqué en altitude, leur silhouette serait probablement plus étirée, plus déformée, plus effilochée. C'est en tout cas la théorie que j'ai en tête. Mais une théorie reste une théorie. Elle ne devient une réalité que lorsque je suis moi-même plongé dans cette immense masse d'air invisible, capable à tout moment de confirmer… ou d'infirmer… mes suppositions. Je parie que nous ne mettrons pas longtemps à décoller et à prendre rapidement de l'altitude. Lucien est équipé de son Ozone Delta 2, moi de ma fidèle Ozone Delta 5, tandis que Sylvain vole sous une Air Design Rise. Tout est réuni pour vivre une belle journée en l'air. C'est la première fois que nous allons décoller de ce site, tous les trois. Et comme toujours lorsqu'on découvre un nouveau décollage, une petite part d'incertitude s'invite. Les repères nous manquent alors forcément, l'imagination prend parfois le relais et vient remplir les espaces inconnus. Le stress monte légèrement : peur de choisir le mauvais moment, de rater sa prise en charge, de ne pas faire le bon choix au bon instant… En résumé, cette petite crainte de gâcher un vol qui semble pourtant prometteur. Mais c'est aussi ce qui rend ces premières fois intéressantes. Elles nous obligent à observer davantage, à réfléchir avant d'agir et surtout à rester humbles face à une aérologie que nous ne connaissons pas encore. Alors… qui va se lancer le premier ? Je connais bien mon tempérament. J'ai souvent tendance à vouloir décoller rapidement, sans trop attendre. Mais je crois bien que j'ai trouvé mon maître dans ce domaine… Lucien ! J'avais déjà eu l'occasion de m'en rendre compte lors de nos randovols. Il est d'une efficacité redoutable pour préparer son matériel. Tout est prêt en un temps record. Pourtant, de mon côté, je ne suis jamais vraiment en retard non plus. Il faut simplement reconnaître qu'il est plus performant que moi dans ce domaine… et dans bien d'autres aussi ! Ah ah ah ! Lucien a manifestement attendu le bon moment. Pendant que je termine tranquillement ma préparation, je tourne la tête vers lui… Il n'est plus là. Déjà en l'air ! Sans un mot, il a quitté le sol. Pas besoin de discours : sa concentration était entièrement tournée vers son décollage. Quelques secondes auparavant, il était encore à mes côtés. Maintenant, il fait déjà corps avec cette masse d'air que nous étions venus chercher. Ah ben… à qui le tour maintenant ? Sylvain ou moi ? Je crois bien que ça va être moi ! Ah ah ah… Je reste aux aguets du bon moment. La petite brisette qui vient lécher le sol, puis tout ce qui se trouve dessus… Mon bord d'attaque par exemple. Yes ! Je le sens frissonner. Alors j'actionne mes élévateurs avant pour qu'il morde l'air qui vient le caresser. Je lui donne ainsi l'énergie nécessaire pour l'amener au-dessus de ma tête afin de le préparer à voler… avec moi. Mais pour cela, il faut temporiser son mouvement vers l'avant. Cette phase-là est importante. Ce temps de contrôle permet de bien le caler, à la verticale, au-dessus de moi. Ni trop derrière, ni trop devant… mais exactement là où il doit être. Au-dessus de moi. Avec moi. Prêt à ne faire qu'un. Ce moment, quand les conditions le permettent, est un vrai plaisir. C'est une phase où je peux encore maîtriser totalement l'aile avant de quitter le sol. Je peux sentir son énergie, son comportement, sa volonté parfois de partir avant moi. Alors il faut dialoguer. Ne pas imposer. L'accompagner. Aaaah… que cette phase-là me plaît ! L'avant décollage, le décollage et les instants qui suivent m'emplissent toujours de tensions… mais surtout d'émotions. Il n'y a plus le pilote d'un côté et sa voile de l'autre, comme lorsque nous sommes encore au sol. Non. Mon aile devient le prolongement de mon corps. Elle devient ma compagne de dialogue avec cette masse d'air invisible qui nous entoure. Quelques secondes seulement, mais elles contiennent tellement de choses. De l'attention, de la confiance, de l'instinct… et cette petite part d'inconnu qui rend chaque décollage unique. La voile est maintenant au-dessus de moi. Stable. Vivante. Il est temps de lui faire confiance. Mes jambes se mettent en mouvement presque naturellement. Quelques pas suffisent. Le terrain commence doucement à s'éloigner, comme si la montagne acceptait de me laisser partir. La tension accumulée dans les secondes précédentes se transforme soudain en légèreté. Ça y est. Je vole. Un sourire apparaît sans même que je m'en rende compte. C'est toujours pareil… et pourtant jamais vraiment pareil. Cette sensation de quitter la terre reste une émotion brute, difficile à expliquer à quelqu'un qui ne l'a jamais vécue. Une autre histoire commence. Celle du vol. Derrière moi, je sais que Sylvain prépare encore son moment. Peut-être qu'il observe, peut-être qu'il attend sa fenêtre idéale, peut-être qu'il va enchainer juste derrière moi... Chacun son rythme, chacun son petit rituel avant de rejoindre le ciel. Devant moi, Lucien est déjà parti explorer cette masse d'air qui nous avait appelés. Je le cherche du regard. Une silhouette familière qui glisse tranquillement, portée par cette même force invisible que nous sommes venus apprivoiser. Et je me dis que c'est peut-être ça, au fond, qui me plaît le plus dans ces moments-là. Ce n'est pas seulement voler. C'est partager un instant rare avec des amis, chacun avec son caractère, sa manière de faire, ses petites habitudes… mais tous réunis par cette même envie : aller chercher quelques minutes de liberté là où la terre laisse place au vent. Alors je relâche un peu les commandes, je m'installe dans mon vol… et je savoure. Le ciel est ouvert. La journée ne fait que commencer... le vol ne fait que commencer. Lucien a déjà pris de la hauteur. Je le vois évoluer au-dessus de moi, déjà parti chercher ce que nous sommes venus trouver aujourd'hui. Moi, il me faut maintenant trouver mes premiers mètres. La priorité est simple : gagner de l'altitude pour commencer vraiment à jouer avec la masse d'air. Je pars donc chercher là où je l'ai vu monter, près des petites maisonnettes situées légèrement sous le décollage et sur la gauche. Je cherche. J'écoute. Je ressens. Mais rien. Pas de vraie indication, pas cette sensation particulière qui annonce que la masse d'air est en train de nous offrir quelque chose. Alors je change de lieu. Je décide d'aller voir plus près du relief, du côté de cette forêt de résineux qui attire naturellement mon regard. Peut-être qu'un déclenchement s'y cache. Peut-être que la pente arborée travaille différemment. Mais là encore… Rien. L'air reste silencieux. Je reviens alors vers le décollage, près des maisonnettes. Je zone, je patiente, j'observe. Ce moment est toujours particulier : on est en vol, mais quelque part on attend encore que la vraie aventure commence. Il faut accepter de chercher, de ne pas trouver immédiatement. De rester concentré. Et puis, finalement… Je sens quelque chose. Un mouvement. Une masse d'air qui semble vouloir monter. Ce n'est pas encore le grand ascenseur, mais c'est une opportunité. Banco ! Je l'exploite. Quelques dizaines de mètres de gagné. Ce n'est pas énorme, mais en parapente chaque mètre compte. Cette petite marge supplémentaire change complètement la situation. Elle me donne de l'espace. Elle me donne du temps. Elle me permet maintenant de chercher le thermique qui pourra peut-être me sortir définitivement de là et m'amener au-dessus de la crête de Déveil pour rejoindre Lucien, qui lui semble nous attendre. Pendant ce temps, à son tour, Sylvain s'est mis en l'air. Lui aussi cherche, lui aussi tâtonne. Nous sommes maintenant trois à jouer avec cette masse d'air. Trois pilotes, trois façons de faire, mais une même interrogation : où est-ce que ça monte ? Quitter le secteur du décollage pour partir vers d'autres horizons n'est jamais une évidence. Même lorsque les conditions semblent prometteuses, il faut accepter de prendre une décision. Rester. Partir. Chercher. Prendre un risque mesuré. C'est tout le jeu. Lucien plus haut et moi qui tourne avec Sylvain au-dessus des maisons pour saisir un cycle de thermique qui viendrait à se déclencher. Ce moment-là arrive. Je sens une vraie ascendance. Cette fois, Sylvain et moi tournons pour rester centré dans le thermique encore timide mais bien présent. Ce n'est plus seulement un petit mouvement d'air. C'est une masse d'air chaud qui s'élève. Je l'enroule au mieux que je peux tout en composant le partage avec Sylvain. Chaque tour me donne un peu plus d'altitude. L'aile travaille, les commandes vivent, le corps accompagne. Je monte. Je monte encore. Jusqu'à atteindre environ 1980 mètres. Yes ! J’ai rejoint Lucien. Je viens de prendre environ 680 mètres de gain. Ce n'est peut-être pas spectaculaire pour certains, mais pour moi, à cet instant précis, c'est une vraie petite victoire. J'ai gagné le droit d'aller voir plus loin. Mais il me faut encore plus. Pour partir, il faut du gaz. Alors je continue à chercher. Si ce thermique m'a donné tout ce qu'il pouvait, il faut maintenant trouver le suivant. Je regarde vers la suite du parcours possible. Mon choix se porte vers la Cime de Bouscayé. L'option est claire : rejoindre la Cime de Déveil puis suivre l'axe vers Bouscayé. Une crête se présente à moi. Je pourrais la suivre, mais je sens qu'elle risque de me faire perdre de l'altitude. Alors je décide de m'en écarter légèrement et d'aller chercher plus en avant, au-dessus du vallon qui mène vers la cime. Un choix. Un pari. Et… Gagné ! Je trouve de quoi enrouler. Mieux encore, la dérive du thermique semble m'emmener exactement dans la bonne direction. Yes ! La Cime de Bouscayé. C'est le genre de moment où l'on se dit que l'analyse, l'observation et un peu d'intuition peuvent parfois se rencontrer. Je monte jusqu'à environ 2381 mètres, à l'aplomb de la Cime de Bouscayé. J'ai fait le bon choix. Je savoure ce moment. Pour une fois, c'est moi qui suis le plus haut. J'aperçois Lucien qui cherche à progresser, lui aussi, vers le Chajol, mais il semble avoir trouvé une aérologie moins généreuse que moi. Quelques minutes plus tôt, c'était lui qui m'attendait au-dessus du décollage. Maintenant, c'est moi qui ouvre la route. En parapente, les rôles changent parfois très vite. Celui qui suit devient celui que l'on observe. Celui qui mène devient, l'espace de quelques minutes, un guide pour lire la masse d'air. Nous nous observons les uns les autres pour lire la masse d'air. Celui qui monte indique souvent aux autres où chercher. Et puis il y a les rapaces. Eux ne se trompent presque jamais. Quand ils enroulent devant nous, ils deviennent parfois de précieux alliés, voire de véritables sauveurs lorsque nous sommes en difficulté. De mon point haut, je fais encore deux ou trois tours supplémentaires. Mais je sens rapidement que le thermique s'essouffle. Le variomètre ne chante plus. Au contraire, il m'annonce une lente descente. Inutile d'insister. Un thermique, comme toute chose, a une fin. Chercher à lui arracher ses derniers mètres ne sert à rien. Le relief, qui quelques instants plus tôt semblait s'éloigner, recommence doucement à se rapprocher. C'est souvent lui qui finit par nous convaincre qu'il est temps de tourner la page. Je quitte cette zone avec une nouvelle idée en tête : continuer vers le sommet du mont Chajol. À ce stade du vol, je commence à prendre confiance. Le cheminement se dessine naturellement devant moi. Je ne suis plus dans la recherche du premier salut, celle où chaque mètre gagné est une petite victoire pour sortir du secteur du décollage. Maintenant, il faut avancer. Mais avancer ne veut pas dire simplement aller tout droit. Chaque transition est une nouvelle interrogation. Chaque relief peut être une opportunité… ou une zone où l'air décide de ne rien donner. Je transite au-dessus de la crête. Mon cheminement me fait rencontrer une nouvelle zone ascendante que j'exploite instantanément. De 2385 mètres, je monte jusqu'à 2527 mètres. Encore une petite victoire ! Ce n'est pas un gain spectaculaire, mais il me remplit de satisfaction. Chaque mètre gagné est un mètre que je n'aurai pas à regretter un peu plus loin. Et surtout, il me permet de poursuivre ma route avec davantage de sérénité. Le thermique ayant tout donné, je reprends ma transition vers le sommet du Chajol. Le sommet culmine à 2293 mètres. Je le survole maintenant avec une confortable marge de sécurité. C'est une sensation agréable. Quelques dizaines de minutes plus tôt, ce relief m'impressionnait encore depuis le décollage. À présent, il défile tranquillement sous mes pieds. Cette marge me procure une vraie satisfaction. J'ai le sentiment d'avoir construit ce vol étape après étape, sans précipitation, en profitant de chaque occasion que la masse d'air a bien voulu me donner. Mais voilà que de nouvelles questions se présentent: Que faire ? Continuer ? Changer d'objectif ? Rentrer ? Devant moi, plusieurs possibilités apparaissent. La première option consiste à poursuivre vers le Mont Agnelino, en passant par la Baisse d'Ourne. L'autre serait de basculer directement vers le Mont Court afin de me rapprocher progressivement du secteur de Cagnourine et de Tende pour aller poser. Sur le papier, le choix paraît presque évident : poursuivre vers l'Agnelino ouvre davantage le terrain de jeu et me permettrait de prolonger mon vol. Je sais que la transition vers la Cime d'Ourne va m'amener à traverser une zone où je risque de perdre de l'altitude. Mais derrière, mon espoir est de retrouver quelque chose à l'approche de la cime. Alors je choisis cette option. Je continue. Rien n'est jamais joué d'avance. C'est aussi ce qui rend ces moments si particuliers. Même avec de l'expérience, même avec de bonnes décisions, il reste toujours cette petite part d'incertitude, ce doute qui accompagne chaque transition. Suis-je parti au bon moment ? Ai-je assez d'altitude ? Est-ce que le prochain thermique sera là où je l'espère ? Le doute fait partie du jeu. Il ne doit pas empêcher d'avancer. Il doit simplement rester présent pour rappeler qu'on évolue dans un milieu que l'on ne contrôle jamais totalement. Pendant ma traversée, j'observe. J'écoute. J'attends. Et puis, à l'approche de la Cime d'Ourne, mon instrument commence à réagir. D'abord de petits signaux sonore au ton neutre et plat, le zérotage ... Puis quelques signes plus encourageants avec un son plus aigü Bip… Bip… Bip ... bip… la montée et douce ! Je suis dedans. L'ascendance est là. Je l'enroule... je prends du gaz progressivement. Quelques instants plus tard s'affiche 2539 mètres ! Éh éh… c'est mon point le plus haut depuis le décollage ! Alors forcément, je souris. Chaque petit gain est une satisfaction. Chaque thermique trouvé est une petite victoire. À ce stade du vol, le jeu continue. Je vole devant, seul, depuis un moment. C'est l'aventure avec mes choix d'avancée personnels. Il me faudrait maintenant trouver mieux encore. Mon espoir est de prendre du gaz au-dessus de l'Agnelino. Je continue donc mon cheminement vers lui. Mais progressivement, quelque chose change en moi. Ce qui était au départ une envie d'aller plus loin commence doucement à devenir une réflexion différente. Une réflexion qui me questionne sur le choix d'aller poser, mettre fin au vol plutôt que de chercher à toujours aller plus loin coute que coute. Parfois, ce n'est pas un événement précis qui déclenche une décision. C'est une accumulation de petits signes. Et dans cette partie du vol, malgré mon envie timide de continuer, je dois reconnaître une chose : je ne rencontre plus grand-chose et je ne cherche pas vraiment. La gnac s'est dissipée .... La transition qui suit devient donc moins une exploration qu'un retour tranquille vers le point d'arrivée. Je survole successivement la Cime du Prêtre, la Pointe de Vergou, le Mont Bergiorin… Puis enfin Cagnourine. Le choix de rentrer est fait. Ce n'est pas un échec. Bien au contraire. C'est aussi ça, le vol libre : savoir profiter de ce que la journée nous a donné, sans vouloir absolument lui demander davantage. Pendant ce vol, j'ai découvert un nouveau décollage. J'ai appris à connaître son aérologie. J'ai cherché. J'ai douté. J'ai trouvé. J'ai pris des décisions. Et surtout, j'ai dialogué avec cette masse d'air invisible qui reste toujours le véritable maître du jeu. Lucien et Sylvain, eux, auront fait des parcours plus grands que le mien. Mais chacun son vol. Chacun son histoire. Ce que je retiens du mien, ce sont ces petites victoires. La découverte de Déveil. La recherche du thermique salvateur. Le choix de m'écarter des zones où rien ne se passait pour aller chercher ailleurs. Ces moments où il faut observer, accepter, décider. Finalement, ce sont peut-être ces instants-là qui construisent le plus un pilote. Pas uniquement les grands vols. Mais tous ces petits choix accumulés qui permettent, jour après jour, de mieux comprendre l'air. Et pour finir la journée, il restait encore une dernière petite aventure terrestre à régler : la récupération des véhicules. Heureusement, Lucien avait anticipé avec son 4x4 resté au décollage de Tende, chez lui. Comme quoi… Même dans le vol libre, il faut parfois compter sur une bonne stratégie de récupération ! Une belle manière de terminer cette journée à Déveil. Une journée de découvertes, de décisions, de partage… et surtout une journée passée exactement là où nous aimons être. En l'air !
📊 Statistiques de mon vol
👥 Compagnons de ciel : Lucien, Sylvain et moi
📍 Distance parcourue : 16 km
🛤️ Distance cumulée : 50 km
⏱️ Temps de vol : 1 h 42 min
🏔️ Altitude maximale : 2 550 m
⬆️ Gain d'altitude : 1 217 m
🌪️ Vario maximal : +3 m/s
🛫 Vitesse moyenne : 9,3 km/h
🚀 Vitesse maximale : 72 km/h
💪 Facteur de charge maximal : 1,6 G
👥 Compagnons de ciel : Lucien, Sylvain et moi
📍 Distance parcourue : 16 km
🛤️ Distance cumulée : 50 km
⏱️ Temps de vol : 1 h 42 min
🏔️ Altitude maximale : 2 550 m
⬆️ Gain d'altitude : 1 217 m
🌪️ Vario maximal : +3 m/s
🛫 Vitesse moyenne : 9,3 km/h
🚀 Vitesse maximale : 72 km/h
💪 Facteur de charge maximal : 1,6 G
13.06.2026 - Journée vols biplace pour le Rêve d'Icare
Ce sont 21 vols biplace qui se sont effectués en cette journée de samedi pour faire voler des gens de la vallée de la Roya (cf biplace 2026).
07.06.2026 - Scupiccia de Cervioni
Dernier vol en Corse avant le retour sur le continent - Aujourd’hui, le ciel est magnifique. Une belle journée s’annonce, et surtout, c’est mon dernier créneau possible pour voler avant mon départ de demain vers le continent. Je ressens donc cette petite pression particulière : celle de profiter pleinement de ce moment, de cette île qui m’a tant offert durant ces semaines de vol. Ce jour-là marque aussi une petite nouveauté dans notre organisation : l’utilisation de la navette du club Cime’Ale. Jusqu’à présent, avec mes amis, nous avions rejoint les différents décollages soit avec nos véhicules personnels, soit — et surtout pour moi — grâce à mes jambes qui m’ont permis de découvrir les sentiers menant aux sites de départ. Aujourd’hui, c’est une autre façon de vivre le vol libre qui se présente : celle du partage et de la logistique collective. Je retrouve avec beaucoup de plaisir mes amis corses : Batti, Sébastien et Laurent, mon vieil ami. Savoir que je vais enfin pouvoir partager ces moments suspendus avec cette équipe me procure une vraie joie. Le vol libre prend une autre dimension quand il est vécu à plusieurs, quand chacun apporte son expérience, son regard et son énergie. Le rendez-vous est fixé au bar du rond-point des Quatre Chemins. Après avoir laissé une voiture à Aqua Nera, au bord de mer à Prunette, nous prenons le temps d’un petit café avant de rejoindre E Piane, l’atterrissage officiel. Avec le véhicule de Sébastien, nous récupérons ensuite le 4x4 du club pour monter jusqu’au décollage de la Scupiccia. Sur place, le ciel est beau mais les conditions ne sont pas vraiment idéales. Un léger vent de Nord-Est souffle au décollage, juste assez pour compliquer les choses. La manche à air nous donne ses indications, mais elle ne nous offre pas vraiment le confort espéré. Pourtant, ce n’est pas ce genre de situation qui va nous faire renoncer. Laurent, qui connaît parfaitement le site, ouvre les hostilités. Il s’y reprend à deux fois avant de trouver le bon moment pour quitter le sol. Je décide d’enchaîner derrière lui, mais mon départ va me demander davantage de patience. Ma préparation n’est pas parfaite. Après avoir mis mon aile en boule pour l’installer sur le décollage, quelques suspentes se sont emmêlées. Sébastien vient m’aider, mais je préfère finalement reprendre les choses à zéro. Je me détache de ma sellette pour vérifier calmement chaque ligne, car dans ces moments-là, la précipitation n’a pas sa place. Il me faudra encore deux ou trois tentatives. Depuis le décollage de Laurent, les conditions n’ont pas vraiment évolué dans le bon sens. Bien au contraire : le vent s’est essoufflé et la manche à air reste désespérément immobile. Mais parfois, il suffit d’un instant. Comme si le ciel ouvrait une petite fenêtre, je décide de tenter ma chance. J’envoie la course d’envol, les pas s’accélèrent, la voile monte… et soudain : Yepa ! Je quitte le sol. Je vole. Maintenant, mon objectif est clair : rejoindre le relief sur ma gauche, là où se trouve ce fameux rocher surmonté du drapeau à tête de Maure. Ce rocher est devenu pour moi un véritable point de repère, presque un rendez-vous familier entre la montagne et la mer. Je trace directement vers lui. Lorsque je l’atteins, je me retrouve légèrement au-dessus de son sommet. En conditions normales, cette hauteur est suffisante pour envisager la transition vers le bord de mer. Il me reste maintenant à comprendre ce que le ciel veut bien me donner. Je commence alors à travailler la masse d’air autour du drapeau. Chaque virage est une écoute, chaque variation du vario une indication. Le ciel ne parle pas avec des mots, mais il laisse des signes : une aile qui monte, une sensation plus légère dans la sellette, un bip qui devient plus régulier. Au-dessus du relief, un nuage attire mon regard. Il semble accroché au sommet, comme une petite signature laissée par l’air en mouvement. Sa présence est encourageante : peut-être qu’une porte est en train de s’ouvrir. Pourtant, malgré ma patience, je plafonne. Je reste longtemps entre 790 et 800 mètres. Je tourne, j’attends, j’espère qu’un thermique plus généreux viendra se déclencher. Mais le ciel garde encore son mystère. Alors je décide de changer de stratégie. Je contourne le relief par le Nord. Aussitôt, le vario semble retrouver de la voix dans ce secteur. Le nuage, lui aussi, a évolué : il semble s’être déplacé d’Ouest en Est depuis le début du vol et a pris un peu de volume. Face Est du relief, ciel bleu et nuages épars au-dessus des montagnes : le décor est magnifique. J’ai enfin trouvé la zone où l’air monte. Rien de spectaculaire, mais une ascendance régulière, patiente, qui m’accompagne virage après virage. Me voilà à 856 mètres. Quelques tours supplémentaires, et j’atteins 910 mètres. Ce n’est pas encore le chiffre rêvé des 1000 mètres, mais quelle satisfaction de sentir que le ciel accepte de continuer à me porter. Le taux de montée reste faible, entre +0,5 et +0,9 m/s, mais il est constant. Alors une idée me traverse : pourquoi ne pas tenter d’aller chercher encore plus au Nord, en longeant le relief ? Je pars explorer. Même si mon attention reste tournée vers la conservation de mon altitude, avec l’espoir de prolonger encore ce vol et peut-être de gagner quelques mètres supplémentaires, une autre préoccupation commence à émerger. Je reste attentif aux amis avec qui nous étions montés ensemble au décollage. Leur absence dans mon champ de vision m’interpelle. Dans ce ballet invisible entre les masses d’air, une autre question revient alors à mon esprit : Mais où sont-ils mes amis corses ? Je scrute le ciel autour de moi, mais aucune voile familière ne vient accrocher mon regard. Je décide alors de revenir en zone du drapeau. Je prends cap alors vers le Sud tout en longeant le relief au plus des arbres, buissons et rochers que je frôlent si près que je pourrais presque les toucher. Ceci dit, je garde la précaution de conserver continuellement un échapatoire à ma gauche au cas où .... une dégeulante soudaine viendroit me surprendre. Je n'ai pas envie du tout me retrouver dans du maquis ! Je m'approche du bout du relief qui va m'offrir la possibilité d'avoir un oeil jusqu'au décollage où j'ai quitté mes amis. Je devrais avoir quelques infos sur leur présence ou pas. Finalement dans mon avancée, je finis par apercevoir une aile, bleu ciel ... celle de Batti. Elle semblait revenir vers le relief d'Est en Ouest. Le plaisir de le voir est bien là ! voire même rassuré par ce que je viens de m'enquérir comme information visuelle. Sur ce retour en Sud, je vois aussi que le décor du ciel ... Il y a un beau nuage bien grassouillé mais non jouflu a pris place entre la mer et le décollage. D'où je me trouve j'ai l'impression que batti est allé voir ce qui se passait sous le nuage mais qu'il revient sur le relief. Me voilà, que je suis bientôt dans son périmètre de vol. Il vole plus éloigné que moi du relief. Il cherche lui aussi ... je m'écarte du relief pourt aller vers lui. Lui fais un virage et viens dans ma direction. Nous sommes quasi à la même hauteur ... 874 mètres. Alos-nous se partager un espace restreint pour enrouler une zone ascendante dès que l'occasion s'en présentera ? Ce serait vraiment cool !! Bingo, au moment où l'on se rencontre il y a un thermique doux à exploiter et comme de concert nous voila dedans à l'enrouler tous les deux par la droite. Quel plaisir ressenti à partager ce thermique en se surveillant pour être en harmonie pour cette manoeuvre classique en parapente si l'on veut monter dans une même colonne d'air chaud. 1 tour ..., deux tours..., trois tours ... nous sommes à 966m d'altitude, ... 5 tours et demi ... 997 m... je suis plus haut que la base du nuage qui se trouve juste à côté de moi sur ma gauche. Je décide alors de quitter le thermique et de m'écarter du relief en prenant cap vers la mer. Avant de poursuivre ma transition, une envie me prend. Je dessine un large 360°, non par nécessité de pilotage, mais simplement pour offrir un dernier regard au relief qui vient de m'accueillir. De là où je suis, il prend une autre dimension. Je distingue encore le drapeau à tête de Maure, les pentes où j'ai tant cherché les ascendances, les endroits où j'ai douté, puis retrouvé confiance. Quelques minutes plus tôt, ce relief était mon compagnon de jeu ; désormais, il devient un paysage que je contemple avec gratitude. Mon regard se tourne alors vers l'horizon. La transition est longue avant d'atteindre le bord de mer. J'ai bien le temps d'apprécier la vue marine où surgissent à son horizon deux îles visibles ce jour: l'île Monte Cristo et l'île d'Elbe. Ma traversée longe Valle-di-Campoloro jusqu'aux plage de Prunette où se trouve l'atterrissage de sable ... Aqua Nera. J'arrive en Sud pour longer la plage par la mer ce qui donne là aussi une sensation hors du commun à voler, comme un Goelan au-dessus des flots d'une mer bien calme. J'aperçois les baigneurs et plagistes qui vaquent à leurs occupation de bons terriens. Je dépasse l'endroit où je compte poser pieds et aile pour me présenter face à la brise de sud qui vient alimenter la zone d'atterrissage. A l'endroit même où se trouve un mât et sa manche à air. celle du club de Cime'Ale. Mes 3 amis poseront un peu plus tard que moi. Eux aussi bien posés pour un vol prochain. la saison pour eux, ne fait que commencer. Rendez-vous avant la fin d'année 2026 ici si tout va bien.
Quelques repères du vol :
🪂 Distance parcourue : 10 km
📍 Distance cumulée : 17 km
⏱️ Temps de vol : 36 min
📈 Plafond atteint : 998 m
⛰️ Gain d'altitude : 243 m
🚀 Vitesse maximale : 49 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 16,3 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +2,4 m/s
⚡ Facteur de charge maximal : 1,1 g
🤝 Compagnons de vol : Batti, Sébastien, Laurent
🪂 Distance parcourue : 10 km
📍 Distance cumulée : 17 km
⏱️ Temps de vol : 36 min
📈 Plafond atteint : 998 m
⛰️ Gain d'altitude : 243 m
🚀 Vitesse maximale : 49 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 16,3 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +2,4 m/s
⚡ Facteur de charge maximal : 1,1 g
🤝 Compagnons de vol : Batti, Sébastien, Laurent
06.06.2026 - Scupiccia (Cervioni)
Aujourd'hui, à la veille de mon départ c'est ciel bleu sans nuage.
avec Laurent et Denis que je monte au déco de la Scupiccia. On s'organise une navette avec nos véhicules persos. Le ciel est bleu, la brise devrait être correcte. Laurent avec sa HikoP de Niviuk et Denis avec sa Hook de Niviuk. Quant à moi, je n'avais pris qu'une aile pour venir voler en Corse et c'est l'Artik 7P que j'avais élu. C'est mon aile à tout faire en queqlue sorte. Nous laissons un véhicule à Aqua nera lieu de notre probable atterrissage si on parveint jusqu'au bord de mer sinon ce sera à E Piane, le terrain officile du club. Aujourd'hui pas de rando-vol, mais cheminement en voiture jusqu'au décollage Sa seule voie pour les voitures est une piste.
Quelques repères du vol :
👥 Compagnons de vol : Laurent, Denis et Paul (moi)
🕒 Temps de vol : 28 min
🪂 Voile utilisée : DELTA 5 (Ozone)
📏 Distance cumulée : 12 km
🔺 Distance de performance : 8 km
⛰️ Plafond atteint : 793 m
⬆️ Gain d'altitude : 41 m
🚀 Vitesse maximale : 39 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 16,6 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +2,3 m/s
💪 Facteur de charge maximal : 1,2 g
🕒 Temps de vol : 28 min
🪂 Voile utilisée : DELTA 5 (Ozone)
📏 Distance cumulée : 12 km
🔺 Distance de performance : 8 km
⛰️ Plafond atteint : 793 m
⬆️ Gain d'altitude : 41 m
🚀 Vitesse maximale : 39 km/h
⚖️ Vitesse moyenne : 16,6 km/h
🌬️ Variomètre maximal : +2,3 m/s
💪 Facteur de charge maximal : 1,2 g
04.06.2026 - Cervioni Déco Sud
Même balade qu'il y a deux jours mais cette fois-ci c'est avec un décollage ventilé en Sud qui a bien alimenté mon auile au sol d'où un décollage en face voile. (à développer)
02.06.2026 - Cervioni Déco Sud
Hop ! le ciel me permet possiblement de faire un envol du site de Cervioni mais il me faudra rejoindre le décollage Sud car c'est du Sud qui est annoncé en prévisions météorologiques. Je prends donc mon aile Artik 7P et bang ! de Prunette à Cervioni je mets mon duster en service puis, la voiture laissée au village, je prends mon sac et mes batons de marche pour, progressivement me rapprocher de l'objectif: le décollage orienté Sud. Il me faut une petite heure pour arriver au déco. Arf ... je constate que la brise n'est pas ... manche à, air quasi en berne, elle ne s'anime que rarement et faiblement. Bien, va falloir que je fasse avec en montant bien haut mon aile pour avoir une course d'envol la plus longue possible et sans espérer faire un face voile mais plutôt un bon dos voile et ça m'ira bien car la pente est faible et de surcroit pas de quoi faire un 100m. Bref, je sens déjà le frottement de ma sellette au maquis du bas de la pente. Je n'ai pas droit à l'erreur je suis seul ... je ne compte que sur moi même si je fini dans les broussailles. Ma première tentative, je l'avorte car je n'ai pas du tout senti mon aile tendue au-dessus de ma tête, cette dernière (l'aile) n'était pas pas prête à mordre la masse d'air pour me prendre en charge. Je replace mon aile mais pas au même endroit, je la déplace légèrement plus haut, au max du possible et plus à ma gauche quand je fais face à l'aile. Ainsi je pense améliorer mes conditions d'envol. J'attends le moment où je ressens un peu d'air de face pour déclencher la levée d'aile dos à aile (elle). (à développer)
06/01/2026 - Gourdon
Ce jour-là ou plutôt 2 jours avant je m'étais quelques peu emballé au regard des prévisions météorologiques qui annoncaient des conditions assez fumantes non pas en puissance thermiques mais en plafond. Je m'étais dit, c'est le jour pour monter haut et faore un peu de distance (aller voir hors bocal) et revenir pour récupérer la voiture. Les prévisions sont restées correctes et je me dis, ça va le faire si je ne me manque pas trop avec les thermiques. Avec Renaud on se donne rendez-vous aux Vallette l'atterro pour 10h et on monte au décollage de l'Embarnier. J'opte pour le choix de renaud qui est de monter au décollage de l'Embarnier 2. Quelques ailes sont déjà en l'air quand on approche du village ce qui me fait dire que les conditions sont là. Arrivés sur le site de Gourdon, je gare ma voiture et on file direct au déco 2. Pour cette journée, j'ai pris mon sac Expe qui contient l'Artik 7 et l'ArrowP. Une fois au déco, après avoir salue quelques pilotes que je connais, je pose mon sac et déballe son contenu tout en m'interessaant à ce qui se passe en l'air mais aussi à ma perception de l'aérologie. Au vu de ce je vois je me dis mais comment ont-ils fait pour grimper si haut dans le ciel alors que je trouve les conditions plutôt molle. Je suis arrivé peut-être un peu trop tard me dis-je .... au fil du temps les bouffes qui me semblait correctes pour des bonnes conditons d'envol faiblissent alors qu'un pilote m'avait dit à mon arrivée que ça montait bien plus en avant du relief ... euuuuhhhh là en instantanée eeeuuuhhh je suis assez septique mais ... faut voir une fois en l'air. Mais bon, on peut toujours s'imaginer le meilleur comme le pire mlais à ce que je vois c'est soit les pilotes sont mauvais ou soit les conditions ont changé. Voilà qu'en plus le rayonnement solaire ne brille pas de tous ses feux ... et qua,nd je suis prêt pour l'envol je me dis que le dos voile est la technique appropriée plus que le face voile. Voila qu'en plus que je tire sur mes avantsd, l'aile est retenue au sol à cause d'une suspente qui s'est accroché à une sorte de racine sortant de terre. ! punaise heureseuement que je lève pas mon aile comme un bourrin !! c'est un truc à déchirer un caisson soit péter une suspente. Deuxième tentative en face voile encore malgré le peu de brise où je me trouvais (bien en haut du déco). Renaud lui est aussi prêt et semble attendre que je décolle avant d'envoyer son décollage. A la traction de mes avant, l'aile monte libre de toute retenue et se retrouve au-dessus de ma tête. Je suis dans l'écoute de mon aile et elle me dit qu'elle n'est pas vraimen tendue zah ah ah bon ben je l'amène plus bas en marchganrt sous aile jusqu'à arriver au milieru du déco où je lance enfin la course d'envol pour décoller. Aïe aïe ... je quitte le sol de quelques centimètres et je refoule le sol quasi après ... ok accélère Polo car l'aile a besoin de vitesse pour ne pas caler juste avant la rupture de pente. En effet pas question de compter sur le dynamique pour se faire soulever. C'est en fin de pente que finalement je vole ou plutôt mon aile vole. Bah ... ça ne monte pas et pas de thermo dynamique non plus. Plutôt que de m'éloigner du relief, je fais le choix de plutôt le coller. ......... ==> en cours de rédaction
- Altitude maximum : 1227m